La semence/2



Marc 4.26-29

Jésus dit aussi : "Ainsi le Royaume de Dieu, il est comme un homme qui a jeté sa semence sur la terre, et qu'il dorme ou soit debout, nuit et jour, la semence germe et grandit et il n'y comprend rien.
D'elle même la terre porte du fruit ; c'est d'abord de l'herbe, puis un épi, puis un grain bien plein dans l'épi et quand le fruit est à point, aussitôt on envoie la faucille, car c'est le temps de la moisson."


Certes le Semeur ici, c'est fondamentalement Jésus Christ (et souvenons-nous que durant son ministère, il donne jamais l'impression de hâte, de tourment, d'agitation), mais c'est aussi l'Eglise, au sens le plus large, jette (bien ou mal, peu importe ici) la semence. Tous ses membres, peu ou prou, annoncent la parole. Mais une fois jetée, cette parole nous appartient plus. Une fois jetée, elle n'est plus notre affaire mais l'affaire de celui qui l'a entendue.
Nous prenons alors une "fameuse" leçon.

Car l'Eglise d'aujourd'hui est plus souvent préoccupée de la germination que des semailles. Et bien entendu, cette préoccupation sécrète l'inquiétude et le pessimisme.
Nous sommes tentés d'aller voir si la semence pousse bien ou mal, tentés d'étudier les causes de la mauvaise germination, de tirer sur la plante fragile pour la faire grandir. Ce qui revient toujours à la tuer.
Et au risque de m'attirer les foudres d'excellents esprits, experts en botanique ecclésiastique, je dirai que la plupart des études actuelles sur l'Eglise, ses structures, sa régression ou son développement, sont plus souvent consacrées à la germination qu'aux semailles, c'est-à-dire plus à ce qui ne nous regarde pas qu'à ce qui nous revient.

Je ne dis pas qu'il faut complètement nous désintéresser de ces problèmes, un bon jardinier ne peut rester indifférent devant un jardin stérile. Seulement, ce texte nous rappelle deux vérités fondamentales :

a) Ce qui reste prioritaire : ce sont les semailles.

b) Sans nous interdire de nous poser des questions (sinon que ferait-on dans les conseils presbytéraux ou les synodes, ou les colloques ?), ce texte nous interdit l'angoisse. Ce n'est pas parce que nous oublierons de dormir, parce que nous penserons et repenserons le problème que nous changerons quelque chose. Ce ne sont ni nos veilles, ni nos angoisses, ni nos tourments, ni nos oeuvres qui feront germer la semence.

Et nous avons ici la pierre de touche de bien des débats actuels. Beaucoup d'entre eux ont pour origine l'angoisse de jardiniers déconcertés ou désespérés par l'aspect de leurs jardins : "Ca ne pousse plus ou ça pousse mal !".
Des livres entiers nous rabâchent : "Le jardin de l'Eglise est stérile, la semence ne germe plus, il n'y a plus que du chiendent, des cactus et des...vielles tiges. Que faire pour que cela change ?".
Et les uns de cloisonner avec des murettes pour isoler chaque espèce. Et les autres d'essayer de déplacer les saisons, en mettant la confirmation à Noël, etc.
Puis-je répéter que je n'ai rien contre ces essais, pourvu qu'ils ne proviennent pas de notre angoisse, et qu'ils ne se posent pas comme la panacée.
Car c'est une illusion de croire que l'Eglise grandira par nos oeuvres ; que dans un jardin trapézoïdal, ça poussera mieux que dans un jardin carré et que dans la terre "rouge" l'Evangile connaît une croissance éblouissante.
Souvenons-nous de ce texte, et que si la semence ne peut être jetée d'elle même, c'est sans nous, automatiquement, d'elle-même, qu'elle pousse.




Alphonse MAILLOT
"Paraboles de Jésus"


Parole Vive, Editions Olivétan

 

 

 










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