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| Béatrice...
une interview de Chine !
J'ai 40 ans. Mon mari, Thierry, est responsable
d'une maîtrise en informatique ici à l'université
du Sichuan, en Chine. Je donne des cours de français
à la même université et à l'école
normale, j'apprend le chinois et je m'occupe de nos 2 enfants
de 7 et 5 ans. |
Béatrice, tu es française et tu vis en Chine avec
ton mari et vos deux enfants. Comment vous êtes vous retrouvés
dans cette "lointaine contrée", et comment
se passe l'intégration dans un pays qui avait la réputation
d'être très "fermé" ? |
 Notre
venue en Chine est comme pour chacun de nos séjours
à l'étranger le fruit du "hasard",
de coincidences, et de notre propension à être
à l'affût de propositions intéressantes
mais aussi certainement le cadeau de Quelqu'un qui connaît
très bien nos goûts et aspirations ! En fait,
après un an passé à Paris, Thierry a
vu une annonce intéressante sur le site internet de
sa compagnie et il a postulé.
Comme notre fille est chinoise, nous avons pensé que
l'opportunité ne se présenterait peut-être
pas deux fois de découvrir son pays et que des choses
fascinantes nous attendaient certainement là-bas. Y
aller en temps qu'expatriés est d'autant plus facile
que les conditions matérielles sont avantageuses. Bien
sûr nous sommes loin de Pékin et de sa vie trépidente
mais nous le prenons comme un avantage car nous avons l'impression
de mieux nous imprégner de la culture chinoise ici
dans le Sichuan que dans la capitale. Quant aux enfants, ils
sont pour nous un modèle d'adaptabilité et apprennent
avec un vrai plaisir l'anglais et le chinois.
Je ne voudrais pas brosser un tableau trop idyllique de la
Chine. Il faut bien sûr s'adapter à une façon
de faire et de penser parfois aux antipodes des nôtres,
mais il est vrai que nous vivons des moments riches en rencontres
diverses et ce surtout au sein du petit peuple... Il faut
savoir que la Chine est tout de même plus ouverte qu'auparavant
du moins au niveau économique et qu'elle connaît
le taux de croissance le plus élevé au monde,
même si cette croissance ne profite pas à tout
le monde.... La plupart des étudiants rêvent
de compléter leurs études à l'étranger
pour y acquérir un savoir faire et satisfaire leur
curiosité de l'occident.
Quant à l'ouverture politique, si elle n'est pas terrible,
je me garderai de faire trop de commentaires quand on voit
ce qu'on a fait de la démocratie aux dernières
élections ...
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Tu es, comme tu le dis toi-même, née dans une
famille 100 % huguenote, et Thierry est catholique. Est-ce
que pour vous le fait d'avoir ainsi des enracinements différents
s'est avéré une richesse, ou bien plutôt
une source de difficultés ? |
 Au
début, les choses n'ont pas été faciles.
Thierry était le premier catholique à entrer
dans la famille et pour moi si fière de l'identité
contestataire de l'Eglise réformée, si fière
de la façon dont les pasteurs de la région exerçaient
leur ministère, je n'étais pas prête à
m'ouvrir à une autre façon de vivre la foi car
ce que je voyais de l'église catholique, mis à
part certaines personnes rencontrées à Viviers
lors de retraites oecuméniques, n'était que
rites mortellement ennuyeux...
Nous avons eu maintes discussions et affrontements mais finalement,
tout cela a abouti à une meilleure compréhension
de l'autre et de notre propre église. Thierry me posait
des questions que je ne me serai jamais posées toute
seule et vice-versa. C'est alors que nous avons commencé
notre cheminement dans l'oecuménisme avec, entre autres,
la communauté du Chemin Neuf. J'ai aussi pu voir une
autre facette de l'église réformée en
vivant à Lyon. Une église aux enseignements
édifiants certes, mais où l'accueil se limite
souvent à un bonjour sur le perron du temple. J'ai
eu souvent l'impression là-bas comme à Paris
plus tard que l'organisation de ces églises visait
plus à un but social et humanitaire que spirituel.
