Tabou ?

AUTEUR : Roger Eykerman
EDITION : Collection Nouvelles donnes relationnelles
Paru en : 2003

 

Dans un quotidien saturé par des messages conflictuels sur la sexualité, l'auteur, sexologue chrétien apporte des repères solides et sans tabous pour enrichir et épanouir sa vie de couple.

 

 

Extrait :

" Récemment, un pasteur a voulu m’inviter dans son église pour donner un point de vue chrétien sur la vie de couple et la sexualité. Un de ses paroissiens n’en voyait pas l’utilité et disait qu’il y avait déjà assez de sexe partout, qu’il n’y avait qu’à lire la Bible pour savoir comment se conduire.

Ce n’est pas faux, et je le pensais aussi lorsque j’étais jeune chrétien, mais l’expérience m’a appris qu’on ne peut énoncer les choses aussi simplement. J’ai travaillé pendant plus de trente ans auprès d’adolescents et de jeunes adultes en grandes difficultés sociales. En dehors du cadre professionnel, j’ai dirigé plusieurs dizaines de camps d’adolescents, accompagné des paroissiens comme ancien d’une communauté évangélique au cours de longues périodes d’intérim pastoral. J’ai ainsi souvent été confronté à des situations dans lesquelles les problèmes liés à la sexualité tenaient une place importante : couples en difficulté, déséquilibres psychologiques ou troubles du comportement liés à la sexualité, troubles sexuels proprement dits, homosexualité, pédophilie, etc.

Je me sentais souvent très démuni pour donner des conseils parce que je ne pouvais pas vraiment comprendre la souffrance des gens, leurs luttes concernant la sexualité. En outre, pour toutes sortes de raisons sur lesquelles nous reviendrons, c’est un sujet dont il est particulièrement difficile de parler. Comme beaucoup de travailleurs sociaux, de pasteurs, de personnes impliquées dans la relation d’aide, j’essayais de faire pour le mieux, en fonction de ce que je savais, c’est-à-dire pas grand chose. Je n’avais pour critères de jugement que ma propre expérience, les valeurs morales et spirituelles sur lesquelles j’ai fondé ma vie mais qui n’étaient pas toujours partagées par les personnes que j’essayais de conseiller. Souvent, les gens semblaient ne pas en tirer profit, ne parvenaient pas à sortir de leurs problèmes. Lorsqu’il s’agissait de péché, il y avait des rechutes dramatiques malgré une démarche spirituelle sincère.

Je fais partie du baby-boom qui a suivi la Seconde Guerre mondiale. J’ai donc été élevé avant la révolution des mœurs de 1968, à une époque où il n’était pas correct de parler de sexualité, surtout pas entre adultes et jeunes. Les gens bien-pensants criaient alors au scandale lorsqu’un film montrait un peu trop de l’épaule ou du genoux d’une femme. Pourtant, on ne peut pas dire qu’il n’y avait pas de problèmes à cette époque. Avec le recul que m’apporte mon expérience de sexologue de ces quinze dernières années et le témoignage de centaines de personnes, j’ai constaté qu’il y avait alors au moins autant de problèmes, si ce n’est plus qu’aujourd’hui. Mais tout cela était caché. Des gens bien élevés ne pouvaient oser parler de sexualité.

En dehors d’un livre oublié intentionnellement sur une étagère par mes parents pour que ma curiosité, ce que mes cours de morale appelaient « un vilain défaut », soit malgré tout utile à mon instruction, je n’avais eu aucune éducation sexuelle. Aussi surprenant que cela puisse être, la méthode de mes parents est toujours utilisée, tant il est difficile encore aujourd’hui d’avoir un véritable dialogue parents-enfants au sujet de la sexualité. Le recours à cette mauvaise méthode est déjà un moindre mal, car, bien souvent, les parents sont aussi gênés que les enfants et il n’y a aucune communication au sujet de la sexualité malgré une certaine libération des mœurs et de la parole sur le sujet.

Ce silence, autant prudent que prude, n’était pas seulement la règle dans la majorité des familles, mais aussi dans les institutions. L’éducation sexuelle ne faisait pas partie des programmes scolaires. La plupart des enfants entraient à 14 ans en apprentissage ou en école professionnelle, où il n’y avait aucun enseignement sur la sexualité. Les autres, qu’on destinait à des études longues, entraient au lycée dès la sixième. Ils en ressortaient adultes en ayant seulement étudié le fonctionnement du système reproducteur en classe de troisième, à un âge auquel aujourd’hui plus d’un adolescent sur deux a déjà vu un film pornographique. Il n’y avait aucune référence aux comportements humains et aux sentiments. Plus tard, mes études d’éducateur puis de psychologie ne m’ont pas apporté davantage sinon des généralités et les théories freudiennes de la sexualité, beaucoup plus en lien avec la structure profonde de la personnalité des gens qu’avec leur comportement et leurs problèmes concrets.

