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Il
ne reste que des miettes !
L'apôtre Paul le dit clairement dans l'une des ses épîtres
: « Car nous avons tous la pensée de Christ ».
Il ne s'agit pas ici d'un vague concept ou d'une affirmation mitigée.
Paul pose à travers ces quelques mots un fondement incontestable
: tous ceux qui croient en Jésus-Christ et qui se reconnaissent
dans son enseignement, tous ceux qui l'ont accueilli au plus profond
d'eux-mêmes, tous ceux-là « ont la pensée
de Christ ». Un point c'est tout…
C'est un véritable kit à la IKEA
que l'apôtre nous présente ici. Il ne décrit
pas une option particulière, c'est inclut dans le PACK
!
A prendre ou à laisser…
Comment se fait-il alors que tous les chrétiens
du monde entier, de toutes les époques, de toutes les dénominations,
n'arrivent pas à exprimer une pensée commune ?
On parvient plus ou moins à s'accorder sur
certaines valeurs basiques, mais les divergences d'expression et
de proclamations théologiques les plus diverses et les plus
contradictoires s'affrontent en permanence depuis des siècles,
avec une impudeur parfois stupéfiante, et souvent ridicule
ou incompréhensible pour « ceux du dehors ».
Quant à ceux du dedans, ils font avec, contents
d'avoir passé le cap de l'inquisition et des guerres de religions,
heureux de pouvoir se livrer sans trop de risques à d'interminables
disgressions verbales ou écrites sur
le « sexe des anges » et autres arguties lénifiantes…
Mais qu'en est-il de cette fameuse « Pensée
du Christ ».
Le fantasme de la « pensée unique » se serait-il
enfin matérialisé au travers du christianisme ?
Dieu nous en préserve !
Mais il semble que les croyants, plutôt que de saisir la merveilleuse
opportunité qui s'offre à eux dans le potentiel de
liberté dynamique de l'évangile, se soient rapidement
agglutinés autour de pôles identitaires rigides et
hyper-codifiés. Ils les définissent ensuite comme
étant les réceptacles de la précieuse et indéfectible
pensée de Christ, incarnée et manifestée au
travers de leur dénomination X ou Y !
On devrait donc ainsi parler plutôt de la
pensée de Christ version Pentecôtiste, ou bien Baptiste,
ou encore Catholique Romaine, sans oublier les Orthodoxes orientaux,
les Coptes, les Anabaptistes, les Evangéliques, les Anglicans,
les Charismatiques indépendants, et bien d'autres…
Ils sont innombrables, et souvent persuadés d'êtres
les seuls détenteurs du fameux Saint Graal, de l'ultime «
Sésame, ouvre-toi !», de la clé d'interprétation
par excellence, le sauf-conduit indispensable pour exprimer la «
Vraie volonté de Dieu ».
Quel cirque, quelle honte ! A quel moment Dieu
a-t'il dans sa parole exprimé le désir d'une Eglise
morcelée, fragmentée, réduite à l'état
de puzzle ? Où est passé le pain de vie dont a
tant besoin notre époque, elle-même tiraillée
par tant de forces centrifuges, tant de stress, tant de pressions
extrêmes
? Il ne reste que des miettes, que l'on chercherait en vain à
rassembler ; à peine de quoi nourrir les « convertis
» et les « adeptes », déjà acquis
d'avance et peu exigeants sur la qualité du menu. On peut
leur resservir la même soupe à l'infini, pour autant
qu'elle porte le label de la « sainte dénomination
» accréditée !
Alors que foisonnent les intégrismes les
plus virulents, alors que ressurgissent les fanatismes les plus
dévastateurs, n'est-il pas urgent, plus qu'urgent que les
chrétiens parviennent enfin à faire entendre un message
cohérent, compréhensible, suffisamment simple et adapté
pour que nos contemporains puissent avoir envie d'en chercher la
source ? Car c'est bien là que se situe le vrai problème
de nos tentatives de communication, et nous le savons bien !
Le « Serpent ancien », le Léviathan,
le Tentateur perpétuel continue à nous titiller :
« N'oublies pas que tu fais partie des purs, des meilleurs,
de ceux qui portent la responsabilité d'apporter le message
dans son intégralité, expurgé de toute hérésie.
Je t'ai choisi, je t'ai placé… Vas maintenant et parles
au nom des tiens, de tes frères et de tes responsables, au
nom de ceux qui t'ont donné les bons codes de lecture de
la Parole.
Et Dieu, qui n'est pas sectaire pour un sou, te bénira en
retour… Amen ! »
Et nous oublions d'orienter les gens vers la source…
Où plutôt, nous leur en donnons l'adresse : notre église,
telle rue, tel numéro, etc…
Comment être crédibles et audibles,
alors que nous confondons « produit », « marque
», « foi », « marketing », «
dénomination » et « évangélisation
» ?
Il ne s'agit pas ici de remettre en question l'authenticité
et l'intégrité de tous ceux qui tentent de transmettre
l'évangile d'une manière ou d'une autre, mais plutôt
d'interpeller sur le scandale de nos divisions et de nos combats
de clochers. Et ce n'est pas le mammouth du mouvement officiel œcuménique
des églises qui pourra y changer grand chose ; il est lui-même
déjà à moitié fossilisé, pris
par les glaces de l'institutionnalisation, paralysé par sa
propre masse…
Jésus a dit : « Tu es Pierre, et sur
cette Pierre je bâtirais mon église » ; il aurait
pu également dire :
« Tu es Yvette, et sur cette Yvette, je construirais mon église
». « Tu es Bob, et sur ce Bob, je construirais mon église
», etc…
Jésus n'est pas venu mettre en place des structures ou des
institutions complexes, il venu annoncer un royaume de vérité,
de liberté et de grâce, et son souhait était,
et demeure, de le construire avec et au travers de personnes,
d'individus, de gens comme vous et moi ! C'est comme cela que
tout a commencé,
que l'évangile s'est répandu ; de bouche à oreille,
d'un individu à un autre individu, de Yvette à Bob
et de Bob à Saïd, de Saïd à Georgette,
de Georgette à Günter, etc…
Ne nous laissons donc pas enfermer ou conditionner
par les étiquettes. Il n'est pas nocif de s'identifier à
telle ou telle « appellation ecclésiale » ;
nous sommes dans une société où nous avons
besoin de repères, de cadres et de tuteurs, c'est une réalité
incontestable, et notre souhait n'est pas de renverser ces évidences.
Mais soyons moins
« accro » à ces repères, ces cadres,
ces
étiquettes.
Après tout, qu'est-ce qui est le plus important : la bouteille
ou bien la qualité du breuvage qu'elle contient ? Moi je
vote pour le message (de l'évangile), pas pour l'emballage
!
Et vous ?
NB : Certains reprochent à paraboles.net
de ne pas être suffisamment bien défini (qui êtes
vous exactement, de quel dénomination dépendez-vous,
etc… ?). Et bien merci pour de tels encouragements ; ils nous
confirment dans notre vocation : être vecteurs d'une parole
libre et plurielle, en conformité avec la pensée diverse
et multiforme exprimée par tous les écrivains, poètes,
prophètes, chantres, apôtres et autres qui ont rédigé
la trame de la Bible au fil des siècles…
P. Gheysen, webmaster de Paraboles.net |