Entre
enracinement et innovation : que
voulons-nous, que pouvons-nous transmettre ?
Parler
de la transmission, c’est être renvoyé à des
préoccupations très concrètes.
Ce n'est pas seulement discourir intellectuellement,
mais c'est mettre en jeu des réalités complexes où mêlent
réflexion et vécu, émotions et passions, joies et difficultés.
Et je voudrais commencer par la joie. Rappelant
que la transmission est, avant toute chose, pour le chrétien,
une joyeuse responsabilité, celle de faire connaître
l’Evangile. C’est l’expression d’une
reconnaissance pour ce que nous avons reçu. Le sentiment
que ce qui est essentiel pour nous doit l’être
aussi pour nos enfants. Aussi, nous voulons nous efforcer
de leur transmettre ce qui nous a été transmis
de précieux et qui donne sens à notre vie.
Cette bonne nouvelle qui fonde notre espérance, nous
ne l’avons pas inventée, nous ne l’avons
pas fabriquée, mais nous l’avons reçue.
Nous en sommes donc d’abord bénéficiaires.
Et donc nous transmettons pour ne pas garder par-devers nous
cet Evangile qui est puissance de transformation, non seulement
de notre petite personne mais aussi de tant de vies, de relations
et de situations.
Toutefois, la transmission est aussi marquée de
difficulté et d’inquiétude. Elle a à voir
avec la fragilité, la finitude et la mort. Nous voudrions
pouvoir la maîtriser et en même temps nous constatons
notre impuissance à le faire. Sans cesse je transmets
ce que je ne voudrais pas transmettre, et je ne transmets
pas ce que je voudrais transmettre. Un tel constat heurte
nos logiques de rentabilité et d’efficacité.Il
engendre aussi un sentiment de peur devant l’avenir,
car la transmission est pour toute société la
condition de sa survie dans le temps. « Nous transmettons
pour que ce que nous vivons, croyons et pensons ne meure
pas avec nous » écrit Régis Debray.
Et c’est sans doute pour cela que notre inquiétude
se focalise si souvent sur les jeunes qui ne sont pas ou
plus dans l’Eglise et sur nos enfants qui ne partagent
pas ou plus nos valeurs. Et l’insistance que nous manifestons
régulièrement dans nos Eglises à « faire
quelque chose pour eux », notre impatience même à trouver
des solutions, des recettes ne traduisent-elles pas la nostalgie
de ce que nous avons vécu à leur âge,
le regret, voire la culpabilité de ne pas avoir su
le leur transmettre et fondamentalement une peur devant notre
propre avenir en tant qu’Eglise.
Et c’est sans doute aussi à cause de cette
impuissance à transmettre que s’instaure fréquemment
aujourd’hui une confusion entre la transmission et
son faux jumeau, la communication, qui en devient parfois
son substitut pathétique et illusoire. Comme si nous
avions plus de moyens de communication que de choses à nous
dire. Nous communiquons pour masquer que nous ne transmettons
plus. Nous ne sommes évidemment pas la première
génération anxieuse de perdre le fil de la
transmission. Mais nous sommes sans doute la première
culture qui a les moyens matériels de masquer dans
l’inflation communicative sa crise de la transmission.
C ’est pourquoi, sans vouloir disqualifier la communication
au profit de la transmission, il convient de les distinguer.
Nous considérerons, classiquement et schématiquement,
que communiquer est l’acte de transporter, si possible
instantanément, une information dans l’espace.
Alors que transmettre, comme l’indique le préfixe
trans, est l’acte de transporter une information dans
le temps. Ainsi, la transmission vise à surmonter
l’éphémère pour s’inscrire
dans la durée d’une histoire.
Je vous propose, de nous enfoncer maintenant dans cette
problématique de la transmission en trois étapes.
La première sera consacrée à la crise
de la transmission aujourd’hui. La seconde aux mécanismes
de la transmission et la troisième à ses contenus.
1. La crise de
la transmission aujourd’hui
Parler de la crise
de la transmission aujourd’hui
et de ses causes, c’est déjà aborder
en creux ou de manière oblique ce qui constitue
l’acte
de transmettre. Je pointe trois causes.
1.1 Cette
crise de la transmission s’explique
sans doute, en premier lieu, par un rapport au temps
devenu problématique dans notre culture.
Nous vivons, en effet, dans une époque gouvernée
par l’immédiat, l'éphémère
et le provisoire, sous la pression d’un présent
toujours plus présent et toujours plus pressé.
Du coup, notre société semble ne plus disposer
d’une mémoire vivante qui la dispenserait de
se commémorer sans cesse. Comme si la multiplication
de nos temps et de nos lieux de mémoire n’était
qu’un substitut pathétique et un alibi à nos
trous de mémoire. On perçoit une sorte de “ fétichisation ” de
la trace historique (engouement pour les musées, souci
de retrouver des racines, passion pour la généalogie…)
pour pallier nos amnésies.
