La condition de l'artiste chrétien.
Denny Gunderson

L'histoire de l'artiste néerlandais, Vincent Van Gogh, est l'une des histoires des plus tragiques. Van Gogh était fils de prédicateur, son plus grand désir était de suivre son père dans le ministère.

Tout jeune, Van Gogh était très sensible et compatissant. Il vécut dans un monde d'église. Toutefois, certaines personnes qui le connaissaient, le considéraient comme un peu bizarre. Il ne semblait pas avoir un quelconque intérêt en ce qui concernait l'apparence physique ou la propreté. Son habillement négligé était une source d'embarras pour son père. Puis, par temps perdu, il faisait des croquis sur du papier. Malgré son idiosyncrasie, Van Gogh était perçu comme un gentil garçon qui manquait peut-être, d'un peu de finition.

L'école était un domaine de lutte majeure pour Van Gogh. Ses aptitudes pour les études semblaient minimes. Ce qui devint alors, pour lui, un dilemme critique, puisque cela lui prohibait l'entrée au séminaire. Sans diplôme du séminaire, il se disqualifiait automatiquement du poste de pasteur auprès de sa dénomination. La triste réalité est, selon des experts actuels qui ont étudié la vie de Van Gogh, ainsi que ses écrits qu'il était probablement dyslexique, un disfonctionnement assez courant de l'apprentissage.


Van Gogh : Pasteur

Ne se laissant point décourager par son manque de formation, il devint tout de même un pasteur laïque. Il fut assigné aux plus démunis de la région de la Belgique, soit aux mineurs de charbon. Débordant d'enthousiasme et passionné, il se plongea corps et âme dans son ministère.

Van Gogh s'identifia rapidement aux mineurs et aux conditions presque inimaginables qu'ils devaient endurer. En fait, il devint tellement près d'eux qu'il commençait à leurs ressembler.

À la fin de cette première année en Belgique, des représentants officiels de sa dénomination qui passaient par là, décidèrent de rendre visite à Van Gogh. En le voyant, ils déclarèrent fortement et avec déplaisir qu'il ressemblait plus à un mineur, qu'à un digne pasteur. Ils décidèrent alors sur le champ qu'il n'était pas capable de bien représenter leur dénomination et cela, même s'il était efficace dans le ministère. Van Gogh fut congédié et renvoyé chez lui. Comme vous pouvez l'imaginer, il fut dévasté. En fait, il ne s'est jamais remis de cette déception.


Van Gogh : L'artiste

C'est ainsi que Van Gogh se tourna vers son penchant naturel pour les arts et en commença l'étude. Son cheminement l'amena de la Hollande à Bruxelles, puis de retour en Hollande et après à Paris. Il peigna de tout son cœur, mais il ne trouva que très peu d'acheteur. Juste avant de déménager à Paris, Van Gogh essaya de mettre de côté son passé amer par le biais d'une œuvre intitulée : “ Nature morte avec la Bible ”. La Bible dans cette œuvre est ouverte, mais la chandelle à côté de la Bible est éteinte.

Quelques années plus tard, dans un petit village près de Paris, Vincent Van Gogh âgé de 37 ans, appuya sur la gâchette d'un revolver pointé sur son cœur et se suicida. Le jeune homme qui voulait devenir pasteur, mourut sans le sou et en dépression profonde. Ce fut seulement après sa mort que Van Gogh devint célèbre en tant qu'artiste et fut reconnu comme étant l'innovateur de l'expressionnisme, l'idée de la spontanéité émotive dans la peinture.

Même si Van Gogh doit être tenu responsable de ses actes, serait-il possible que l'église soit aussi, en partie, à blâmer? Si l'histoire de Van Gogh était un hasard exceptionnel, la réponse serait “ non ”.

Malheureusement, j'ai moi-même, rencontré personnellement plusieurs artistes qui se sont sentis abandonnés par le Corps de Christ, comme Van Gogh. Pour plusieurs raisons et de différentes manières, un message récurent leur était lancé : “ Tu ne fais pas l'affaire. Tu ne nous ressembles pas. Tu n'agis pas comme nous. ” Plutôt que d'encourager, d'entraîner et de bien diriger ces individus, nous les délaissons.