Comme bien d’autres, l’absence d’éducation sexuelle ne m’a pas empêché de me marier et d’élever mes enfants, aujourd’hui tous adultes. Mais, entre gérer sa propre sexualité, accomplir son rôle de parent, et pouvoir aider d’autres personnes en difficulté précisément dans le domaine complexe de la sexualité, il y a loin. Je sentais bien qu’il y avait un réel besoin chez certaines personnes que je rencontrais. Cependant, j’hésitais à essayer de les aider, faute de compétence. J’avais l’impression, en m’aventurant dans la vie la plus secrète et la plus intime des gens, d’être comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, et je risquais de casser plus que de reconstruire. Finalement, malgré mon désir, je laissais des gens souffrir par peur de ne pouvoir les aider réellement ou les soulager.

Il y a une vingtaine d’années, au moment où j’en étais là dans mes réflexions, la faculté de médecine de Bobigny- Paris 13 a ouvert à des non-médecins, sous certaines conditions de formation antérieure et d’expérience dans le travail social, un diplôme universitaire de sexologie. Une autre question s’est alors posée : était-il convenable, conforme à la volonté de Dieu que je m’engage dans une telle formation ? La sexualité tient une grande place dans la société, mais avec des valeurs souvent opposées à celles de la Bible.

J’ai beaucoup prié et j’ai proposé ma candidature en soulignant à plusieurs reprises dans mon dossier mes divers engagements comme chrétien. S’il n’y avait pas une approbation nette de Dieu pour ce projet, il était peu vraisemblable que je sois admis. Or, cette prise de position claire n’a pas été un obstacle et j’ai donc pu suivre cette formation. Pas toujours partagées, les valeurs chrétiennes que j’ai affirmées ont néanmoins été respectées et j’ai souvent pu témoigner de ma foi, déjà pendant le temps de ma formation ; et cela continue depuis puisqu’il m’a été demandé dès la fin de la formation de faire partie de l’équipe d’animation pédagogique de ce diplôme universitaire.

Avec de nouveaux outils pour comprendre les difficultés des gens et leur donner des conseils adaptés, j’exerce maintenant un ministère spécialisé concernant ces problèmes de sexualité. Par ailleurs, j’interviens souvent indirectement en donnant des conseils à des pasteurs ou des personnes elles-mêmes en situation de relation d’aide auprès de quelqu’un.

Que ce soit lors d’entretiens individuels ou de couples, lors de nombreuses visites à des groupes de jeunes ou des églises, ou à l’occasion de conférences, il est apparu qu’il y avait toujours un manque criant d’information. D’une façon générale, on peut dire que les chrétiens ne reçoivent pas ou reçoivent trop peu d’informations sur la sexualité. Cela est vrai en ce qui concerne le fonctionnement normal du couple, mais encore plus en ce qui concerne les problèmes qui peuvent se poser.

Jusque-là, il n’y avait pratiquement pas dans le monde chrétien de livres sur ce sujet écrits initialement en français, ce qui pose le problème de la traduction et du contexte culturel. Quelques ouvrages publiés ces dernières années s’efforcent de combler cette lacune, mais ils ne me semblent pas vraiment répondre aux besoins de mise en parallèle de l’enseignement biblique et de l’apport des sciences humaines. C’est une entreprise difficile et le risque est grand, soit de faire un manuel de sexologie chrétienne coupé de toute référence biblique, soit de rester dans des considérations affectives, morales et spirituelles en négligeant la dimension physique de l’amour.

 

Tout se passe comme si la foi et la sexualité étaient incompatibles, comme si la vie était découpée en tranches : la vie chrétienne d’un côté et la vie sexuelle de l’autre. Ainsi, de nombreux chrétiens mènent deux vies parallèles complètement indépendantes l’une de l’autre, en passant suivant les moments de l’une à l’autre. Dans des cas extrêmes, que j’ai rencontrés plusieurs fois depuis que j’exerce comme sexologue, des chrétiens à la vie exemplaire aux yeux des personnes de l’église souffrent, et même vivent en secret de graves perversions sans parvenir toujours à les maîtriser.

Beaucoup de jeunes n’entendent dans l’église ou par leurs parents que des règles morales, ce qui est à la fois bien et mal, sans explications sur les raisons de ces règles et sur les conséquences de leur transgression. Faute d’une parole biblique argumentée et dite avec suffisamment de conviction sur la sexualité, beaucoup de jeunes pensent que la Bible n’a plus rien à dire sur ce sujet et s’en remettent à la société pour être enseignés. A cause de cela, beaucoup se sont éloignés de Dieu et ont fait de mauvais choix.

Pendant mes études, j’ai voulu apporter dans les milieux scientifiques, particulièrement de la médecine et de la psychologie, un éclairage sur l’enseignement biblique relatif au mariage et à la sexualité. J’ai donc relu toute ma Bible avec ce regard particulier et en notant tous les passages qui concernaient directement ou indirectement la sexualité.

L’expérience de ces dernières années m’a montré qu’il n’était pas inutile, pour les chrétiens, de réentendre sans a priori l’enseignement de la Bible sur ce sujet capital et omniprésent dans notre société, et de tirer les leçons des expériences, heureuses et malheureuses, des personnages bibliques. "

 


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Date: 17/12/2009
Titre: Tabou ?
Nom ou Pseudo: cathy
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reaction: Très intéressant et utile ! Le fait de ne pas parler des problèmes ne les élimine pas, au contraire ils sont sous-jacents et ressortent plus tard plus intensément. Le fait aussi de vider la question de tout aspect morale c'est ne traiter la question qu'en partie.








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