Car au fond nous sentons bien que notre société n’est
plus ordonnée à la reproduction et à la
transmission de l’héritage, cet ensemble de
rites, de paroles, de contenus, de valeurs qui la structuraient,
assurant une continuité entre le passé et le
présent. Il semble qu’aujourd’hui il y
ait rupture de cette continuité. Pour la sociologue
Danièle Hervieu-Léger , cette génération
est “ la première génération
post-traditionnelle, la première qui se trouve prise
dans une situation d’incertitude structurelle, caractérisée
par la mobilité, la réversibilité et
l’échangeabilité de tous les repères. ” Avec,
pour conséquence, une “ mémoire
en miettes ”. Et ce constat, observe Danièle
Hervieu-Léger, “ n’est pas d’abord
un problème d’inadaptation des techniques pédagogiques
utilisées pour “ faire passer ” un
stock de connaissances ”, on voit qu’elles
ne manquent pas, mais “ il est structurellement
lié à l’effondrement des cadres de la
mémoire collective qui assuraient à chaque
individu la possibilité d’établir un
lien entre “ce qui vient d’avant” lui et
sa propre expérience présente ”.
1.2 Cela nous amène à la
deuxième cause de la crise de la transmission, à savoir
que les structures qui assuraient la transmission d’une
génération à l’autre, les
institutions, qui instituaient ce lien, sont aujourd’hui
fragilisées.
On peut dire en effet que crise de la transmission et institutions
en crise ne font aujourd’hui qu’un seul et même
phénomène. Et en effet il n’y a pas de
transmission sans inscription dans un collectif, une communauté d’appartenance,
une institution. Nous le voyons dans l'Eglise : si parfois,
de façon pathétique, des parents confient leurs
enfants en disant : “ Transmettez-leur quelque
chose”, c'est bien parce qu’il y a une sorte
d'impuissance à transmettre lorsqu'on est seul, nous
en faisons tous l'expérience. Le processus de transmission
de l'Evangile doit s'appuyer sur une communauté qui
partage des objectifs communs, des solidarités, des
convictions partagées.
Ainsi, la famille dont on sait les mutations et les ébranlements
dans un contexte où nul n’est enclin à prendre
un engagement, et nul ne s’estimera obligé de
le tenir. La diversification des formes de conjugalité,
le couple fragilisé, le mariage en C.D.D., les familles
recomposées, l’affaissement de l’autorité parentale,
tout cela met à rude épreuve les liens constitutifs
de la filiation et de l’inscription dans une généalogie
et perturbe gravement le rôle pourtant déterminant
de la famille dans le processus de transmission.
Je pense aussi à l’école. Car les bouleversements
de la vie familiale, les fragilités, les carences,
les manques que je viens d’évoquer et ceux qui
caractérisent la vie sociale, reportent sur l’école
des demandes accrues auxquelles elle ne parvient pas toujours à répondre.
De plus l’accélération des connaissances
dans une société mue par l’innovation
et la multiplication des réseaux de diffusion posent
en termes nouveaux la question des savoirs à transmettre
et celle des objectifs de l’enseignement.
Et je pourrais aussi parler des difficultés de la
vie associative à s’inscrire dans la durée,
du discrédit qui pèse sur le politique et ses
institutions et même parfois du soupçon à l’égard
de l’institution judiciaire.
Les Eglises, quant à elles, jusqu’à une époque
récente, encadraient par leurs rites et leurs fêtes,
par leur catéchèse et leurs célébrations,
la vie de la société et de chaque individu
dans la société. C ’est là que
s’élaborait et se transmettait de génération
en génération toute une mémoire religieuse
et une appartenance. La poussée de la sécularisation
a profondément bouleversé cela. Les Eglises
n’ont plus d’impact sur la culture. Mais cela
n’est pas sans conséquence sur leur propre “ recrutement ”.
Ainsi, les Eglises historiques ont longtemps vécu
sur un modèle de développement relativement
passif, basé sur l’approche naturelle par le
canal familial de ceux qui devenaient leurs membres. Le gros
des troupes était constitué par les enfants
et les petits-enfants de leurs fidèles. Force est
de constater que, depuis une trentaine d’années,
cela ne fonctionne plus. Comme l’écrivait, il
y a quelque temps, un pasteur : “ nous sommes
devant une alternative de plus en plus criante : soit
nous prenons acte de l’obsolescence du modèle
passif et naturel et nous en cherchons un adapté à la
réalité d’aujourd’hui, soit nous
persistons à croire qu’il n’en est pas
d’autre possible et alors nous prenons le parti de
vivre et d’affirmer que notre Eglise a vocation à disparaître ”.
