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Jésus
C. et Marie M., polar de l’été
A thématique
religieuse, le Da Vinci Code, un roman policier
de l’Américain Dan Brown, est un succès
mondial, un phénomène planétaire.
En moins d’un an, huit millions d’exemplaires
ont été vendus, uniquement aux Etats-Unis.
Pourquoi ce roman fascine-t-il autant ?
Bien plus qu’un best-seller, c’est
un mega-seller… Ecrit par un auteur américain
quasi inconnu, Dan Brown, le Da Vinci Code, un roman à trame
religieuse, défie tous les succès de l’édition.
Publié en 2003 aux Etats-Unis par Doubleday, l’ouvrage
s’est déjà vendu, dans ce seul pays, à huit
millions d’exemplaires. Dès sa parution, il
s’est installé en « pole position » des
meilleures ventes. Pour ne plus la quitter. Le roman a été traduit
dans plus d’une trentaine de langues. Sorti en France,
début mars, le Da Vinci Code « cartonne » tout
autant de ce côté-ci de l’Atlantique avec
ses 250 000 exemplaires déjà vendus. « Je
n’avais jamais vu cela. En fait, le livre s’achetait
déjà beaucoup dans sa version anglaise avant
même sa parution en traduction française »,
souligne Isabelle Laffont, qui l’édite chez
Jean-Claude Lattès. Enfin, les droits d’adaptation
au cinéma ont d’ores et déjà été acquis
par la Columbia.
Si la folie Da Vinci Code a démarré aux Etats-Unis, le
phénomène s’annonce bien comme mondial. De quoi s’agit-il
? D’un polar esotérico-religieux, mâtiné d’histoire
de l’art, qui se déroule dans le Paris contemporain. S’y développent
un certain nombre de thèses supposées historiques et religieuses,
comme celle, centrale dans le roman, d’un mariage entre Jésus et
Marie-Madeleine qui se seraient, du coup, assuré une descendance. S’y
croisent le Graal, les templiers, Léonard de Vinci, quelques vilains cardinaux
et l’Opus Dei dans le rôle du méchant, commanditant des assassinats.
Peut-on expliquer ce succès phénoménal ? L’écriture
est tout d’abord extrêmement efficace. Le Da Vinci Code est
un « page turner », comme disent les Anglo-Saxons. Une fois accroché,
le lecteur avale les chapitres les uns à la suite des autres. Scénarisé à la
manière de séries télévisées, le livre ménage
ses effets, enchaîne les rebondissements. Peu de psychologie, encore moins
d’introspection, le caractère des personnages se dessine à travers
leurs faits et gestes.
Un complot secret
Face à un tel engouement, il est clair aussi que
le roman de Dan Brown correspond à un imaginaire et à une
demande très dans le ton de notre époque. « Le
roman est un mode d’expression très contemporain,
estime Marc Leboucher, responsable des éditions DDB,
spécialisées dans le religieux. Les lecteurs
lisent aujourd’hui peu d’essais. Mais, à travers
le roman, on peut aussi développer des thèses,
une polémique. » Au début des années
80, Gérald Messadié avait ouvert la voie à ce
genre de roman religieux contestant les dogmes officiels,
réécrivant des vies de Jésus (L’homme
qui devint Dieu) et de Paul (Paul, l’incendiaire).
Dans Le Manuscrit du Saint Sépulcre, Jacques
Neyrinck se livrait, lui, à une critique de la papauté.
Le roman de Dan Brown manie aussi l’exotique. Il va
le chercher à la fois dans la religion et l’histoire,
notamment médiévale. « La passion du
Moyen Age se retrouve de la même manière dans
les jeux vidéo », souligne Jean-François
Barbier-Bouvet, sociologue et directeur des études
d’un groupe de presse. A la fois polar et roman d’initiation,
le Da Vinci Code est une quête des racines,
des origines, d’une filiation qui auraient été occultées
par de puissantes institutions, en l’occurrence l’Eglise
catholique. Il s’agit là de dénoncer
un complot caché et une vérité à rétablir.
Mais, plus profondément, le XXIe siècle ne
tenterait-il pas, d’une certaine manière, de
réécrire sa mythologie ?
Quoi qu’il en soit, aux Etats-Unis, les ventes continuent à être
soutenues par la polémique suscitée par le livre et ses thèses.
Les responsables religieux, tant dans les milieux catholiques que chez les
protestants évangéliques, ont fait part de leurs réticences.