Ma vision de l'église réformée en tant
que telle s'est alors quelque peu modifiée, et j'en
souffre car j'aime cette église par bien des côtés.
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Comment
avez-vous réussi, entre votre parcours en France, la
période au Canada, celle au Japon et maintenant la
Chine, à trouver des lieux de culte et de fraternité
pour vivre votre foi et trouver la nourriture spirituelle
dont vous aviez besoin ? |
 Tout
au long de notre parcours nous avons cherché et trouvé
diverses églises. Nous y avons rencontré des
individus extraordinaires. Toutefois, nous avons été
souvent déçus par la rigidité des structures.
Au Québec, Si certains membres de
l'Eglise protestante nous ont très bien accueillis,nous
étions dérangés par le manque de joie
et par la rigidité dans la foi dont l'apothéose
a été un exposé sur la prédestination
qui nous a définitivement fait fuir ! Une autre église
protestante nous a rappelé Lyon par son indifférence
et sa monotonie.
Aussi, lorsque la communauté du Chemin Neuf a commencé
à s'implanter par le biais des sessions Cana, nous
nous sommes tout de suite engagés. Nous avions vraiment
aimé notre expérience en France qui avait beaucoup
bénéficié à notre couple, mais
avons vite déchanté car nous avions l'impression
de suivre un sentier obligé. A force de répondre
aux mêmes questions et de vivre les mêmes démarches,
si bonnes soient elles, nous avons perdu l'élan qui
nous animait. De plus j'ai assez de mal avec les offices.
Bref j'aspirais à une innovation que je n'ai pas trouvée,
du moins au Québec.
Dans notre démarche de recherche d'église nous
avons cheminé un petit peu avec l'église du
Christ, et nous avons eu un sérieux problème
de conflit avec les responsables. Au début, les gens
sont extrêmement chaleureux, vous invitent à
dîner,vous aident concrètement, mais petit à
petit l'espace de liberté se restreint,les études
bibliques sont un parcours obligé et presque mathématique
et l'on doit se soumettre aux responsables qui envahissent
tous les domaines de la vie privée. Nous n'avons bien
sûr rien accepté et surtout pas un deuxième
baptême (car on ne reconnaissait pas le nôtre).
Les responsables nous ont accusés d'orgueil et promis
à mille malédictions non réalisées
jusqu'à ce jour...;-) Cette église est tout-à
fait sectaire et nous ne la mettons pas au même plan
que les autres, mais voilà où peut mener une
soif d'authenticité et d'amour quand on les cherche
en vain...
Nous avons fini par fréquenter diverses églises
anglophones ou francophones, fait un détour chez les
évangéliques dont le fondamentalisme nous a
vite étouffés, (d'autant plus que leur rejet
en bloc de l'église catholique me semble bien catégorique)et
finalement nous avons apprécié le petit groupe
de l'université de Montréal, animé par
un pasteur protestant, où nous abordions des thèmes
variés en compagnie de protestants, catholiques ou
athées. Nous allions le plaisir de weekends de ski
ou randonnées avec la réflexion, le chant et
la prière. C'est au cours d'une de ces rencontres que
nous avons fait la connaissance, entre autres, de l'auteur
de la Bible des contrastes qui nous a beaucoup touchés
par ses dessins si sobres et si parlants. Par ailleurs, je
rencontrais régulièrement une amie catholique
rencontrée à la CCN pour prier et une soeur
catholique qui m'a accompagnée psychologiquement et
spirituellement dans un institut catholique.
Au Japon, nous habitions une petite ville à 100 kilomètres
au nord de Tokyo. Nous fréquentions un peu l'Eglise
catholique dont le prêtre est français, mais
la difficulté de la langue et la monotonie des rites
ne nous enthousiasmaient pas vraiment. Nous avons même
fait des études bibliques avec des Mormons américains
pour connaître leur doctrine...Là-bas aussi ce
sont les rencontres individuelles qui ont le plus compté.
