|
Le
rétroviseur...
Actes 2, 41 à 46
Ils persévéraient
dans l'enseignement des apôtres, dans la communion fraternelle,
dans la fraction du pain, et dans les prières.
La crainte s'emparait de chacun, et il se faisait beaucoup de prodiges
et de miracles par les apôtres.
Tous ceux qui croyaient étaient dans le même lieu,
et ils avaient tout en commun.
Ils vendaient leurs propriétés et leurs biens, et
ils en partageaient le produit entre tous, selon les besoins de
chacun.
Ils étaient chaque jour tous ensemble assidus au temple,
ils rompaient le pain dans les maisons, et prenaient leur nourriture
avec joie et simplicité de coeur, louant Dieu, et trouvant
grâce auprès de tout le peuple.
Nous entendons souvent parler de conventions sur
le thème du "présent et de l'avenir de l'église".
Thème important, sujet vital ! Comment ne pas considérer
aujourd'hui avec sérieux l'enjeux que représente la
question de l'actualité et de la destinée de l'église,
des églises ? Dans ce genre de rassemblement, les orateurs
sont la plupart du temps très motivés par leur sujet,
et les participants attentifs et avides d'êtres enseignés...
Mais malgré beaucoup de bonne volonté évidente,
les systèmes proposés sont souvent décollés
de la réalité quotidienne de la majorité de
nos contemporains. A ce sujet, le livre des actes est, bien sûr,
souvent mis à contribution, et pour cause. N'est-il pas le
récit passionnant des premiers pas de l'histoire de l'église
! Par exemple, il nous sera expliqué en détail, à
partir du modèle des actes des apôtres, la mise en
place des premières églises qui se réunissaient
chez untel ou untel, etc.…
Il est vrai que le système des groupes et
des églises de maison est plutôt un schéma intéressant
: mais pourquoi donc aborder ce genre de réflexion en se
servant la plupart du temps de la bible comme d'un rétroviseur,
c'est à dire en regardant surtout ce qui est en arrière
? Pourquoi parler surtout de l'église qui se réunissait
à Laodicée ou dans la maison de Nympha, ou dans quelques
autres villes ou villages de l'Asie de l'époque ? Pourquoi
ce " Saint Devoir " qui consiste à cheminer avec
une attitude de coeur nostalgique, au risque de sacraliser les figures
bibliques du passé ?
Le livre des actes est-il simplement un livre historique,
le récit de la manière dont les choses se sont passées
à cette époque, la trace de la façon dont les
premiers convertis ont essayé de s'organiser et de fonctionner
? Ou bien est-il un mode d'emploi à prendre au pied de la
lettre pour les églises d'aujourd'hui ?
Dans ce cas, en caricaturant, il faut aussi que je considère
la notion de vie communautaire, de partage total des biens, et que
j'aille vendre mon champs, si j'en possède un, pour en partager
le profit avec tous ! Faut-il aussi que je trouve un temple dans
mon quartier afin d'y être assidu, et que je prenne mes décisions
et fasse mes choix de vie comme vivant sous l'occupation romaine,
sans électricité, sans télévision, et
surtout sans bible, puisqu'à l'époque ce cher Gutemberg
n'avait pas encore permis l'émergence de l'imprimerie…
Sans nouveau testament de même, puisqu'il n'avait pas encore
été rédigé, à part quelques lettres
qui commençaient à arriver au compte goutte et à
dos de chameaux !
Il est certain que le livre des actes est une source
d'inspiration, un socle incontournable, une fondation essentielle…
Les principes qui en découlent sont universels et inaltérables.
Mais nous sommes aujourd'hui au vingt-et-unième siècle,
et le contexte a sensiblement évolué ! (il faut d'ailleurs
noter que le "modèle" que l'on trouve au chapitre
2 du livre des actes ne correspond déjà plus aux aménagements
et aux adaptations sensibles que laissent percevoir les épîtres
qui suivent...).
La Bible est donc pleine de conseils, d'enseignements, d'exemples,
qui sont pour nous autant de pistes à explorer. Mais Dieu
soit loué, il s'agit de pistes ouvertes, qui font appel à
notre créativité, à notre responsabilité,
mais certainement pas à notre capacité de maîtriser
le fonction " copier-coller ", bien connue en informatique
!
Qui serais-je donc alors, le " roi de la photocopie ",
le prince du " copier-coller " ? Suis-je Tychique version
178 ou Timothée version 10825 ? Suis-je la copie conforme
(ou altérée) de Epaphras, le clone d'Onésime
? M'arrive t'il de déprimer parce que je ne suis pas Aaron
ou Moïse, parce que ma vie manque de buissons ardents, parce
que mon vécu semble insipide en comparaison avec mes "
icônes " bibliques, mes " images saintes "
?
Il est tentant, dans le cadre de ce genre de réunions,
d'intervenir pour dire que notre premier appel c'est d'être
conscient de la tradition, mais aussi porteur de créativité
et d'innovation, mais on pourrait vous objecter que déjà
le " libéralisme " a basculé dans de tels
excès, et que preuve est faite que tous les problèmes
concernant les structures d'église de nos jours prennent
leurs sources dans la déviance par rapport au " modèle
parfait " présenté dans le livre des actes en
particulier, et dans les saintes écritures en général…
Ne pourrait t'on pas inverser la proposition, et
dire que les problèmes insolubles que rencontrent beaucoup
de communautés évangéliques de nos jours, sont
liés plutôt à cette attitude passéiste
qui consiste à masquer nos manques d'idées et nos
absences de vraies solutions derrière la recherche de modèles
rigides et sécurisants, datant d'une époque révolue
et cautionnée par de braves témoins de la foi morts
et enterrés depuis belle lurette ! Bien sûr, pour conduire
en sécurité et manoeuvrer, le rétroviseur est
indispensable, et la Bible est et restera toujours le fondement
de notre foi ! Mais pour bien conduire, il faut surtout regarder
devant soi, au travers du pare-brise, et il serait dangereux d'être
obnubilé par le rétroviseur...
Qu'en ressort t'il de positif ? C'est que des hommes
et des femmes cherchent sincèrement des chemins de foi et
de communion, bible en main, avec beaucoup de sérieux et
d'authenticité, mais avec aussi des visières, des
filtres, et des inhibitions scripturaires dont ils ne sont pas toujours
conscients. Ils n'osent pas innover, inventer, chercher, créer
des formes nouvelles ; ils pensent que c'est interdit, que Dieu
maudira, qu'il fermera les écluses des cieux, qu'ils seront
apostats !
Alors que pourtant, Jésus n'a rien écrit…
Alors qu'à aucun moment il ne nous a donné des stratégies
à appliquer au pied de la lettre. Au contraire, il nous a
délégué la mission de bâtir son église.
C'était il y a deux mille ans, et beaucoup reste à
faire !
Il nous a laissé donc laissé dans ce domaine sans
une multitude de consignes précises, sans dogmes établis,
sans modes d'emplois exhaustifs, sans notices inaltérables…
Pourquoi ? Pour laisser un espace de création,
d'invention, d'initiative, sans cesse ouvert, de siècle en
siècle… Les hommes et les femmes du livre des actes
sont entrés dans cet espace. Seront nous simples spectateurs-copieurs-colleurs
de tels témoins, ou acteurs-inventeurs-constructeurs de l'église
d'aujourd'hui, et préparateurs de celle de demain ? Qui connaît
le chapitre 29 du livre des actes ? Personne, il n'a pas été
écrit, parce que c'est à vous et à moi de le
vivre aujourd'hui !
P.Gheysen, webmaster de Paraboles.net |