Et c’est sans doute pourquoi, cette crise de la transmission
relance la réflexion sur la mission et suscite dans
les Eglises des initiatives afin de partager l’Evangile
au-delà des marges des institutions. D’autant
que si l’Evangile est aujourd’hui totalement
méconnu, il est, j’en ai la conviction, plus
pertinent que jamais. Par certains côtés, la
réflexion sur la transmission n’est pas très éloignée
d’une réflexion sur l’évangélisation
où il s’agit d’annoncer à celles
et ceux qui ne la connaissent pas la Parole que nous avons
reçue.
C’est dire que cette réflexion sur la transmission
interroge aussi notre catéchèse. En effet,
tant que nous vivions dans une homogénéité communautaire
et que la famille portait l'éveil à la foi,
que les jeunes venaient, accompagnés par des proches
motivés, engagés spirituellement, que les questions
religieuses n'étaient pas étrangères à l'enfant,
les catéchètes avaient à approfondir, à structurer
l'orientation, à donner un contenu à la foi.
La catéchèse était un enseignement religieux.
Aujourd'hui, les enfants qui viennent au catéchisme
sont pour la plupart dans l'ignorance religieuse la plus
totale. Du coup, pour eux, la catéchèse est
moins instruction qu'évangélisation : elle
s’efforce de placer chacun devant la Parole, elle appelle à la
foi avant de proposer un contenu structuré.
1.3 Troisième raison à la
crise de la transmission, qui va de pair avec l’effacement
des institutions, c’est l’exacerbation
de l’individualisme et la crise de
l’autorité.
Nous sommes, en effet, en présence d’individus
aucunement assujettis qui n’ont de dette envers aucune
instance, des comptes à rendre qu’à eux-mêmes,
et qui ne s’autorisent que d’eux-mêmes.
On voit les convictions communes s’affaisser et les
convictions personnelles érigées en absolu.
C’est juste, vrai et bien dès lors que c’est
sincère, authentique et émotionnellement fort.
Il ne s’agit pas ici de disqualifier l’émotion,
si importante dès que l’on parle de l’art
et de la création artistique. Mais plutôt de
constater qu’aujourd’hui, l’expérience
vécue prend le pas sur les expériences transmises,
condensées dans un savoir. Il est plus important d’expérimenter
une vérité que de connaître un savoir
reçu de la tradition. L ’expérience présente,
l’expérience vécue devient normative
et légitimatrice. La sincérité et la
transparence sont devenues normes et critères de savoir.
Cette évolution, qui affecte gravement tout processus
de transmission, n’est possible que par un effacement
des instances de régulation, une délégitimation
des instances et fonctions d’autorité
En effet, aujourd’hui, écrit Paul Ricœur, “ nous
ne savons plus très bien ce qui autorise l’autorité.
La question a peut-être toujours existé, mais
nous avons aujourd’hui le sentiment d’être
au beau milieu d’une crise de légitimation,
disons-le d’une décrédibilisation de
l’autorité, des autorités, institutions
ou personnes – crise soulignée par une réticence
générale à faire créance ”.
Or comment une transmission peut-elle s’opérer
sans autorité reconnue à une tradition, à des
institutions, à des fonctions, à des personnes ?
C’est-à-dire sans une confiance accordée à la
parole de l’autre où s’enracine une fidélité.
2. La transmission : tradition
et traduction
2.1 En
effet transmission et tradition ont
même étymologie. Et nous avons déjà souligné que
ce qui caractérise la transmission c’est en
effet, précisément, cette possibilité d’inscrire
chacun dans une tradition, une mémoire, une histoire,
une généalogie, une parole qui le précède.
Mais en même temps il faut refuser de nous laisser
enfermer dans l’alternative tradition ou innovation,
mais au contraire articuler en profondeur ces deux réalités,
car nul ne peut s’ouvrir à l’autre sans
enracinement, et nul ne peut s’enraciner dans une identité sans
la transformer. Il n’y a donc pas de transmission sans
innovation. Ce qui signifie que génération
après génération, la tradition se modifie,
ou mieux dit qu’elle se modifie dans une continuité,
toujours continuellement la même et pourtant toujours
différente. C’est pourquoi la transmission implique
aussi de se risquer à une traduction pour rendre compte
aujourd’hui de ce que nous avons reçu, dans
des langages compréhensibles par le plus grand nombre, à partir
des questions et des défis de ce temps. “ C’est
tout le problème de la tradition au sens large du
terme qui se trouve ainsi posé : si une tradition
peut mourir par dissolution dans la culture ambiante, elle
peut aussi s’éteindre par asphyxie, faute d’avoir
su se renouveler au contact de la culture englobante ”.
