MAHMOUD DARWICH

Poète palestinien, donne sa place
à l’expression lyrique
dans un monde déchiré
« Libération »,
10 et 11 mai 2003
Dans
vos poèmes, et c’est là un
trait palestinien, vous citez souvent « le Nazaréen »,
le Christ…
J’ai toutes les raisons de considérer que Jésus
est un ami personnel. C’est un enfant du pays, il est
de Nazareth, en Galilée. Et puis, sa mission est
très simple, c’est une mission de paix et de
justice. Avec ses paraboles, il parle comme un poète.
Il est un état poétique à lui tout seul :
il veut apprivoiser le geôlier en chuchotant et même
en l’embrassant, à la violence il oppose la
douceur. C’est l’ami des faibles, des démunis,
des solitaires. En cela, il est symbole de tolérance
et de l’unité de l’humanité. Enfin,
il est la figure de la souffrance. Et en tant que tel, le
Christ nous inspire et nous donne du courage. Car aujourd’hui
c’est le peuple palestinien qui est mis en croix par
la politique d’occupation d’Israël. Aujourd’hui,
la mort palestinienne est devenue aussi anodine qu’un
bulletin météo, et l’invasion de l’Irak
par l’Amérique, qui s’est placée
au-dessus des lois, n’a fait que sacraliser la position
de l’occupant.

Vous citez le Christ plus souvent
que Mahomet.
Parce que je sens que je peux parler de l’un librement
alors que je ressens comme un contrôle quand je désire
parler de l’autre. Comme dans le christianisme, on
a accepté la séparation du religieux d’avec
le politique, il semble plus aisé de dialoguer avec
le Christ. Les artistes ont du reste pu le représenter
blond, brun ou noir, je n’arrive pas à m’imaginer
Mahomet autrement qu’arabe.
Un grand de la langue arabe.
Né en
1942, à Birwa,
près de Saint-Jean
d’Acre, en Galilés, Mahmoud Darwich est l’un
des grands poètes arabes contemporains. Actuellement,
il vit à Ramallah, en Palestine.