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Irak : La guerre des intégrismes religieux
Alors que résonnent les bruits de botttes et les "rumeurs de guerre", il nous a semblé opportun de vous proposer le texte suivant comme base de reflexion :
Par Alain Duhamel
Journal Libération du
8 mars 2003
L'une
des caractéristiques les plus déplaisantes
du bellicisme de Georges W.Bush est la bonne conscience imperturbable,
marmoréenne, qu'il affiche depuis le début
de la crise irakienne. Le Président américain
ne doute pas une seconde de son bon droit. Le juste, le vrai,
le bien, il se les approprie. George W.Bush s'est auto-investi
d'une mission messianique. C'est au nom de la morale et de
la justice qu'il a décrété que l'Irak était
aujourd'hui la cible prioritaire, le danger imminent.
Pourquoi l'Irak plutôt que la Corée du Nord
? Mystère. En quoi Sadam Hussein constitue-t-il aujourd'hui
le péril des périls, pourquoi est-il plus dictatorial
q'une dizaine d'autres chefs d'Etat de son acabit, où sont
les preuves de ses liens avec Ben Laden, qu'est-ce qui en
fait le bras armé du terrorisme international davantage
qu'au moins une demi-douzaine de ses voisins ? Aucune importance.
Dans l'univers manichéen, d'ailleurs présenté et
assumé comme tel, du Président américain,
il n'y a pas de place ni pour le doute ni pour la pitié.
Pourrait-on désarmer Saddam Hussein sans massacrer
des civils, sans déstabiliser toute une région,
sans crevasser l'ONU, sans fissurer l'Alliance atlantique,
sans décupler le terrorisme, sans extrémiser
une fraction des musulmans, sans creuser un abîme entre
l'Islam et l'Occident ? Peu lui importe. Les inspecteurs
des Nations unies ne lui suffisent pas. Il faut châtier
le mal, exterminer l'ennemi. George W. Bush est un croisé,
un intégriste religieux qui a la certitude que Dieu
est avec lui et lui tend une épée.
Rien n'est d'ailleurs plus impressionnant que de l'entendre
invoquer de plus en plus fréquemment, au fur et à mesure
que le guerre devient imminente, Dieu et la Bible, émailler
ses discours de références chrétiennes,
se placer constamment sous la protection, voire sous l'inspiration
divine. Il est vrai que l'univers politique américain
est l'un des moins laïques du monde, que l'on prête
serment sur la Bible, que l'oin prie en ouverture des circonstances
solennelles.
George W.Bush, habité par sa mission -détruire " l'axe
du mal "- va plus loin. Il se montre volontiers en train
de se recueillir avec ses collaborateurs avant d'ouvrir une
réunion, à la recherche de la bénédiction
divine. A la télévision, il emprunte des accents,
voire des formules, de télévangélistes.
La plupart des Eglises américaines
ont pourtant pris fermement position contre la guerre.
En revanche, la
" droite chrétienne ", ces ultraconservateurs fondamentalistes, si puissants
aux Etats-Unis, possédant universités, journaux et chaînes
de télévision, le soutient corps et âme. Les catholiques,
les protestants de la côte Est lui sont hostiles. Chez les évangélistes,
en particulier chez les baptistes et plus généralement dans la " ceinture
de la Bible " du Sud confédéré, il compte de solides appuis
: rien d'étonnant, puisqu'il se rattache lui-même à cette
mouvance-là. Dans sa famille, on était épiscopalien ou presbytérien.
George W. Bush, lui, a choisi les évangélistes qui, aux Etats-Unis,
donnent parfois (pas tous, pas les quakers, par exemple) dans le populisme le
plus violent et le plus martial. Il y est à son
aise.
Depuis les attentats du 11 septembre 2001, les intégrismes religieux
sont d'ailleurs les seuls vainqueurs. Au sein des peuples musulmans, Ben Laden
compte de plus en plus d'admirateurs notamment chez les déshérités
et chez les désespérés. Saddam Hussein, qui fut un dictateur
laïque, instrumentalise maintenant le fanatisme religieux dans sa propagande.
L'intégrisme a progressé aussi, on le sait bien, en Israël
et au sein de la communauté juive américaine, dont la mouvance
la plus radicale fait bon ménage et même équipe avec l'ultradroite
chrétienne qui pousse et adule George W. Bush. Lors des conflits des
Balkans, c'étaient les catholiques romains et les orthodoxes qui s'étaient
fanatisés. Cette fois-ci, la deuxième guerre du Golfe ressemblera à une
confrontation d'intégristes évangéliques,
musulmans, juifs
Par Alain Duhamel
Journal Libération du 8 mars 2003
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