Car une tradition ne peut durer que pour autant qu’elle
se renouvelle. Ainsi, transmettre, c’est faire office
de traducteur, fût-ce au double sens qu’évoque
la traduction pour les Italiens qui parfois l’assimilent à une
trahison. Mais aussi au double sens du verbe trahir en français
de déformer (il a trahi mes propos) mais aussi de
dire, parfois à son insu, quelque chose d’essentiel
(en disant cela il a trahi le fond de sa pensée).
Il y a donc toujours dans l’acte de transmettre quelque
chose qui est de l’ordre de la trahisons, de la provocation,
de la rupture, voire de la transgression par rapport au passé.
C’est dire, nous l’avons déjà souligné,
que dans l’acte de transmettre il y a toujours de la
distorsion, mais aussi de la perte, du résiduel. Le
processus de transmission ne transmet pas tout, il retient
des éléments et en laisse passer d’autres.
Il y a donc toujours de l’intransmis, de l’intransmissible
même, et en tout cas un inaccompli à redécouvrir
sans cesse dans le passé pour orienter le présent
et imaginer l’avenir. Pour Paul Ricœur l’interprétation
est à la fois sédimentation des apports successifs
et innovation, écart singulier. Cela exige, à chaque
génération, notre capacité à interpréter
ce qui nous est transmis, c’est-à-dire à rouvrir
dans le passé des promesses enfouies et jamais encore
tenues. Pour désigner ce qui est résiduel dans
la transmission, il parle d’une “ réserve
de sens ”.
2.2 Et c’est peut-être parce
que nous ne prenons pas bien la mesure de cela, que notre
transmission nous laisse toujours insatisfaits. Et ne serait-ce
pas, notamment, parce que nous ne savons pas articuler de
manière équilibrée ces deux mouvements
de tradition et de traduction,
que notre transmission est aujourd’hui mise en échec ?“ Hier,
le modèle de la tradition privilégiait la durée
et la continuité. Chacun s’inscrivait dans une
histoire dont il respectait les codes et les usages, sa trajectoire
consistant à conjuguer la singularité de son
destin avec la force des traditions. L’individu, comme
on dit, “ reproduisait ” plus qu’il
n’innovait. Il respectait. Le modèle culturel
moderne actuel est exactement inverse : c’est
la liberté individuelle qui prime ; le sujet
et non la tradition ; le présent et non le passé… La
discipline, le respect du passé, les traditions, la
mémoire, l’obéissance sont des valeurs
qui paraissent “d’un autre monde”. Il subsiste
un présent indéfini, sans règles, ni
interdits… Le présent indéfini des innovations
continues se révèle être aussi pesant
que le temps antérieur tout organisé autour
du calendrier et des traditions ”. On
voit bien en quoi ces deux attitudes opposées peuvent
correspondre à certaines accentuations voire dérives
confessionnelles.
Ainsi la tradition catholique, fera porter l’accent
sur une certaine immuabilité, une certaine fixité de
ce qui est transmis, ce que l’on appellera le “ dépôt
de la foi ”. Avec les dérives que l’on
sait. C’est ce que souligne le père de la Brosse
quand il écrit : “ Dans cette conception
d’une transmission du dépôt de la foi
n’y a-t-il pas eu une certaine matérialisation
(chosification) de ce dépôt qui était à l’origine
un message et qui est progressivement devenu un contenu ?… Or
la foi n’est pas une chose. Elle est une vie. Le dépôt
de la foi n’est pas un objet. Il est un esprit et une
recherche ”. En
même temps il faut bien voir, qu’aujourd’hui,
en période de fragilité, insister sur la fixité de
la tradition a quelque chose de rassurant et sécurisant.
Ainsi, écrit le sociologue protestant Jean-Paul Willaime, “ dans
un monde qui doute et dont les repères éthiques
deviennent problématiques, un crédit social
est accordé à celui qui, contre vents et marées,
maintient un discours de certitude... On applaudit l’énonciateur
de la norme et on applaudit la norme elle-même tout
en sachant qu’on ne l’appliquera pas. ”
D’autres, au contraire, insisteront, unilatéralement
parfois, sur la traduction et l’innovation au détriment
de la tradition. Je pense bien sûr à nous protestants :
notre accentuation sur la Parole comme événement,
notre insistance sur le caractère second des institutions
dont on a vu le rôle dans la transmission, notre relation
critique au symbolique, notre méfiance à l’égard
du rite qui constitue un support éminent de la transmission,
tout cela fait que nous n’avons parfois comme seule
tradition, dit Olivier Abel, qu’une “ tradition
auto-nettoyante… ” ! “ Or,
poursuit-il, qu’est-ce qu’une invention qui se
tiendrait effrayée à distance de la tradition,
sans oser y mettre la main, sans oser y puiser de quoi réinventer… ”
En même temps notre désir de transmettre doit
toujours laisser à l’aut re la liberté d’être
différent. Cela me paraît important en un temps
où nos propres incertitudes et nos propres peurs pourraient
nous pousser à toujours reproduire l’autre à notre
image, conforme à ce que nous voudrions. Je pense
bien sûr à nos enfants. Comment leur proposer
clairement des convictions consistantes, tout en leur laissant
la liberté de se les approprier, de les changer, de
les contester et d’affirmer leur différence ?
