Joseph, père hors pair

Un essai sur la paternité médiévale par Paul Payan.

«Sans mère au ciel, et sans père sur terre», bref un orphelin, où qu'il se retourne. Due à Isidore de Séville et souvent reprise, cette formulation théologique a défini, jusqu'au Moyen Age tardif, la double filiation du Christ : terrestre et temporelle du côté maternel, divine et éternelle du côté paternel. A Joseph, l'époux de Marie et père légal de l'Enfant, revenait, évidemment, un rôle effacé et pourtant problématique dans la continuité du récit évangélique fondateur, où il s'agissait avant tout d'affirmer la virginité de la Madone. Cependant, entre le XIVe et le XVe siècle, les choses ont commencé à bouger en faveur du père humain de Jésus, qui acquiert, en quelques décennies, respectabilité, honneurs et, enfin, la reconnaissance tardive mais grandissante de sa sainteté. Paul Payan reconstitue cette étonnante palinodie dans Joseph : Une image de la paternité dans l'Occident médiéval. Pour ce faire, le jeune historien de l'université d'Avignon a suivi l'invention du nouveau statut de Joseph à travers les transformations du discours le concernant dans une lecture croisée de l'iconographie et de la théologie qui s'éclairent mutuellement, disant ouvertement, à tour de rôle, ce que l'autre cache.

A la recherche de modèles humains de proximité avec Dieu, les moines sont fascinés par Joseph : n'est-ce pas lui qui a été le plus proche de l'Enfant, qui l'a connu le plus intimement, à part évidemment sa Mère ? Bernard de Clairvaux est le premier à souligner ce contact charnel privilégié : «Dieu lui donna non seulement de le voir et de l'entendre, mais même de le prendre dans ses bras, de le couvrir de baisers, de le nourrir et de le garder.» Le père putatif (du latin ut putabatur, ce qu'on croyait), vieil homme craintif chargé fondamentalement d'empêcher le scandale d'une naissance miraculeuse, occupe désormais une place bien à lui dans la scène. A le propulser, un double mouvement qui, partant d'Italie et des ordres mendiants franciscains, rejoint la France et les théologiens de la Sorbonne. Si les franciscains décèlent dans l'humilité de Joseph le signe d'une sainteté remarquable mais à la portée de tout homme, Jean Gerson, le chancelier de l'Université parisienne, met l'accent sur la Sainte Famille elle-même, comme modèle de communion entre les époux. Pour être chaste, cette union instituée par un mariage légal n'est pas moins vraie, de même que Joseph est un vrai père, honoré et respecté en tant que tel par le divin Enfant. De plus, en cette période trouble d'affrontements entre Bourguignons et Armagnacs, la parfaite entente régnant dans la famille terrestre du Christ semble attester une qualité proprement politique dont devrait s'inspirer le royaume de France.

La valorisation de la famille terrestre du Christ, note Paul Payan, vient achever le processus séculaire par lequel se sont imposés dans la société occidentale et le mariage chrétien et le contrôle de la sexualité par l'Eglise. La Sainte Famille fonctionne à merveille pour magnifier, au-delà des buts reproductifs, la spiritualité du lien entre les époux. Dans ce contexte, Joseph est une figure étonnamment moderne de mari et de père, aussi respectueux de son épouse que prévenant envers l'enfant. L'iconographie ne s'y trompe pas qui le représente toujours un peu à part, occupé aux tâches ménagères, préparant le repas, lavant les langes, faisant le feu, bref assumant pleinement son rôle de père nourricier et protecteur, entre diligence et incompétence, un peu comme un père célibataire, alors que la Mère et le Fils semblent comme absorbés dans leur sublime convivance.

Plus terre à terre, les fabliaux et autres mystères mettent en scène un vieux charpentier un peu dépassé par tout ce qui lui arrive, tout en faisant quelques allusions grivoises au ridicule de ce père de substitution.

