Le Petit Livre Rouge de Mao, Tintin et Milou 

Pour paraphraser Ségolène Royale, qui s’est récemment et médiatiquement distanciée du programme « dogmatique et lexical » du parti Socialiste, en soulignant qu’il ne s’agissait pas du « Petit Livre Rouge de Mao », ne pourrait-on pas considérer que certaines de nos théologies, que certains de nos credo, ou qu’un certain nombre de nos proclamations de foi, s’apparentent souvent à des dépendances plus ou moins bien assumées vis-à-vis de postulats quasi gravés dans le marbre. Qu’ils aient été édictés par nos pasteurs, nos prêtres, nos diacres ou nos anciens, ces postulats, nous n’avons sans doute pas toujours pris le temps de réellement les examiner. Et nous risquons de les défendre sans nous les êtres correctement appropriés. Quelle distance avons-nous prise, en effet, face à telle ou telle doctrine ? Quelle autonomie avons-nous manifestée, quelle est la trace réelle de notre jugement personnel dans ce que nous disons croire et proclamer ?

Cette interrogation n’est pas anodine, puisqu’elle dessine la différence entre une « idéologie grégaire » et une conviction intime, partagée avec d’autres croyants suffisamment matures et expérimentés. La vie chrétienne est une marche, un cheminement, et nous savons tous que nos convictions sont évolutives, que notre manière d’être « chrétien », que notre façon de croire, de prier, de servir, seront sujettes à évolutions, voire même à révolutions ! D’autres parleront de conversions successives. Ici encore, le choix du vocabulaire et de l’expression de ce qui est « spirituel » va dépendre de là où on en est, de qui nous entoure, de qui nous conseille, et de la congrégation à laquelle nous sommes rattachés (ou pas…).

Il y a peu, lors de l’assemblée commune des 400 religieux et religieuses des congrégations masculines et féminines de France, rassemblées à Lourdes, voici ce que rappelait Sœur Christiane Lorcy : «  Nous ne faisons que balbutier dans notre quête d’un Dieu inconnu qui ne s’impose pas, mais que nous consentons à chercher, entre ce que l’Ecriture et la Tradition nous ont transmis, et ce que l’Esprit continue à dire au cœur de chacun et dans les communautés chrétiennes et religieuses qui sont les nôtres. Rien n’est définitivement acquis et nous sommes toujours en marche vers la vraie liberté ».

En effet, une certaine spiritualité du XIX siècle a souvent présenté la volonté de Dieu, dont les supérieurs se disaient les médiateurs infaillibles, comme une volonté qui s’imposait en opposition avec le désir du sujet. Or, il n’y a pas de croissance spirituelle envisageable sans le respect de la conscience de chacun. D’ailleurs, qu’en est-il des communautés pentecôtisantes ou charismatiques d’aujourd’hui, dont certaines ne font guère mieux que les ordres monastiques d’antan (qu’elles critiquent pourtant sans réserves) dans le domaine de l’obéissance « religieuse » aveugle et servile. Sans parler de certaines dérives manipulatoires que l’on pourrait qualifier de terrorisme sectaire…

S’émanciper, grandir, évoluer, trouver sa voie : autant de présupposés qu’il n’est pas facile d’envisager sans risquer d’affronter le regard critique des autres (frères et sœurs dans la foi), et surtout de notre hiérarchie, aussi bienveillante soit-elle (« parole d’ancien Berger » !).
La messe est-elle dite ? Faut-il donc se résigner, courber l’échine, se fondre dans la masse ? Certainement pas, sacré nom d’une pipe (et mille sabords, tant qu’on y est !). Foi de capitaine Haddock, et avec ou sans la bénédiction du pasteur Tintin (et de l’abbé Milou), nous oserons être de vrais croyants en marche, et tel Abraham qui se mit en route en plein désert par la foi, entamant un long périple sans savoir où il allait, nous irons de l’avant sans certitudes, mais avec, je l’espère, un certain nombre de convictions, convictions que nous aurons éprouvées, et que nous devons faire nôtres sur le long terme.

C‘est d’ailleurs dans l’épître de Paul (à ne pas confondre avec l’épaule de pitre) que l’on trouve ce beau verset où l’apôtre proclame : « Désormais, je fais une chose, je me détourne des choses anciennes et je me tourne sans réserves vers ce qui est devant, oubliant même ce qui est en arrière, pour pouvoir m’engager encore plus résolument dans la course qui s’ouvre devant moi… ». En résumé, Paul semble adhérer avant l’heure à la stratégie de Ségolène, la nouvelle madone socialiste, celle que ses « compagnons socialistes » avaient qualifiée de « perruche de province », avant son ascension fulgurante dans les sondages et sa victoire méritée aux primaires du PS. Car il s’agit bien d’une stratégie de rupture, où l’on voit, sans renier le socle de la doctrine socialiste validée par le parti, Ségolène semer la panique dans les rangs des éléphants socialistes, simplement en osant émettre, deci-delà, des idées, des propositions différentes, qui ouvrent la porte à de nouvelles réflexions, de nouveaux débats…

La politique et la religion ont bien des points communs. Elles ne fonctionnent pas pour autant dans le même cadre de référence, et c’est une bonne chose. Mais sachons capter au vol la métaphore, voire même la parabole qui nous est ainsi proposée, au détour d’un article de presse. Est-ce que notre grille de lecture de la Bible, est-ce que notre adhésion à telle ou telle posture théologique, n’est pas une forme de crispation rigide sur un « Petit Livre Rouge de Mao » qui se serait insidieusement implanté dans notre vie de foi comme un gentil bonzaï, dans un premier temps, prêt à devenir progressivement en nous un espèce de baobab de certitudes, dernière étape avant de basculer dans le camps des pharisiens, des  bien-pensants, des détenteurs de la pensée unique  !

Alors, il est souvent trop tard, car de ce camps-là on ne s’échappe pas facilement ; il représente et offre tant de compensassions, de sécurité et de stabilité (apparentes). Comme il est bon pour des frères, il est vrai de demeurer ensemble dans le ciment des certitudes partagées sans l’ombre d’un doute ou d’une remise en question. C’est là que coule l’huile poisseuse, la « benêt-diction » de la tribu des béni-oui-oui, le sirupeux sirop de la momification religieuse, d’une spiritualité sans sève ni oxygène. Que Dieu nous préserve des « petits livres », quels qu’en soit la couleur, tant qu’ils auront la prétention de nous dicter notre façon de vivre, de croire et d’aimer !

 

Patrick GHEYSEN, pour Paraboles.net (tous droits de reproductions réservés)

 

Date : 21-12-2006
Titre de l'article : Le Petit Livre Rouge de Mao, Tintin et Milou
Nom ou Pseudo : Jacques Cécius
Pays : Belgique
Mail : j.cecius@versateladsl.be
Réaction : Bravo !
Le dogmatisme est un somnifère pour la foi. De plus il rend certains
agressifs, ou naïfs (voir charismatiques et pentecôtistes qui voient des
miracles partout).
Osons nous poser des questions sans nous en remettre sans cesse aux
hiérarchies, à ceux qui "savent".
Jacques Cécius : protestant libre mais pratiquant, franc-maçon,
anarcho-individualo-solidariste, écrivain.









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