S ans ressentir aussitôt cela comme un échec
vécu dans la culpabilité et la mauvaise conscience.
Il y a là, nous le sentons bien un équilibre
toujours provisoire à trouver, une tension dynamique à assumer,
car la transmission n’est jamais une opération
mécanique. Elle est une relation qui met en jeu l’altérité et
la différence. Elle ne vise pas la reproduction du
même, sans quoi elle serait l’endoctrinement.
Elle ouvre toujours l’espace de la réception,
de l’innovation. Il n’est de chance de transmettre
que dans un rapport de réciprocité. Nul ne
transmet s’il n’est lui-même à l’écoute
d’autrui. Plus la transmission touche à des
réalités profondes, à des convictions, à des
valeurs, plus elle implique un cheminement partagé,
un questionnement réciproque, dont chacun(e) sortira
modifié(e). Dans l’acte de transmission, c’est
tout à la fois le message, l’agent de transmission,
le destinataire qui se trouvent transformés.
3. La transmission
dans tous ses états :
les contenus de la transmission 
J’en viens aux contenus de la transmission. Et notamment,
que cherchons-nous à transmettre en tant que chrétiens ?
3.1 On peut d’abord penser à la
transmission des traces et des marques d’une identité.
Ces traces et ces marques nous insèrent visiblement
dans une lignée, elles inscrivent dans une mémoire,
elles situent dans une généalogie, elles marquent
une filiation. Chacun de nous récapitule en lui, consciemment
ou non, toute une histoire dont il provient : c’est
notre nom, notre patrimoine génétique, notre
langue, notre éducation, notre culture, nos valeurs
et nos références de tous ordres, la réalité d’un
monde qui a été façonné et construit
par celles et ceux qui nous ont précédés.
Par cet héritage multiple, la transmission touche
donc bien, au sens large, à notre identité qu’elle
enracine et préserve.
Nous savons aujourd’hui l’importance prise
par ce terme identité. Terme vague dont on connaît
les pièges à commencer par le repli crispé sur
l’identitaire porteur de fanatisme et d’exclusion à l’égard
de l’autre différent. Et nous mesurons bien,
nous protestants, à cause de notre caractère
de minoritaires, à quel point certains parmi nous
sont attachés à définir une identité protestante
organisée autour d’un passé glorieux
tenant lieu de présent, d’une culture élitiste
et intellectuelle, de valeurs flatteuses (liberté,
responsabilité, respect…). Nous sommes même
parfois agacés par celles et ceux qui seraient prêts à mourir
pour défendre une identité protestante et qui
ne font pas grand-chose pour la faire vivre. Comme s'il suffisait
de perpétuer une culture protestante pour être
quitte avec la question que la parole de Dieu nous pose sans
cesse.
C’est dire qu’on ne saurait réduire
l’Evangile à des valeurs, à un comportement,
ou à un “ faire ” structurant
une identité croyante. Etre chrétien n’est
pas d’abord une identité construite et transmise,
mais c’est une identité reçue, toujours
nouvelle, à chaque instant, d’un Autre que nous-mêmes.
C’est une expérience chaque fois personnelle,
spécifique, singulière qui naît de la
rencontre avec le Christ.
3.2 Pourtant on ne saurait méconnaître
que la foi, la rencontre avec le Christ, déterminent
un certain nombre de comportements et de valeurs notamment éthiques.
Dans la suite de l’enseignement et des actes de Jésus,
la catéchèse et la prédication chrétiennes
appellent à une nouvelle orientation de l’existence
où se transmet, de manière personnelle et collégiale,
une Parole crédible. Particulièrement aujourd’hui
où l’on se méfie des doctrines, des systèmes,
des institutions, la transmission peut passer par l’authenticité d’engagements
où s’exprime une cohérence entre ce qui
est dit et ce qui est fait. Sans tomber dans l’exemplarisme,
nous mesurons bien, notamment en catéchèse,
que le témoignage personnel d’une vie qui a
un sens peut assurer la transmission bien plus que des exposés
doctrinaux sur la foi chrétienne. Et sur le plan communautaire
je pense aux actions diaconales où la Parole s’incarne
et prend corps, au service de l’environnement humain,
sur les points de blessure de notre société :
blessures conjugales, psychologiques, sociales. Dans cette
diaconie de l’accueil, du sens, de la solidarité matérielle,
qui travaille à construire un monde plus juste et
plus fraternel, implicitement ou explicitement l’Evangile
peut se transmettre.