Substituts superficiels

À la façon tragique que la chrétienté contemporaine sefforce à cultiver les talents artistiques, s'ajoute une autre tragédie ayant des implications à long terme. Pour être franc, l'église a vendu son âme artistique pour un breuvage insipide débordant de spiritualité sentimentale. Là où l'Église composait des concertos, des chansonnettes à trois cordes y ont été rafistolées. Le grand art a été relégué au musée poussiéreux et remplacé par des “ cochonneries commercialisable de Jésus ”. Et la littérature qui explorait les grands mystères de la relation humaine entre la création et le créateur, a été supplantée par des témoignages insignifiants et superficiels, à savoir, comment vous pouvez suivre Jésus et devenir un millionnaire en même temps.

Comme résultat, l'Église a perdu l'habileté à se faire entendre par le biais des arts.

À la place, nous sommes devenu de plusieurs façon, un sujet de risée. De plus, le côté prophétique d'intuition inhérente à l'âme de l'artiste est désespérément en manque d'un contenu moral. Cela ne devrait pas nous surprendre parce que l'Église est absente du milieu des arts et n'a qu'une toute petite influence dans les rouages créatifs de notre culture. Lorsque “ le sel et la lumière ” sont omis,
les résidus laissés derrière se putréfient.

Est-ce la volonté de Dieu que les choses aillent de façon si regrettable? Est-ce que l'Église qui a, à sa tête le Roi de la création, devrait faire partie du groupe de gens les moins créatifs de Sa planète? Quelque chose au fond du cœur de chaque disciple de Jésus devrait instinctivement se révolter face à un tel non-sens.


La nature créatrice de Dieu

Prenez un instant et pensez avec moi à la nature du Dieu que l'on sert. Les quatre premiers mots de la Bible sont : “ Au commencement, Dieu créa...” Quel introduction révélatrice, cette affirmation que Dieu a fait à Son propre sujet, Il crée. Dans le livre d'Ésaïe au chapitre 43, verset 19, Dieu dit; “ Voici, je vais faire une chose nouvelle, sur le point d'arriver...” Ce verset nous dit que Dieu crée encore de nouvelles choses. Il n'a pas créé uniquement qu'une fois. La créativité est dans sa nature et c'est pour cela qu'il ne peut pas, ne pas créer. En fait, l'ultime base pour la créativité, c'est l'amour. Vous pouvez voir clairement ce lien qu'il y a entre l'amour et l'expression créatrice, en lisant dans les Psaumes.

Avez-vous déjà été en amour? Si oui, je suppose qu'il se trouvait alors, en vous, une source bouillonnante prête à exploser en de glorieuses ou maladroites expressions. Ma femme a dans sa collection de choses précieuses, un poème et une chanson que je lui avais offerts au tout début de notre relation amoureuse. Elle les trouve encore très profonds. Personnellement, je les trouve plutôt embarrassant. Mais, c'était tout de même une forme d'expression utilisés dans le seul but de déclarer à ma femme, mes sentiments profonds à son égard. Nos habiletés à créer des déclarations uniques d'amours devraient être une norme habituelle pour des gens comme nous, remplis d'amour, qui ont été crées à l'image d'un Dieu d'amour, créateur.


La créativité amène des changements

Lorsque l'amour et la créativité se rejoignent, un troisième élément ressort, causant souvent un inconfort. Cet élément, c'est le changement. Regardons les choses de cette façon; Lorsqu'un homme et une femme s'unissent ensemble par les liens sacrés du mariage, au tout début, ils s'apprécient mutuellement l'un et l'autre. À un certain point dans leur relation, ils décideront probablement que le temps est venu d'avoir des enfants. L'union de leur amour produira une progéniture. Avec cet enfant, beaucoup de changements prendront place au sein de l'unité familiale.