Une mère, un père, un fils : l'image de la cellule de base de l'organisation sociale telle que la projettent la théologie, la peinture ou le théâtre de rue à la fin du Moyen Age est contrastée comme l'est d'ailleurs la société qui s'y contemple. C'est la grande réussite du Joseph de Paul Payan de donner à voir ce que cache la représentation médiévale de la famille, à savoir une reformulation de la famille chrétienne et, surtout, de la paternité en son sein, à travers non la découverte mais l'invention du père terrestre du Christ. Cette paternité est fragile, en proie aux doutes mais néanmoins irréprochable dans sa prise en charge de l'Enfant ­ et émouvante, en face de la toute puissance du Père véritable, se construisant comme en contrepoint de celle-ci, voire par contraste ou opposition.

Libération, no. 7742, jeudi 30 mars 2006, par MARONGIU Jean-Baptiste.

 

Date : 10-06-2006
Titre de l'article :
Joseph, père hors pair
Nom ou Pseudo : Dan
Pays : France
Réaction :
je ne suis pas d'accord quand il est dit "terrestre et temporelle du côté maternel, divine et éternelle du côté paternel" car c'est sexuer Dieu. Hors Dieu n'est ni femme ni homme il est Dieu !
Un Dieu tendre et aimant (comme les clichés qualifient les femmes) et un Dieu juste et fort (comme on voit les hommes) !

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Communiqué du CFRDJ (Centre Français de Recherche et de Documentation Joséphaines)

Vient de paraître, aux Editions du CFRDJ : "La Saga de Saint Joseph,

2.000 ans d'Histoire et d'Oeuvres d'art, 2.000 ans de "cache-cache" avec Joseph. "

par Christian-Michel Doublier-Villette

Il s'agit d'un livre de vulgarisation de travaux universitaires , (maîtrise d'archéologie en 2004 et master 2 en 2005 à l'Université Lumière, Lyon 2, visibles sur http://www.josephologie.info), rattrapé par l'actualité anti-catholique, dont le Da Vinci Code.

Cette "saga" est en effet une réponse doublement originale aux détracteurs de l'Incarnation du Verbe…depuis 2000 ans (juifs, gnostiques, ariens, musulmans, et jusqu'aux sectes modernes du New Age dont le livre et le film Da Vinci Code ne sont que le "sommet d'un iceberg" de mauvaise foi anticatholique).

  • Première originalité : le niveau universitaire (et d'université d'Etat) qui est ainsi vulgarisé. L'auteur ne s'attarde pas au Da Vinci Code, qui n'est finalement qu'une "vieillerie" de près de 2000 ans remise au goût du jour, mais il montre la "base de l'iceberg": comment des revues scientifiques créent un contexte "culturellement correct" permettant le développement de sottises comme le Da Vinci Code. (voir pages 87 à 100 de la saga). Cette brève analyse critique de textes pseudo scientifiques mais écrits par de vrais scientifiques est accessible par tous. L'intérêt est d'attaquer l'adversaire à la source: dans son raisonnement et non dans les conséquences antichrétiennes de son raisonnement.

  • Deuxième originalité: remettre St Joseph au cœur de ce débat bi-millénaire sur l'Incarnation du Verbe. Et c'est toute la "saga". C'est le survol de "2000 ans d'Histoire et d'œuvres d'art, 2.000 ans de cache-cache avec Joseph", d'où le sous-titre de "La Saga de St Joseph".

Saint Joseph est incontournable, aujourd'hui comme depuis 2000 ans.

 Et finalement: le Da Vinci Code s'oubliera mais la Saga de St Joseph restera d'actualité pour faire face à d'autres monstruosités pseudo-scientifiques.

Il convient donc de diffuser la Saga de St Joseph: c'est un beau cadeau à faire autour de soi.

Pour avoir une première idée de ce livre:

lire son introduction dans la chronique joséphaine du 6 mai 2006 de : http://www.josephologie.info

à commander au C.F.R.D.J, Revue de St Joseph, 26400, Allex

Pour tout renseignement ou interview : 04 75 25 11 88 et doublier@josephologie.info









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