3.3 Je ne m’éloigne
pas du thème théologique de l’incarnation,
si important dès qu’il s’agit de transmission,
en évoquant maintenant la transmission de gestes et par
gestes.
C’est-à-dire la cène, le baptême,
les gestes cultuels, les gestes liturgiques, les gestes de
la prière et du chant, mais aussi les fêtes,
les cérémonies. Au-delà de la parole,
la transmission met en jeu ici d’autres registres :
le corps, les sens, le sentiment, l’émotion,
la sensation, le symbolique, l’esthétique pour
tenter de rendre compte de l’indicible, de l’intransmissible.
Et c’est vrai que parfois nous, protestants, sommes
très cérébraux et tendons à réduire
la transmission à ce qui se passe au niveau du discours
et du raisonnable.
Or celle-ci passe aussi par la mémoire du corps,
du ressenti, de ce qui nous touche et qui en nous touchant
nous relie aux autres et à une histoire. Cela concerne
donc plus largement et plus fondamentalement notre rapport
au rite, car le rite enracine. Il inscrit dans une tradition.
Il implique une mémoire, une sensibilité, il
met en jeu le corps. Il est marque d’une appartenance.
La transmission prend ici la forme d’une initiation à ce
langage symbolique et aux ressources dont il est porteur.
Cette modalité de la transmission est peu présente,
je l’ai dit, dans le protestantisme. Avec d’ailleurs
de drôles de surprises. Ainsi on voit des parents ayant
voulu, il y a quelques années, garantir la liberté de
leurs enfants en ne donnant aucun signe (pas de baptême,
par exemple) rattrapés par les jeunes, qui eux, en
font la demande. Cela prouve peut-être que malgré le
manque délibérément inscrit, peut-être
même à travers lui, à cause de lui, une
transmission s’est faite.
On sait, par contre, à quel point
le rite est important pour la transmission dans le judaïsme.
Je cite ici l’une
de ses représentantes : “ Transmettre
repose conjointement sur la mémoire d’un témoignage,
exprimée par l’injonction “Souviens-toi” et
sur l’enseignement des préceptes et du scrupuleux
et minutieux accomplissement des rites énoncés,
exprimé par l’injonction “Observe, garde”… Dans
le processus de transmission, le rôle du rituel est
fondamental… Ce que Dieu a accompli pour les patriarches
et les ancêtres est aussi accompli pour celui qui rend
la mémoire opératoire par la parole et par
le geste ”.
3.4 Mais transmettre
c’est aussi
transmettre un contenu de la foi.
Il arrive même parfois que notre insistance sur le
comment transmettre, les vecteurs de la transmission, ne
soit qu’un alibi à notre incertitude sur le
quoi transmettre, c’est-à-dire le contenu de
la transmission ! Se méfier, pour surmonter les
difficultés de la transmission, de la démagogie
voire de la manipulation qui nous donneraient la possibilité ou
le sentiment d’être plus efficaces !
Ce contenu, ce “ quoi transmettre ” peut être
une formule brève. Ainsi Paul écrivait déjà : “ Je
vous ai transmis ce que j’ai moi-même reçu,
Christ est mort… il a été enseveli… il
est ressuscité… il est apparu… ” (1
Corinthiens 15/3ss.) Et il soulignait à propos de
la Cène : “ J’ai reçu
du Seigneur ce que je vous ai moi-même transmis :
le Seigneur Jésus, dans la nuit où il fut livré ” (1
Cor.11/23). Ce peut être un énoncé plus
vaste et substantiel organisé dans un credo, une confession
de la foi, un catéchisme, un ensemble de dogmes, un
système théologique qui visent à traduire
aujourd’hui le cœur du message chrétien.
En effet, si l’expérience de Dieu a toujours
quelque chose de fondamentalement indicible, elle ne saurait
demeurer muette sauf à se réduire à une
pure émotion ou illumination hors parole et hors image.
Or pour imprégner et structurer toute la vie, la foi
doit impérativement s'exprimer dans un langage, rendre
compte de ce qu'elle vise et de Celui qu'elle rencontre.
La foi ne saurait donc se passer de la cohérence d’un
savoir théologique qui lui fournit un langage, une
expression, un contenu, une inscription dans une tradition
qui la précède.
En même temps nous savons bien que ce contenu théologique
peut vite dériver en orthodoxie à partir de
laquelle on pratique l’exclusion de celles et ceux
qui dévient par rapport à elle. Ainsi le père
de la Brosse, que j’ai déjà cité,
souligne que l’Eglise a parfois “ cru transmettre
la vérité du message évangélique,
alors même qu’elle ne faisait qu’imposer
une certaine orthodoxie parmi d’autres, une des diverses
bonnes manières de croire ”.
