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La leçon de management de soeur Emmanuelle !
Charismatique, soeur Emmanuelle a managé des équipes, récolté des fonds, encaissé des échecs, fédéré des compétences. Voici les leçons de sagesse de celle qui aurait fait un chef d'entreprise hors pair !
Ma Soeur, vous aimez citer Marc Aurèle : « L'obstacle est matière à action. » Vous avez choisi de devenir religieuse, mais vous auriez fait une redoutable femme d'affaires !
Soeur Emmanuelle : Ecoute, avant de commencer, j'ai besoin d'appeler l'esprit de Dieu à moi... [minute de silence, NDLR] . Je cite Marc Aurèle car je pars toujours de l'homme. Pour qu'un homme réalise sa vocation d'homme, les obstacles sont bénéfiques. Cela pousse à faire sortir, à donner le meilleur de soi : l'intelligence, la volonté... La lutte fait l'homme. A l'heure de la mondialisation, une brave petite affaire est vouée à l'échec. Ceux qui vivent sont ceux qui luttent. Pierre Bellon, le patron de Sodhexo, m'épate. Son père avait un petit restaurant à Marseille. Son fils a commencé à livrer des repas avec une petite camionnette. Il emploie aujourd'hui des milliers de personnes dans le monde.
Mais parfois, on n'est pas assez fort...
S. E. : Non ! Le problème est plutôt que l'on n'a pas assez confiance en soi. Lors de mes conférences, je répète aux jeunes : vous avez des qualités incroyables, mais vous ne les utilisez pas ! Si un enfant me dit : « Je suis nul en maths », je lui réponds : « Demande de l'aide à un copain, fais des maths tous les jours et tu seras le premier ! » On dit toujours que nos soucis viennent du climat, du manque d'argent... Le problème, c'est toi. Tu dois t'acharner.
Vous-même, comment gérez-vous la difficulté ?
S. E. : J'ai passé vingt ans avec les chiffonniers du Caire. Je vivais dans une cabane parmi les ordures. Un jour, j'ai décidé de créer une usine de compost. Je voulais transformer les germes de mort en germes de vie. J'ai eu tout le monde contre moi : « Vous n'êtes pas une femme d'affaires, vous n'y arriverez pas... » Je me suis agrippée. J'ai lutté cinq années. Et mis l'usine sur pied. Bien sûr, je ne suis pas une femme d'affaires ! Mais j'ai trouvé l'argent, les responsables. Ceux qui réussissent savent utiliser pleinement leurs qualités, sans tout attendre des autres.
Dispensaires, écoles, jardins d'enfants... Vous qui avez porté à bout de bras de nombreux projets, vous est-il déjà arrivé de désespérer ?
S. E. : Je ne connais pas le mot « désespérer ». Pleurer avec, oui. Renoncer, non, non et non ! On peut toujours trouver des solutions. Au Caire, chez les chiffonniers, quatre bébés sur dix mouraient du tétanos, c'était affreux. Je n'avais rien, pas de médicaments, pas de vaccins. Je souffrais, je pleurais avec les femmes, mais je me disais : tu vas lutter, il faut étrangler le tétanos. Quand enfin j'ai obtenu des vaccins, les mamans refusaient les piqûres. Alors, j'ai abordé le milieu par le milieu. J'ai demandé à une femme locale, ouverte d'esprit, d'expliquer l'intérêt du vaccin. Petit à petit, nous avons fait reculer le tétanos.
Parfois, on s'acharne, mais l'échec est au bout du chemin. Comment réagir ?
S. E. : Je n'aime pas le mot « échec ». Pour moi, il s'agit d'une excellente expérience qui mène à la réussite. Ça n'a pas marché ? Change ta manière de faire, va à gauche, creuse un tunnel... Je ne dis pas qu'il n'y ait pas d'obstacles insurmontables dans la vie, mais je ne crois pas qu'il y en ait beaucoup. Avant d'entreprendre, réfléchis. C'est dans l'Evangile. Si un adversaire vient vers toi avec 10 000 hommes, assieds-toi et fais le point. As-tu assez d'hommes pour l'empêcher de te faire du mal ? Sinon, essaie de faire la trêve avec lui.
Vous expliquez l'échec avec limpidité, quand des théoriciens du management écrivent des ouvrages compliqués !
