
L'espace du Désir
AUTEUR : Alix
Brijatoff
EDITIONS : Les Presses du Management
Au fil de nombreuses années d'intimité avec les mondes de
la culture, de la communication, des entreprises, et surtout
avec les gens, j'ai pu constater que nous nous épuisions,
voire coulions, submergés par l'accélération des signaux,
des messages, des offres. Leur prolifération incontrôlable
nous laisse tels des dinausaures paralysés sous le poids
de ce harcèlement, nous procurant au mieux une (fausse) sensation
d'omniscience, au pire une (réelle) sensation de satiété,
proche de la nausée.
Pour nos parents, les héros se nommaient Colomb, Gutenberg,
Galilée, de Vinci, Pasteur, Curie (Marie), Einstein. Pour
nous, et par image de télévision interposée, ce furent Gagarine,
Armstrong, Mère Thérésa ou... Lady Di.
Pour nos enfants ce sont plutôt les Jordan, Zidane et autres
Agassi, ou encore Bruce Willis et Lara Croft.
La nostalgie n'est pas mon propos. Demain est une autre
aventure qui se rêve aujourd'hui, une découverte renouvelée
pour autant que l'on ne s'inscrive pas dans le sens fatidique
de la tendance et de son excès.
Plus nous serons soumis à une représentation abstraite,
voire vide du monde, plus il va devenir nécessaire de la
compléter (et non contrebalancer) de " sensorialité ", des
preuves tangibles de ce que l'on avance et promet.
Il semble que notre système se soit emballé vers le tout-info,
le tout-visuel (Mac Luhan et Guy Debord le constataient...
il y a plusieurs décennies !).
" L'aliénation du spectateur au profit de l'objet
contemplé s'exprime ainsi : plus il accepte de se reconnaître
dans les images dominantes du besoin, moins il comprend sa
propre existance et son propre désir. "
La Société du spectacle,
Guy Debord.
Certes, il est indispenssable de rêver. Mais le rêve doit
susciter le Désir. L'insoutenable légèreté (ou absence) de
sens aurait-elle effacé nos repères et rendu difficile notre
évolution dans un Espace du Désir ? Nombreux sont ceux qui
proposent ce désir, mais si souvent sans passer à l'acte.
Les institutions, les religions, les états, mais aussi désormais
les loisirs, les commerces, les marques en témoignent à profusion
!
Praticienne de ce que je nomme le " contre-marketing ",
je propose donc de dire non aux idées reçues, convenues,
politiquement correctes, ces idées dans la " ligne du parti
" (ou de l'outil, ou de ce qu'on a toujours fait).
Le " contre-marketing " est un état d'esprit salvateur,
de contradiction, de désobéissance, une volonté de toujours
voir autrement, de plus haut, de côté, à l'inverse permettant
de transformer le rêve en désir et ce désir en expérience
de vie.
C'est ce " contre-marketing " qui refuse de se laisser guider
par des vénérables professeurs d'écoles de commerce renommées,
par tous ceux qui n'ont pas senti pousser leurs barbes blanches
mentales, installés qu'ils sont dans leurs confortables mais
préhistoriques certitudes. Leurs théories sont hors d'âge,
parce que non conformées aux mutations du monde et à la réalité
d'une pratique quotidienne.
Ainsi le " contre-marketing " va permettre à ceux qui s'en
régaleront de retrouver l'audace, l'ivresse de la découverte,
les territoires inexplorés aussi jubilatoires qu'une première
en montagne, la découverte d'un pays inconnu, la naissance
d'un bébé, un love at first sight, et toute
autre jouissance qui transporte et fait planer.
Le " contre-marketing " ne lit pas l'avenir dans le rétroviseur
des études, des plis des panels, il le rêve puis le concrétise
à l'écoute des vibrations d'un " Tambour " (parabole que
je propose pour donner une lecture à notre environement),
un tambour capteur d'émotions et de désirs.
Femme d'entreprises, j'ai la sensation d'être dans l'oeil
du cyclone qui a ravagé le désir. C'est pourquoi j'ai éprouvé
le besion de comprendre, de chercher quelques repères, de
rasembler les signes qui autorisent aujourd'hui à nouveau
la proposition d'un espace de bonheur, de plaisir et de joie,
et d'en faire l'inventaire dans l'espoir de voir se re-tramer
la toile qui a pour dessein de ne plus être spectateur mais
acteur, et retrouver le désir, et plus particulièrement l'Espace
du Désir.