3.5 Enfin on ne saurait
parler de transmission pour des chrétiens sans parler
de la transmission de la Bible.
En effet, pour les chrétiens, les Ecritures bibliques
constituent le témoignage rendu à Jésus-Christ.
C’est par elles que le Christ se rencontre et se révèle,
ce sont elles qui enracinent notre transmission sur le sol
ferme de la première prédication chrétienne.
Elles sont elles-mêmes déjà tradition
et transmission. Ainsi, elles ne sont pas un texte dont le
sens nous serait donné une fois pour toutes et qu’il
n’y aurait plus qu’à répéter.
C’est pourquoi, nous devons ici rester vigilants à l’égard
de toute forme de transmission fondamentaliste. Car la Bible
ce sont des Ecritures elles-mêmes plurielles que nous
sommes appelés à travailler, déchiffrer,
interpréter, débattre entre nous, mais aussi
prier et méditer, pour qu'elles deviennent Parole
de Dieu pour nous et pour tous aujourd’hui. C’est
ici l’occasion de souligner que la transmission ne
passe pas seulement par la proclamation extérieure
de la Parole mais aussi par la rumination intérieure
de cette Parole qui se transmet en traversant (trans), au
plus profond, notre histoire personnelle.
Mais si la Bible est un livre de foi, elle est aussi un
objet culturel qui doit être transmis à tous,
et pas seulement aux croyants. Elle est en effet une des
composantes essentielles de notre culture, un réservoir
de textes et de symboles qui a alimenté pendant des
siècles la création artistique en Occident.
Or aujourd’hui elle est de plus en plus, pour nos contemporains,
un texte inconnu, une langue morte. De nombreux exemples
pourraient être donnés de cette perte de mémoire
qui frappe des pans entiers de notre culture. Ce qui est
grave pour la compréhension même de notre héritage.
Il me semble qu’en ce domaine, les protestants ont
une responsabilité particulière pour faire
découvrir la Bible au plus grand nombre, pour rendre à notre
société sa mémoire biblique, car l’amnésie
qui s’est installée rend la culture indéchiffrable.
3.6 Mais au travers et
au-delà de
tout cela, fondamentalement, ce que nous cherchons à transmettre,
c’est l’Evangile qui surgit
de la rencontre avec le Christ vivant.
Et cet Evangile n’est pas un dépôt à garder,
une doctrine à sauvegarder, un objet à transmettre,
ni une croyance à répandre, il est une Parole
au travers de laquelle se communique le Christ vivant. “ Prêcher
l’Evangile n’est rien d’autre que le Christ
qui vient à nous, ou nous qui sommes amenés
au Christ ” dit Luther. Ainsi la transmission
est fondamentalement un événement se produisant
dans une rencontre et qui met en jeu toute notre personne.
On peut ici rappeler que, pour le Réformateur, la
Parole de Dieu ne concerne pas le seul intellect, c’est-à-dire
une partie du sujet humain, mais le cœur, l’âme,
le point le plus intime et donc le plus singulier qui qualifie
un “ exister ”. C’est pourquoi,
cette rencontre existentielle est toujours, à la limite,
je l’ai déjà dit, de l’ordre de
l’intransmissible. Et il n’est pas au pouvoir
de l’Eglise et des témoins de provoquer cette
rencontre. Nous ne pouvons, au mieux qu’en préparer
le chemin en renvoyant à cette présence qui
est au-delà de tous nos discours.

Conclusion :
En conclusion
je dirai que le mot transmission évoque
une course de relais, où chacun est au service du
même but, faire avancer ce bâton qui s’appelle
le témoin. L’image de la course illustre bien
ce que le verbe transmettre évoque de mouvement, de
solidarité, de communauté. En même temps,
la limite de cette image c’est que dans la transmission
de l’Evangile le témoin ce n’est plus
un objet fini que l’on se passe de l’un à l’autre,
mais c’est la personne chargée de la transmission.
Ainsi ce que nous avons à transmettre, c’est
d’abord ce que nous sommes -notre parole, nos actes,
limités, fragiles, risqués- et non un dépôt
de la foi immuable qui traverserait les siècles. Cela
m’amène à deux remarques pour finir et
ouvrir.
La première pour souligner que le témoignage
ou la transmission ne seront jamais des choses faciles, des
réalités évidentes pour lesquelles il
pourrait y avoir des recettes ou des stratégies qui
marcheraient à tous les coups. Dans le Nouveau Testament,
c’est le même mot “ livré ” qui
désigne la passion de Jésus et la transmission
de l’Evangile. Jésus livré, abandonné,
rejeté, crucifié et par là même
transmis. Ainsi l’Evangile nous est livré comme
une Parole sans cesse trahie, menacée, contestée,
une Parole transmise parce que définitivement compromise
avec la condition humaine et ses limites. Une Parole qui
ne cesse de se faire chair et donc inséparable des
témoins qui, à travers leurs corps, leurs forces,
leurs voix, livrent l’Evangile et se livrent à l’Evangile.