S. E. : Pour réussir dans la vie, commencez par vous intéresser vraiment à l'autre et à ses centres d'intérêt. Quand je vivais à Istanbul, j'ai lu Carnegie, Comment se faire des amis . Très utile, j'en ai même cité des passages à mes élèves. Carnegie recommande de regarder l'autre avec sympathie et de chercher comment l'aborder. Un exemple : un homme d'affaires avait obtenu un rendez-vous de cinq minutes avec un grand patron. Il passe in fine une heure avec le PDG et décroche un contrat. Son secret ? Au cours d'une petite enquête, il avait découvert que le fils du patron collectionnait les timbres. Dès le début de l'entretien, il sortit ses timbres de sa poche. Il suscita d'emblée l'intérêt du grand manager. Il faut avoir de l'humanité en soi, croire en l'homme. Je prends un exemple dans le champagne. J'ai rencontré Laurent Perrier, sa façon de parler à ses employés avec respect et affection m'a beaucoup frappée. Il les valorise, félicite chacun d'entre eux. Pour lui, s'intéresser vraiment à ses employés contribue à la réussite de son affaire.
« J'aime mes clients », assurent nombre de patrons. Pour le philosophe André Comte-Sponville, ils les aiment tant qu'ils les font vivre. Ce n'est donc pas de l'amour. Qu'en pensez-vous ?
S. E. : Dieu a créé l'homme pour être heureux, c'est évident. On ne peut pas être vraiment heureux seul ou en écrasant les autres. Attraper le client ne doit pas être la seule idée. Il faut chercher l'intérêt du client et son intérêt à soi, ensemble. L'homme réussit quand il est en cordée. Si l'un glisse, l'autre le retient et vice versa. Je ne suis pas pour réussir au détriment de, mais pour réussir avec, goûter la vie ensemble.
Comment réagissez-vous face à l'incompétence au travail ?
 S. E. : J'ai dirigé moi-même une école pour jeunes filles riches. J'en ai eu assez et j'ai demandé à aller chez les plus pauvres. Là, j'étais impitoyable, car je voulais le bien des enfants. La supérieure a voulu m'imposer une maîtresse incapable. Pas question ! Je l'ai poussée vers la sortie. On m'a dit que j'étais sévère, cruelle, mais j'ai tenu bon. Et l'école est devenue un modèle. Dans une entreprise, c'est différent, il faut gagner de l'argent. Si le salarié est incapable, je ne le garderais pas. Mais je ne le laisserais pas tomber comme une vieille peau. Je demanderais peut-être à mes amis s'ils n'ont pas un poste plus adapté.
Certains managers, en dépit de leur activité prenante, souhaitent donner davantage de sens à leur vie. Comment faire ?
S. E. : J'ai participé à une conférence avec des chefs d'entreprise chrétiens. Avant la conférence, je leur ai demandé : « En tant que patrons chrétiens, quel est votre but ? » L'un d'entre eux m'a répondu : « Je veux que tous ceux qui travaillent avec moi soient contents, gagnent bien leur vie et qu'ensemble nous rapportions de l'argent. » Au fond, ils m'ont tous dit la même chose : réussir en faisant réussir l'autre.
Vous êtes d'accord avec la maxime américaine : « l'éthique paie » ?
S. E. : Oui, tout à fait. Les exemples ne manquent pas. Un patron me confiait un jour : « Mon affaire ne marche pas, mes employés sont plus bêtes les uns que les autres, ils cassent tout, je suis en colère toute la journée. » Je lui ai demandé : « Savez-vous leur rendre le désir de travailler chez vous ? » Un jour, il a décidé de traiter ses employés comme des gens intelligents et travailleurs. Il les a réunis : « Considérons que cette affaire est notre affaire et nous allons réussir. » Il leur a aussi demandé tout ce qui n'allait pas dans l'entreprise pour eux. Et a procédé à des aménagements : locaux mieux chauffés, horaires modifiés, primes en fin d'année en cas de performance. Les résultats se sont améliorés.
Etre riche, c'est honteux ?
S. E. : Ah, oui ! Pour moi, on n'a pas le droit d'être riche seulement pour soi. Un jour, un homme d'affaires me donne un chèque de 300 000 francs pour l'association. Pour le remercier, j'accepte son invitation à dîner. A table, il me confie qu'il ne s'est pas aperçu de son don sur son compte en banque. J'ai bondi : « Tu te dis chrétien et tu gardes tout cet argent pour toi, alors que tant de gens ont faim ! » Pour moi, quand on a une belle fortune et que ses enfants sont élevés, on n'a pas le droit de garder un compte en banque chargé. Si cet argent est du patrimoine, il faut le rendre à ses enfants. S'il s'agit d'argent gagné par son travail personnel, on garde le nécessaire pour vivre. Et on partage le reste.
Webmaster : Patrick GHEYSEN
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Je pense en effet, qu'il faut remonter aux sources de l'enfance de Madeleine Cinquin pour mieux comprendre la démarche de Sœur Emmanuelle, par la suite.
