Les
Naufragés de l'Esprit
AUTEUR : Thierry
Baffoy, Antoine Delestre, Jean- Paul Sauzet
EDITIONS : Les éditions du Seuil
Cependant, l'histoire récente
des communautés charismatiques a révélé à des
observateurs attentifs, et notamment à certains de
leurs membres -ce qui a occasionné leur départ,
volontaire ou non -, des dysfonctionnements inquiétants,
parfois graves, qui ont même entraîné la
disparition totale ou la quasi-extinction de certaines d'entre
elles. Beaucoup présentent un grand nombre des traits
de structure et de fonctionnement caractéristiques
des institutions totalitaires ; le Renouveau dans son ensemble
-en particulier pour certains auteurs de cet ouvrage- peut être
regardé comme un mouvement totalisant. Pourtant, ces
problèmes de fonctionnement n'ont que très
rarement fait l'objet d'analyses publiques de la part de
quiconque (observateurs extérieurs et encore moins
responsables ecclésiaux ou membres du Renouveau).
Tous se passe aussi bien à l'intérieur des
communautés qu'à l'extérieur au sein
de l' Eglise comme s'il régnait un tabou, un interdit
de fait mais jamais énoncé. Les problèmes
sont simplement éludés ou occultés,
quand ils ne font pas tout simplement l'objet d'opérations
de désinformation. D'une certaine manière,
l'Eglise dans ses lieux institutionnels, tout comme les communautés
charismatiques elles-mêmes, manifeste une incapacité étonnante à se
confronter avec la réalité. Pourquoi " toucher " au
Renouveau charismatique ? On ne change pas une équipe
qui gagne, surtout quant il n'y a pas de possibilité de
remplacement.
On parle beaucoup, le plus
souvent à des fins apologétiques et naïvement édificatrices,
des personnes et des familles qui ont choisi de consacrer
totalement leur vie dans une communauté de type charismatique,
mais on ne parle lpratiquement jamais de celles qui en sortent.
Pourtant, de nombreuses
personnes ou familles, qui avaient dans un premier temps
engagé toute leur existence
dans un de ces groupes, durent en sortir, parfois d'elles-mêmes,
dans le silence et l'humiliation, quant elles ne furent
pas exclues purement et simplement au terme d'un processus
de marginalisation qui faisait bon marché de
leur dignité de
personnes et de baptisés. Beaucoup se sont retrouvés " dans
le monde ", dans un état de détresse
psychologique et spirituelle d'autant plus aigu que, rejeté par
leur communauté d'origine, ils ne pouvaient guère être
accueillis par quelque autre instance ecclésiale
que ce soit. Cette situation s'accompagnait souvent d'un état
de précarité matérielle d'autant plus
grand qu'ils étaient professionnellement déclassés,
parfois sans espoir de retrouver un travail quelconque.
Comment valoriser dans un curriculum vitae cinq, dix ou
quinze années
de vie communautaire ? Leur histoire était " scandaleuse ",
dans le sens où elle révélait l'existence
de procédures scandaleuses de fonctionnement communautaire.
De l'état de " victimes ", ils passaient à celui
de fauteurs de troubles. Par un retournement paradoxal
mais classique -et non exempt de perversité- on
leur faisait comprendre implicitement, quant on ne le disait
pas clairement : " Malheur à celui par qui
le scandale arrive. "