Chacune, chacun est ainsi appelé(e) à s’inscrire
dans cette longue suite de fidélités et à prendre
sa place sur cette route où le Christ le précède
et l’accompagne.
En sachant, et c’est le 2 ème point de ma
conclusion, que nous ne sommes pas maîtres du message
qui nous est confié, ni de sa transmission, ni de
ses résultats. Nous en sommes seulement les serviteurs
avec la force que Dieu nous donne. Nous ne savons jamais
quand survient l’essentiel de la transmission. Il se
produit parfois quand nous ne l’attendons pas, quand
nous avons le sentiment d’être le plus démuni
ou d’être inefficace, quand ayant fait ce que
nous avons à faire, nous pensons avoir rien fait.
C’est “ l’instant de la grâce ” dont
parle Sylvie Germain et qui est, à bien des égards,
inexplicable et non maîtrisable. Ainsi on peut avoir
regardé des centaines de fois une œuvre d’art,
entendu des centaines de fois un morceau de musique, et,
puis soudain, un jour, on y découvre quelque chose
qui suscite une émotion et une joie inattendues. De
même on peut avoir lu de multiples fois un texte de
la Bible, on peut avoir entendu de nombreuses prédications
sur ce texte, et puis, un jour, la parole du prédicateur
nous rejoint au plus intime de nous-mêmes, produisant
l’événement existentiel de la rencontre
avec le Christ qui demeure comme une grâce inattendue.
Ces deux remarques sont pour moi tout à fait libératrices.
Elles nous gardent en effet de toute obsession du résultat,
de nos activismes dans lesquels parfois nous nous épuisons
et perdons courage, de nos regrets et de notre culpabilité lorsque
nous ne parvenons pas à transmettre la joie de l’Evangile à nos
plus proches prochains. Elles nous protègent d’un
double écueil lorsque nous envisageons la transmission :
celui de croire que c’est facile et que nous pouvons
tout faire et celui de croire que c’est impossible
et que nous ne pouvons rien faire. Elles disent, en effet,
l’importance des témoins que nous sommes et
tracent, en même temps, les limites de leur parole :
préparer un chemin, ouvrir un espace, faire place
pour qu’un Autre vienne. Car “ la transmission
passe par le renoncement à tout désir de maîtrise,
par ce non-pouvoir sur l’autre. En termes théologiques,
c’est l’Esprit qui est à l’œuvre.
Et là où est l’Esprit, là est
la liberté. Puisse
cette liberté animer maintenant nos débats
et l’ensemble de notre week-end.
Pasteur Michel BERTRAND
Week-en d’artistes à Viviers, 30 novembre et
1 er décembre 2002
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Visiter le site :
www.theovie.org
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Sources :
Régis DEBRAY, Transmettre. Ed. Odile Jacob, Paris,
1997, p.18
Danièle HERVIEU-LEGER, La religion pour mémoire, Paris, Le Cerf,
1993, p.241 et 186
Christian GALTIER, Message au synode régional de l’Eglise réformée
de France en Cévennes-Languedoc-Roussillon, Perpignan, Novembre 1999
Paul RICOEUR, le Juste 2, Editions Esprit, paris, 2001, p.110
Jean-Paul WILLAIME, La précarité protestante. Labor et Fides,
Genève, 1992 Notamment ch.II “ Protestantisme, théologie
et société p.142
Dominique WOLTON, Penser la communication. Flammarion , Paris, 1997, pp.59-60
Olivier de la BROSSE, L’Eglise et la transmission du dépôt
de la foi in Cahiers de médiologie n°11, Communiquer/Transmettre,
Gallimard, 2001, pp.85-86
Jean-Paul WILLAIME (rédigé avec la collaboration de Hugues VERON),
Le pape, le stade et les jeunes in Strasbourg, Jean-Paul II et l’Europe,
Paris, Cerf, p.108
Olivier ABEL, Institution, désaccord, génération (II)
in Autres Temps, n°62, Eté 1999, pp. 64 et 66
Anne-Hélène HOOG, Le judaïsme d’une génération à l’autre
in Cahiers de médiologie n°11, Communiquer/Transmettre, Gallimard,
2001, p.90-91
Olivier de la BROSSE, L’Eglise et la transmission du dépôt
de la foi in Cahiers de médiologie n°11, Communiquer/Transmettre,
Gallimard, 2001, p.84
Sylvie GERMAIN, Nuit d’Ambre, Gallimard, Paris, p.429
Gérard DELTEIL, Introduction au dossier “ La transmission
nous échappe-t-elle ? ” préparé pour “ Débat
2000-2000 débats ” p.5
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