Les hommes sont petits disait-elle avec sa voix de cristal ébréché. Et elle pensait que seul Papa restait grand au milieu de tous ces assoiffés de sensualité.
La brûlure de l'enfance se fit révolte contre ceux qui assassinent l'enfant et ses rêves. N'avait-elle pas subie la pire épreuve qui soit pour une jeune fille ?
Sa révolte, elle réussit à la transcender dans un Amour absolument supérieur à tout ce que le monde renferme de mesquin.
Elle ira désormais vers Dieu, après une longue quête et une introspection de plusieurs années.
Dans le tréfonds de son âme s'allumera un brasier qui ne s'éteindra jamais.
Yalla, il faut aller de l'avant et laisser au passé son goût amer d'éternité. Il faut vivre l'instant présent les yeux définitivement fixés vers l'avenir.
Ce présent qui fait mourir nos mômes et crever les parents à cause de nos indifférences.
Il faut secouer les consciences par des cris de vérité issus du cœur de Dieu Amour.
Elle s'installa dans les médias pour interpeller les beaux discoureurs dont les actes sont souvent insignifiants.
Sa spiritualité de l'action était forcément, comme elle l'écrit si bien dans ses mémoires, une spiritualité de la solidarité.
Son cœur débordait de tendresse envers ses Frères et Sœurs en Humanité.
Cette expression généreuse était l'accomplissement de sa guérison intérieure.
Elle voulut toute sa vie partager son tempérament de feu qui la faisait marcher dans les flammes de l'enfer du Caire.
Elle métamorphosa cet aspect méphistophélique en visages de Lumières et de sourires ardents.
Sœur Emmanuelle, était-elle devenue ce Dieu avec nous dont son prénom résonnait tant ?
Je ne saurais répondre à cette question dont Seul le Christ est capable de nous en donner signes.
Elle était la fleur d'un jardin sacré qui unissait harmonieusement toutes religions.
D'ailleurs, elle disait, que la religion consistait uniquement à être relié à Dieu et aux Hommes.
Un Chrétien ne peut se contenter d'aimer Dieu au détriment d' un total mépris envers autrui.
Ce serait faire mentir le message purement évangélique de Christ.
Ce serait bannir à jamais notre Foi par des contre-sens et incohérences incongrus.
Pour que les chrétiens s'intéressent aux injustices qui abîment la planète. Il faut qu'ils se soient aussi abîmés dans la prière comme un souffle qui vient déposer un parfum de sérénité.
Sœur Emmanuelle est dans le soleil qui brille chaque matin pour nous réveiller.
Elle est également dans nos nuits pour soutenir nos pas meurtris ou fatigués.
Elle était Témoin d'un plus grand, d'un plus Haut nommé Jésus-christ.
Elle parlait en Son Nom avec la rudesse qu'Il aurait certainement en jaugeant nos comportements égotistes.
Elle vit désormais avec Lui dans la clarté cristalline de Son Amour.
Elle nous demande simplement d'être Témoins à notre tour.
Et dire au Monde ses quatre vérités lorsque celles-ci ne sont que mensonges.
Tout cela dans un esprit de prière pour refuser de parler selon nos propres sentiments ou dans un excès de sentimentalité.
Mais pour écouter dans le silence de notre conscience la mélodieuse musique des chants de Dieu.
Soyons Témoins de la Liberté aimante de l'Esprit-Saint, comme le fut Sœur Emmanuelle durant un siècle.
L'Amour est plus fort que la mort, disait-elle. Je dis que l'Amour rejoint l'Amour, Chère petite Sœur Emmanuelle.
Et tu le sais très bien, Toi qui vis désormais main dans la main avec notre Ami commun, Jésus-Christ.
Quelle Joie doit émaner de ton esprit. Vous voici tous deux réunis pour vous faire les déclarations d'un sempiternel Amour qu'aucunes adversités n'aura jamais réduit en cendres.
Votre Force d'aimer était trop élevée pour être atteignable par les archaïsmes de nos sociétés dites bien-pensantes.
Il faut que nous montions aussi Haut pour vous comprendre et vous suivre en vous imitant.
Imiter l'Amour, n'a jamais tué personne, que je sache. Alors soyons des combattants de l'Espérance chrétienne par-delà les détritus de nos pauvres existences.
Et nous aurons quelques reflets de la Douceur de Dieu au fond des yeux. L'ombre bienfaisante de cet essaim de Témoins qui vivent la révolte l'Amour au même titre que Sœur Emmanuelle.
Son combat ne fait que commencer avec Christ à nos côtés.
A bientôt, Sœur Emmanuelle, nous nous retrouverons pour gueuler Yalla jusqu'aux extrémités de la Terre.
Bruno LEROY.
Éducateur de rue.
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