Tout acte créatif donne naissance à toutes sortes de changements, qui eux nécessitent qu'on répondent aux nouvelles réalités. Les changements seront perçu la plupart du temps, par la plupart des gens, soit comme une menace ou une opportunité. Parce que, les nouvelles réalités survenu par le changement mettent à épreuve nos zones de confort et nous forcent littéralement à négocier avec un lot de circonstances toutes nouvelles. En fait, lorsqu'on touche à la créativité artistique, c'est probablement la nature contraignante du changement que celle-ci produit qui cause un inconfort. Les vrais artistes ont la fâcheuse habitude de défier le statu quo. Il veulent souvent que les choses changent.

Réalité poétique

Les personnes créatives sont de par leur nature douées et nées pour explorer. L'artiste utilise les arts comme son médium d'exploration et s'il est honnête, le but de sa recherche sera la vérité. Prenez par exemple le poète. Les vrais poètes ne sont pas seulement intéressés à ce que les mots riment entre eux. Leur but est d'exprimer la réalité des choses en allant au-delà de la surface apparente. En fait, lorsqu'on lit de la poésie, il ne faut pas voir uniquement la valeur des mots, car caché entre les lignes et au-delà des mots repose l'expression de la réalité vue selon le poète. Le vrai poète est en fait un prophète. Son regard perçant est à la recherche de ce que les autres ne voient pas. Ce n'est donc pas de façon accidentelle que dans les manuscrits originaux, les paroles des prophètes de l'Ancien Testament soient écrites sous forme poétique. Aujourd'hui, le ministère du poète a besoin de trouver un accueil favorable dans l'Église, parce qu'il ou elle a une façon de voir la vérité que certain d'entre nous ne voient pas clairement.


Le dilemme de la danse

La danse est une autre forme de créativité qui a pour but la communication. Chez presque toute peuplade ancienne et moderne, la danse était à l'origine, une façon de communiquer avec les dieux. Nous avons tous pu voir comment les petits enfants bougent instinctivement leurs corps lorsque de la musique se fait entendre. Et cela tire un sourire même aux chrétiens qui montrent leur approbation par un signe de la tête, pourvu que l'enfant soit vraiment jeune. Pourquoi est-ce que la danse est approuvé en bas âge mais est attaqué par le diable à un âge plus avancé.

Dans les traditions Judéo-chrétienne, la danse était acceptée comme partie intégrante et normale de l'adoration. Malheureusement, l'hérésie ancienne du Gnosticisme qui s'introduisait régulièrement dans la vie de l'Église, enseigna que toutes choses touchant de près aux corps physiques étaient péchés. De nos jours, de façon générale, l'évangélisme moderne a été séduit par des hérésies paraissant spirituelles. Il en résulta alors, que toute les danses furent identifiées comme étant péché, sauf naturellement pour ceux âgés de 2 ans et moins !

Quelques années passées, durant la période des fêtes de Noël, comme je visitais la base du YWAM à Cambridge en Ontario, quelques membres des employés, en guise de célébration, avait organisé une soirée de performances créatives. Quatre danseurs présentèrent un numéro de 20 minutes sur un pot-pourri de chants de Noël qui sut toucher le public qui par moment riait et qui pendant les moments de louanges avait des larmes aux yeux. Je fut très touché et voulut rencontrer la troupe des danseurs.

Le chef de la troupe était un jeune homme diplômé en danse, possédant des expériences professionnelles qu'il avait acquises dans la ville de New York. Je lui dit à quel point, la merveilleuse combinaison de consécration et de professionnalisme démontré par le groupe avait su m'édifier. Au cours de notre conversation, il m'expliqua qu'il avait, à titre de ministère, dansé pendant plusieurs années à temps plein. Il me partagea également, que malheureusement, lui et sa femme devraient bientôt quitter, parce qu'en tant que famille, il n'avait pas réussit à amasser un soutien pour leur ministère. Je compris alors son dilemme.

Il est possible pour une personne, si celle-ci est un prédicateur de trouver un soutien financier pour son ministère, mais pour un danseur? Quel dommage! Nous sommes ici, en présence, d'un homme et d'une femme qui sont habilités pour enseigner des gens, ceux, parmi lesquels qui ne mettraient jamais les pieds dans une église et malgré cela, personne ne tient à soutenir leur ministère. Uniquement parce que ceux-ci sont des artistes, ils sont habiletés à enseigner, ou enseignent-ils vraiment la parole de Dieu.


