
AIME-TOI
LA VIE T'AIMERA
AUTEUR : Catherine Bensaid
EDITIONS : Robert Laffont
La pensée
créatrice
C'est être davantage à l'écoute de nos sensations. Cela
ne signifie en rien annuler notre capacité de raisonnement, et encore
moins suivre aveuglément
des croyances absurdes qui nous séduiraient d'autant plus qu'elles sont
déraisonnables.
" Maintenant, j'ai
appris à faire confiance à ce que je ressens
et j'obéis à mes intuitions. " Il est
tout à fait possible de tenir compte de ses intuitions
comme de ses sentiments, tout en conservant tous les bénéfices
d'une pensée logique et rationnelle ; d'autant que
pour satisfaire ses désirs, il faut le plus souvent
user de toute son intelligence
et qu'il est impossible
de dissocier le travail mental et le monde de la sensation,
un jugement rationnel et une connaissance qui serait d'avantage
de l'ordre de l'intuition. Comme envisager un travail intellectuel
qui n'utiliserait pas sans cesse les informations que lui
apportent les sens, le cerveau étant seul capable
de les mettre en mémoire, de les classer, de les analyser,
et surtout d'en apprécier toute la richesse ? Et il
n'est pas de construction imaginaire, mise en forme d'une
idée, élaboration d'un système de pensée,
qui ne s'accompagne de tout un cortège de sensations
: aussi bien les douleurs qui sont celles d'un accouchement
que les satisfactions profondes que procure toute uvre
aboutie ?
Toute création n'est-elle
pas le produit d'un travail acharné et de cette intuition
fulgurante qu'est l'inspiration ? ne permet-elle pas de faire
l'expérience de cette autre partie de nous même
qui vit, pense, crée
en continuité avec
la volonté de créer, mais échappent
toujours un temps à cette volonté ? " C'est
pas volontaire, c'est malgré moi
ce n'est pas
l'il qui surveille la main, non, c'est l'il qui
suit la main. J'y vais sans réfléchir ; mais
en même temps, je sais où je vais
" (Giacometti,
entretien télévisé).
Le travail préalable,
qui peut-être laborieux pour ne pas dire
douloureux, est totalement indispensable à cette émergence soudaine
du mot juste, ou de note parfaite : il semble que nous mettions en marche en
système qui va ensuite, sous l'effet de cette impulsion, être
capable de fonctionner de façon autonome. Ne voyons nous pas en effet
s'imposer à nous telle image, telle phrase, telle mouvement, telle musique
à l'instant
même où nous cessons tout effort de réflexion ? La réflexion
peut parfois succéder à l'élan créateur et non
le procéder : " ce n'est qu'après coup que je comprends
pourquoi j'ai écrit certaines paroles de mes chansons ; sur le moment,
elles me viennent sans réfléchir. "
Ne nous sommes-nous pas alors le spectateur privilégié d'une
création qui s'impose à nous comme si nous étions enfin
récompensés de nos efforts passés par une inspiration
quasi divine ? N'avons-nous pas la sensation d'être le transmetteur d'un
message venu d'ailleurs, message dont nous essayons d'être l'interprète
le plus fidèle possible
?