|
En lisant ceci, il me semble reconnaître
là l'élan qui nous a poussés Louis et
moi, à créer l'Aube… L'aube, espérions
nous de temps nouveaux.
Venant tous les deux de Belgique, nous sommes
venus nous installer dans la Drôme. Mon mari, Louis
Evely, et moi-même, avions, après notre mariage,
acquis une vieille magnanerie, qui dominait un site merveilleux
et champêtre.
Louis avait été durant 20 ans,
un prêtre apprécié et heureux. Sa réputation
s'était rapidement répandue, tout d'abord par
l'enseignement qu'il donnait à ses élèves,
mais très vite aussi grâce à ces retraites
et ses conférences et à ses livres, qui furent
répandus en 25 langues. Mais ce succès croissant,
inquiète l'autorité ecclésiastique de
l'époque (de 38 à 68) dont le souci est d'imposer
des croyances, alors que Louis incitait ses auditeurs à
construire leur foi à partir de leur expérience,
à l'exemple de Jésus qui disait : "Venez
et voyez." Cette forme de libération, partout
acceptée actuellement le met en porte à faux
vis-à-vis de sa hiérarchie qui récuse
ses propos, et déconseille à ses nombreux lecteurs
et auditeurs de le suivre sur cette voie.
Louis estime alors, qu'en conscience, il
ne peut plus, en tant que prêtre, être le représentant
d'une Église qui n'approuve pas ses positions. Il demande
alors, et obtient, sa sécularisation. Il s'en explique
en disant qu'il souhaite continuer à prêcher
l'Évangile, mais avec la liberté du laïc.
C'est alors après trois ans nous nous
mariâmes.
Mère de trois enfants d'un premier
mariage, je suis peintre et ai exposé huiles, aquarelles
et dessins en Belgique, en France, en Suisse et jusqu'en R.A.U.
Par ailleurs, par un souci de vivre au mieux l'harmonie corps-esprit,
j'ai fait des études de conseiller en hygiène
et nutrition et iridologie. Plus que jamais dans le monde
où nous vivons, cette démarche semble importante.
Au départ de notre nouvelle vie, il nous faut restaurer
notre vieille demeure, qui bien que pleine de charme n'a plus
que ses gros murs de valables.
Notre but premier est bien-sûr d'y
habiter, mais aussi d'offrir un lieu de paix, de détente
et d'harmonie à ceux qui souhaitent, dans un climat
fraternel, venir se ressourcer et réfléchir
au sens de leur vie et de leur foi.
Amis et lecteurs de Louis furent nos premiers
hôtes. Ils avaient apprécié son message
conforme à l'Évangile à qui, disait-il,
nous souhaitait rendre " toute sa force de frappe."
Beaucoup parmi nos hôtes n'acceptaient plus la rigueur
figée des prescriptions de l'Église, mais souhaitaient
comme lui, offrir l'essence de l'Évangile à
tout le Peuple de Dieu.
Certains de ses livres furent très
appréciés par les milieux protestants qui l'invitèrent
très régulièrement à donner stages
et conférences, spécialement en Suisse et en
Alsace.
Nous fûmes donc encouragés
à proposer des rencontres de plusieurs jours dans notre
beau lieu qui se prêtait si bien à la détente
fraternelle et à la réflexion.
La rusticité de l'accueil ne décourage
pas nos hôtes qui sont logés sous tente ou dans
des greniers. Qu'importe, chacun y trouve son compte et vit,
j'ose le dire des moments d'exception. Contrairement à
ce qu'avait été l'enseignement magistral de
Louis, ce sont, à présent les participants qui,
les langues se délient, ont osé se confier,
avouer ses doutes, dépasser peurs et culpabilités
enfouies souvent depuis l'enfance.
Ces rencontres font de plus en plus d'heureux
qui repartent disent-ils regénérés. Mais
les séparations sont cruelles. Beaucoup restent en
lien entre eux et nous écrivent pour poursuivre leurs
réflexions, confier leurs problèmes et difficultés.
L'abondance du courrier nous donna l'idée de fonder
un petit bulletin qui rassemblerait questions et réponses,
et serait un lien vivant entre tous les participants. Très
vite, le nombre d'abonnés atteint les 900.
Actuellement, après 28 ans, notre
petit bulletin reste toujours vivant et actif. Il a été
à l'origine de l'édification de ce qu'est devenu
notre centre de L'Aube.
Mais, revenons en arrière. Vers 1980,
après huit années d'accueil champêtre,
que nous assumons totalement à deux, pour des groupes
qui atteignaient parfois une vingtaine de personnes, la charge
était devenue trop lourde en plus des tournées
de conférences, courriers et publications des livres.
Nous nous trouvions donc devant cette alternative : ou tout
abandonner, ou construire sur notre terrain une structure
plus adaptée à un accueil permanent qui nous
permettrait de nous faire aider. Mais où trouver les
fonds nécessaires ?
