
Il y avait dans ma vie
religieuse une très grande ambiguïté
: j'avais le mépris des choses terrestres parce que
j'étais incapable de les goûter. J'ai pris longtemps
pour don de soi ce qui n'était que mépris de
soi, ignorance de soi, négligence de soi
et je
crois que c'est là la plus grande faute que l'on puisse
commettre.
Si nous croyons que nous sommes créés
à l'image de Dieu, comment aimer l'original si nous
déprécions la copie ? Ne sommes-nous pas le
premier prochain qu'Il nous confie ? Et nous le traitons avec
une froideur, une rigueur et une désinvolture que nous
n'oserions exercer sur personne.
Nous ne pouvons pas avoir plus d'amour pour les autres que
nous n'en avons pour nous, et n'oublions pas que les autres
n'existent que si nous les aimons. Le dévouement aussi
complet soit-il ne remplace pas la simple sympathie naturelle.
Il faut être homme avant d'être
chrétien. Dieu laisse tout à sa place, Il ne
dit pas à l'homme : " Ote-toi de là que
je m'y mette ", mais il transfigure notre relation aux
êtres, aux autres.
Dieu ne nous dispense jamais d'être
homme

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