LA
PRIERE D'UN HOMME MODERNE
AUTEUR : Louis Evely
EDITIONS : Desclée de
Brouwer / Peuple Libre
Et des Transfigurations,
en as-tu déjà connu ? Quand as-tu assisté à une
Transfiguration ? Combien de fois le Seigneur s'est-Il montré à toi
comme Il ne l'avait encore jamais fait, t'est-Il devenu proche
et vivant comme tu ne l'aurais pas cru possible ?
Que s'est-il passé à la
Transfiguration ?
Pour beaucoup de chrétiens,
l'Evangile est une sorte de mythologie. Il se passait en
ce temps-là maintes choses dont nous ne sommes plus
dignes ou que Dieu a rayées de sa liste de libéralités.
Pendant quelques années, il y a deux mille ans, Dieu
est sorti de son silence éternel, et Il s'est manifesté d'une
manière satisfaisante (miracles, fulgurations, tonnerre
et fumigènes).
Maintenant, nous sommes retombés
dans notre solitude, avec des souvenirs du passé et
des nostalgies de Parousie.
Pour eux, à la Transfiguration, c'est le Christ, naturellement, qui
a changé -c'est toujours Dieu qui est en faute, donc c'est à Lui
de faire les frais. Sin visage devint éclatant comme le soleil, ses
vêtements blancs comme la neige ; Moïse apparut à sa droite,
Emie à sa gauche, et, inévitablement, il y eut une nuée
et une voix du ciel.
Mais prenez garde, nos évangélistes
usent souvent d'un langage conventionnel et symbolique. Ils
seraient bien surpris que nous les prenions à la lettre.
Pensez-vous sérieusement que Dieu se manifeste à une
certaine intensité lumineuse ? A combien de volts
? Le visage du Christ brillait comme le soleil, mais la bombe
d'Hiroshima fulgurait comme mille soleils ! Ou à une
certaine qualité de blanchissage ? Et en quoi consiste
la " gloire " de Dieu, et le " témoignage " des
prophètes ?
Si vous vous attachez uniquement à la
lettre, vous vous engagez dans des difficultés inextricables,
vous témoignez d'une mentalité bien plus enfantine
que les auteurs " primitifs " que vous prétendez
suivre fidèlement, et surtout, vous vous excluez du
monde de Dieu et de toute chance de bénéficier
jamais d'une Transfiguration !
En réalité,
une lumière, un rayonnement émanait sans cesse
de la personne du Christ, mais les yeux distraits, obscurcis
ne le saisissaient pas. N'avez-vous pas rencontré des
gens qui visiblement rayonnaient ? Il est des êtres
auprès desquels on se sent bien (" on essayait
de s'approcher de Lui, car une vertu sortait de Lui et les
guérissait tous "), des êtres qui ont un
rayonnement amical, joyeux, paisible, fraternel, apaisant.
Mais tous ne le perçoivent pas, et même certains
l'appréhendent et s'en méfient, s'écartent
de peur d'être entraînés trop loin
Et les Apparitions ! Avez-vous eu beaucoup d'apparitions dans votre vie ? Quelles
sont vos dernières apparitions ? Parlez-vous un peu de vos visions ?
Quand avez-vous vu le Seigneur pour la dernière fois ? Quand l'avez-vous
raté une nouvelle fois ?
La règle des Apparitions, dans l'Evangile, est très simple :
personne ne reconnaît immédiatement le Christ quand on Le rencontre.
Alors, chacun de nous se sent tout de suite concerné : nous aussi passons
sans cesse à côté du Christ sans Le reconnaître.
Le Christ est présent dans nos vies : "Je suis avec vous tous les
jours " - " Voici que je suis à la porte et que je frappe
" - " Celui
qui est de la vérité, entend ma voix " - " Quiconque
aime, est né de Dieu et connaît Dieu " (peut-être sans
l'avoir reconnu) - " Ce que tu as fait qu moindre des miens
"
Mais nous L'ignorons comme l'ont ignoré ses disciples : Marie-Madeleine
croyait que c'était le jardinier. Les disciples d'Emmaüs l'ont
pris pour un voyageur, un auto-stoppeur, un clochard. Et, à la Pêche
miraculeuse, ils ont vu un étranger qui cuisait du pain et du poisson.
Un assez bon échantillonnage
de ceux que nous négligeons tous
les jours.
Il était quelconque.
Si quelqu'un mérite d'être
fusillé dans
la chrétienté, c'est bien celui qui a inventé que le Christ était " le
plus beau des enfants des hommes " ! Ces gens ne peuvent se résigner,
que dis-je, se hausser à le loyauté de l'Incarnation. Il faut,
selon eux, que le Christ pavoise d'une façon quelconque. Sans doute,
Il n'a pas d'ailes, mais on Lui met une plume au chapeau.
Mais, le Christ ressuscité, non seulement ne ressemblait pas à Dieu,
mais Il ne ressemblait plus à Lui-même. Il était tellement
banal que les disciples d'Emmaüs ont fait des kilomètres avec Lui
sans Le reconnaître. A qui ressemblait-il ? A n'importe qui, à toi
! Regarde la tête de ton voisin : tu as une vision, une apparition du
Christ ressuscité ! Alors tu as le choc de surprise nécessaire
: tu es totalement découragé de tenter de Le reconnaître
par le visage, la voix, la taille. Il fallait s'y prendre autrement. Il fallait
accepter de changer pour Le voir changé. Il fallait se donner un peu
pour commencer à Lui ressembler pour Le reconnaître.
|

|