|
La
Toute-puissance !
Rassurez-vous, l'auteur de cet
article n'est ni "Bat-Woman", ni Calamity Jane ! Aujourd'hui,
elle est cadre-infirmière, mais elle a aussi travaillé durant
plusieurs annés au sein de Jeunesse en mission. Elle
aborde pour nous dans cet éditorial un thème sensible,
pas si éloigné que cela de nos interrogations "quotidiennes" :
le danger de la recherche de Toute-puissance...
On parle souvent de l'évangile de la prospérité,
mais sans chercher si loin, nous sommes tous tentés par les
aspects "victorieux" de la Parole de Dieu ! On peut donc
facilement tomber dans le piège d'une recherche de "toute
puissance", sans même le réaliser...
C'est aussi un des risques d'une mauvaise compréhension
et utilisation de la relation d'aide. Insidieusement, se glisse
l'idée que la guérison intérieure et une meilleure
connaissance de soi font de nous des êtres victorieux, plus
forts, voire même heureux, débarrassés de nos
problèmes. Cela peut devenir une véritable recherche
de perfection et de contrôle de soi qui aboutit à la
construction d'une image idéalisée de soi au lieu
de conduire à la reconnaissance et à l'acceptation
de qui nous sommes, avec nos forces et nos faiblesses, et ainsi
vivre réconciliés avec notre humanité.
Heureusement que Jésus est venu vivre comme
un simple homme sur notre terre… quand je pense qu'Il n'a
pas pu porter sa croix jusqu'au bout (Simon en a été
chargé), qu'Il a connu l'angoisse au jardin de Gethsémané
(pourtant Il savait qu'Il ressusciterait) et qu'Il est Dieu, je
m'étonne que nous ayons du mal à accepter d'être
quasiment anéantis dans les moments difficiles de nos vies.
Effectivement, il y a des moments douloureux, nous
ne sommes pas épargnés, parfois nous aimerions que
Dieu intervienne puissamment pour changer le cours des choses. Nous
rêvons d'un royaume sans échecs, sans souffrances,
sans conflits et nous projetons cet idéal dans nos églises.
Cela me fait penser aux petits enfants et particulièrement
aux enfants " bulles. " Ce sont des enfants dont le déficit
immunitaire ne leur permet pas de vivre dans le monde sans risquer
de mourir au moindre contact avec des microbes. Par conséquent,
ils ne peuvent se développer et vivre que s'ils sont protégés
dans un milieu clos " aseptisé. " Alors que pour
tout autre enfant, c'est justement le contact avec les " agressions
" microbiennes qui leur permet de développer leurs défenses
et de résister aux aléas climatiques et autres.
Bien que toute comparaison ait ses limites, il
en est un peu de même d'un point de vue psychique. L'alternance
d'événements heureux ou malheureux contribue à
notre maturité pour autant que nous les saisissions comme
des occasions de revoir nos mécanismes de défenses
(nos réactions), sortir parfois de certaines bulles de fausse
protection pour trouver des modes d'action qui nous ressemblent
plus. C'est aussi rester vulnérable, accepter nos limites
et celles du monde dans lequel nous vivons. Dieu seul est Dieu.
Sylvie Noyer
|