Je me suis par exemple liée d'amitié avec une
de mes voisines, et découvert qu'elle était
pasteur !
Pour ce qui est de la Chine, il y a ici une église
catholique d'état qui ne nous intéresse pas
vraiment et des missionnaires protestants qui gèrent
l'école de nos enfants. Ils sont plutôt évangéliques
et nous aimons leur musique et leur louange mais ils semblent
fonctionner en circuit fermé. Il faut dire à
leur décharge qu'il faut être prudent quand on
évangélise en Chine...
Tout cela pour dire qu'en prenant un peu de recul, je m'aperçois
que j'ai rencontré, dans chacun de ces mouvements des
gens extraordinaires avec lesquels je reste en relation et
qui forment pour moi une église éclatée
et à multi facettes. Pour ce qui est des structures,
le problème est simple: soit je suis une inadaptée
chronique soit les structures ne sont pas adaptées
pour des gens comme moi. J'ai souvent l'impression que les
responsables d'église s'accrochent à une façon
de faire et ont peur de perdre pied en explorant des rivages
inconnus. Ils ont également peut-être peur de
perdre de leur pouvoir.. Personnellement, pour le moment en
tout cas, je ne désespère pas et je reprends
même espoir en parcourant un site comme Paraboles !
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Puisque tu as beaucoup voyagé, penses-tu que, en tant
que chrétiens, nous sommes invités à
ouvrir les yeux pour découvrir les richesses des autres
religions, des autres cultures, tout en restant enracinés
dans la Parole, ou bien est-il plus prudent, comme beaucoup
le pensent, de ne pas trop s'aventurer en "eaux troubles"
? |
 Pour
moi l'ouverture est un défi mais aussi une nécessité,
et la diversité des cultures une source d'émerveillements
infinis. je crois que l'autre, dans sa différence est
aussi un reflet de notre Dieu, une facette que nous gagnons
à découvrir tout en restant enracinés
sur notre roc (il faut bien entendu que nos racines soient
solides). J'étouffe dans les milieux où l'on
se congratule de détenir la vérité, quels
qu'ils soient.
Tout au long de mon cheminement, j'ai beaucoup appris de ceux
qui sont différents de moi. J'ai été
bouleversée par leurs paroles et par leur foi (que
je croyais n'appartenir qu'à des engagés chrétiens)
et agréablement surprise par l'ouverture dont font
preuve par exemple les bouddhistes. A Bali, c'est la façon
toute naturelle qu'ont les hindous d'intégrer la religion
au quotidien qui m'a séduite. Et elle est à
la source d'un art florissant. J'ai aussi trouvé chez
certains athées un humanisme que beaucoup de chrétiens
n'ont pas, et qui n'est pas motivé par un espoir de
gratification post mortelle mais par un amour gratuit.
Selon moi, toutes ces religions, tant qu'elles ne versent
pas dans l'intégrisme, valent la peine d'être
explorées.
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En
tant que "Surfeuse Parabolienne", qu'attends-tu
d'un site tel que Paraboles.net, et quels sont les défis
qu'il devrait, selon toi, relever ? |
 J'attends
d'être surprise, bousculée, enseignée,
motivée, encouragée... ! Je crois que la diversité
des thèmes, des personnes visitant le site et donnant
leur opinion peut ouvrir à plus de liberté et
plus de réflexion. La plupart des messages sont profonds
et non exempt d'humour, ce qui ne gâche rien ! J'aime
revenir sur une intervention, un message, quand je le veux
et avoir la possibilité d'y répondre instantanément.
Est-ce de la paresse ? Je n'ai jamais fait cela par
courrier postal.
Je suis particulièrement intéressée à
en savoir plus sur les autres religions que je connais si
mal, et plus spécialement sur les différentes
écoles de bouddhisme, mais aussi sur l'Islam et le
taoisme (même si ce n'est pas vraiment une religion)
car ce sont là des religions toutes représentées
en Chine.
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