Nous confiâmes notre dilemme à
notre petit bulletin qui nous apporta la solution sous la
forme d'un généreux apport financier suffisant
pour mettre le projet en route. Le défi était
énorme, mais quelle magnifique confiance de la part
de ceux qui y croyaient !
Cette entreprise en se fit pas sans peine,
mais après deux ans d'infinis démarches et travaux,
le centre ouvrit ses portes en juin 1982.
Hélas, peu avant, Louis tombe malade.
Avec l'énergie qui le caractérise, il continue
à donner des conférences, à animer stages
et rencontres, et plus que jamais à clarifier sa pensée
par ses écrits. Il s'éteint en août 85
en ayant dit-il, le sentiment de n'avoir encore rien exprimé
de ce qu'il avait à dire.
Il me laissa la belle, mais lourde responsabilité
de poursuivre son œuvre. Depuis, mon but est de garder
son message vivant, non seulement par le style et la qualité
d'accueil de notre "Aube" mais aussi en publiant
des livres inédits et en rééditant des
ouvrages épuisés, mais toujours demandés.
Ceci me prouve que, près de 20 ans après sa
mort, son message libérateur est toujours d'actualité.
Il rejoint ce qu'il appelait "les blessés de l'ancienne
Église", qui refusent, néanmoins de rejeter
ce qui était la racine de leur foi.
Avec l'aide notre C.A. et de l'équipe
qui fait vivre notre maison, nous tentons de rester fidèles
à cette racine, tout en l'adaptant aux besoins de notre
époque. Nous croyons fermement que, comme le disait
Louis, "c'est ce qu'il y a de plus humains qui révèle
le mieux le Divin."
Convaincus que ce "souffle" anime
toute la création, nous souhaitons nous ouvrir largement
à toutes les tentatives qui permettent à l'homme
de se réaliser dans sa totalité corps-esprit.
En ce qui concerne le corps, nous sommes très sensibles
à tout ce qui concerne la nature et notre environnement.
Et cela détermine la façon de se nourrir, l'équilibre
des repas, et la responsabilité de chacun de gérer
sa santé.
Nous sommes très conscients que tout
ce que nous pouvons entreprendre dans ces domaines n'est qu'une
goutte d'eau dans l'océan, des besoins de notre époque,
mais si nos modestes initiatives pouvaient en convaincre certains,
et particulièrement des jeunes, de créer eux
aussi des lieux témoins du "respect du Vivant"
nous ferons ainsi doucement pencher la balance vers un meilleur
équilibre de notre planète.
En ce qui concerne l'esprit :
J'ai des nombreux et touchants témoignages que le message
de Louis, dépouillé de certaines formulations
dépassées aujourd'hui, reste toujours actuel.
Il puisait sa source dans une intense vie intérieure,
alimentée par l'exemple de son toujours jeune maître
mort, il y a 2000 ans. Comme lui, il nous dit qu'il ne faut
pas chercher Dieu dans les nuages, mais que "qui voit
son frère voit son Dieu !" De là découle
ce "Aimez vous les uns les autres" parfois si difficile
à mettre en pratique.
Louis a consacré sa vie à tenter
de faire prendre conscience de cette "Présence"
en tout homme, que chacun perçoit en des rares moments
d'exception. C'est pourquoi il nous dit que "La foi,
c'est de se rappeler, quand on est dans les ténèbres,
ce que l'on a vu quand on était dans la lumière."
Cela nous permet de rester bien modestes, mais ne nous dispense
pas pour autant d'être des "passeurs de Lumière."
A l'Aube, nous tentons donc, de faire passer
cette lumière en vivant le plus harmonieusement possible
le présent, afin de construire un avenir où
jeunes et moins jeunes auront goût et joie à
vivre. Nous espérons donc que la variété
des stages que nous proposons soit convaincante et donne envie
à d'autres de se lancer dans ce genre d'utopie.
Personnellement, j'ai toujours trouvé
dans l'expression créatrice, le meilleur moyen de prouver
ce qui m'habite. Pour moi, peindre ou dessiner est une forme
de prière. N'est-ce pas un moyen privilégié
de se mettre à l'écoute du son que rend le Divin
en nous, quand nous parvenons à nous y accorder ?
Aussi, c'est avec bonheur que j'anime des
stages dans cette discipline qui ouvre d'heureux horizons.
C'est dans cette esprit que j'ai écrit
"Le livre d'Amélie." (Ed. monte Cristo.)
Je souhaitais confier à ma petite fille, qui allait
être confirmée, ce qu'avait été
mon chemin de foi. Alors, tout naturellement, je l'ai complété
à la pointe du pinceau.
J'achève actuellement un livre pour
un petit neveu de 8 ans. C'est un âge où l'on
est capable de faires des découvertes profondes
qui peuvent avoir valeur éternelle et orienter
toute une vie. N'est-ce pas pour cela qu'il nous est demandé
de redevenir comme des petits enfants ?
|