Dons sacrifiés et donneurs blessés

Ces dernières années passées, j'ai à plusieurs reprises pu faire la connaissance de bon nombre de musiciens, d'acteurs, de peintres, d'écrivains et de danseurs. J'ai eu vent de beaucoup de frustrations, en parlant avec ceux qui étaient chrétiens. Celles-ci étaient liées au fait qu'ils aient des dons, mais que l'Église n'appréciait pas leurs dons. Ils en viennent donc à sacrifier le don que Dieu a placé en eux afin de se fondre dans des ministères beaucoup plus conventionnels.

D'un autre côté, ceux qui s'en tiennent à leurs dons, souvent, ne peuvent pas trouver de moyen financier pour se soutenir. Dans les deux cas, l'Église est dérobée des personnes créatrices dont elle a si désespérément besoin. De plus l'Église a perdu son pouvoir de communiquer avec le monde au travers des arts parce qu'elle décourage et dans quelques cas brutalise même l'artiste.

J'ai vécu l'expérience tragique de parler avec des artistes qui n'étaient pas des disciples de Jésus....du moins, plus maintenant. Certain d'entre eux sont désormais les plus grands ennemies de l'Église. Ils attaquent avec colère ce à quoi ils ont déjà appartenu. Comme cela est triste et inutile. Nous, dans l'Église devrions être assez honnête et humble pour admettre que nous sommes en partie responsable. Nous avons été plus souvent qu'autre chose, soucieux de projeter l'image d'une classe moyenne respectable et non menaçante, plutôt que d'exploiter les réalités du monde de Dieu. Les conventions ont préséance sur la vérité et nous en sommes les plus appauvris.


Nous avons besoin de nos artistes.

Le but de mon discours est composé de deux volets. Premièrement si vous êtes attirés par la créativité artistique, c'est probablement parce que Dieu a placé en vous cet appel. Poursuivez, cultivez et pratiquez de façon incessante la forme artistique que vous avez choisie. L'expression profonde artistique requière du travail, du travail et encore du travail. Également, de grâce n'abandonnez pas l'Église seulement parce qu'elle ne vous comprend pas. Nous, l'Église, avons besoin de vous.

Deuxièmement, si vous n'êtes pas un artiste, s'il vous plaît devenez défenseur de ceux qui le sont. Encouragez-les, soutenez-les et par-dessus tout, priez pour eux. Nous devons, plutôt que d'étouffer ces voix créatrices, prêter attention à la voix de Dieu au travers de leurs complaintes et leurs arts. Il est aussi impératif qu'il n'ait pas besoin d'apposer un verset biblique sur tout ce qu'ils font dans une tentative malencontreuse et seulement pour donner une certaine légitimité à leurs expressions. Donner de la place à l'artiste et du temps pour mûrir et perfectionner son talent Aimablement et patiemment donner leur la liberté de faire des erreurs. Je crois fermement que Dieu, l'Artiste, le Créateur Suprême aimerait voir son Corps, l'Église, montrer la voie par excellence en matière de créativité. Qui d'autre pourrait mieux qu'elle démontrer une expression de pureté et d'originalité? Vous admettrez avec moi qu'il est grandement temps pour une renaissance des temps modernes, orchestrée par des artistes aimant le Seigneur !

Article publié avec l'accord de Denny Gunderson
et en partenariat avec le site www.samizdat.qc.ca

 

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Pour aller plus loin :

Pendant plus de 25 ans, Denny Gunderson a été un leader au sein de l'organisation YWAM. Il occupa pendant plusieurs années le poste de directeur régional pour la région nord américaine du YWAM. Il est l'auteur du livre The Leadership Paradox. Gunderson est maintenant psychothérapeute ainsi que pasteur d'une église koréenne. Ce texte a été mis en ligne avec la permission de l'auteur via le site Samizdat. Il a d'abord été publié en 1995 dans la revue Last Days Magazine.

 









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