Les théologiens, exégètes et historiens ont aussi pris
la parole ou la plume. Une dizaine d’ouvrages sont parus pour expliquer
ou pour réfuter les thèses du Da Vinci Code. Les plus
conservateurs ont crié au complot contre la foi chrétienne, voire
contre l’Eglise catholique. Différence de culture ? En France,
le Da Vinci Code ne suscite aucun débat. Preuve encore que
la question religieuse demeure nettement plus prégnante aux Etats-Unis
que dans la vieille Europe.
L’Opus Dei riposte
Pour désamorcer toute polémique, tant chez l’éditeur
français qu’à la branche française de l’Opus
Dei, on s’en tient fermement à cette ligne : il ne s’agit
que d’un roman. Sans doute. Mais l’organisation catholique, toujours
très sourcilleuse sur ce qui s’écrit à son propos,
a mis quand même en place des pare-feu. La fréquentation de son
site Internet a singulièrement augmenté et elle y a ouvert des
pages spéciales. Elle y renvoie notamment à des chroniques parues
dans la presse américaine, qui mettent en cause le « sérieux » de
l’ouvrage. L’Opus Dei a aussi diffusé un communiqué,
comme une sorte de mise en garde. « S’il est bien entendu que Da
Vinci Code n’est qu’une œuvre de fiction, il n’en reste
pas moins qu’il peut induire en erreur des lecteurs non prévenus.
Le présenter comme un quelconque thriller équivaudrait à les
tromper, en occultant l’essentiel, c’est-à-dire qu’il
offense la foi des millions de chrétiens », y lit-on.
Il est clair que Dan Brown apporte, même sous la forme romanesque, sa
pierre à une contestation largement répandue des grandes institutions
religieuses. La ruée massive vers son roman exprime sûrement autre
chose que le seul plaisir de lire un ouvrage bien ficelé. Une quête
spirituelle s’exprimerait-elle de la sorte ? Faut-il en conclure un retour
du religieux, si fréquemment claironné ? « Il me semble
erroné de l’envisager ainsi », estime Jean-François
Barbier-Bouvet. Le débat n’en est sans doute qu’à ses
prémices.
Un petit parfum de francophobie
L’essentiel de l’action du Da Vinci Code se
passe à Paris. L’auteur serait-il un amoureux
de la France et de sa capitale ? Dan Brown ne pèche
certainement pas
par excès de francophilie. Ce serait même plutôt
l’inverse. Est-ce un effet de la francophobie américaine
qui s’est développée après les âpres
débats sur le conflit en Irak ? Fallait-il flatter
le public américain dans le bon sens du poil ? Quoi
qu’il en soit, dans quelques passages bien sentis,
le romancier américain se livre à une charge
violente contre les Français. A propos de la tour
Eiffel, il écrit : « Les spécialistes
des symboles avaient fait souvent la remarque que la France,
pays des machos coureurs de jupons et des souverains aussi
impétueux que bas sur pattes, de Pépin le Bref à Napoléon,
n’aurait pas pu choisir d’emblème plus
approprié que ce phallus de trois cents mètres. » Bref,
les bons vieux clichés sont de retour ! Vu de ce côté-ci
de l’Atlantique, il y a même plus surprenant.
L’auteur du Da Vinci Code s’attaque
aussi au système de santé français et
vante, contre toute attente, celui des Britanniques ! « Comme
je n’ai pas très confiance dans les médecins
français, je pars tous les quinze jours me faire soigner
de l’autre côté de la Manche »,
explique sir Leigh Teabing, l’un des principaux personnages,
qui est dans le roman lui-même… anglais !
Une « divine » surprise
Aux éditions Jean-Claude Lattès, l’éditrice
Isabelle Laffont affiche sa satisfaction. A l’automne
2002, juste avant la Foire du livre de Francfort, l’agent
littéraire de Dan Brown fait la tournée des maisons
d’édition françaises. Avant même
la parution aux Etats-Unis, il propose d’acheter les
droits en français, en présentant des extraits
du manuscrit du Da Vinci Code. De prime abord, la
chose n’intéresse guère ; les éditeurs
ont manifestement d’autres chats à fouetter et
déjà la tête à Francfort. Finalement,
deux maisons font part de leur intérêt. Aux éditions
Jean-Claude Lattès, c’est Isabelle Laffont qui
suit le dossier et fait une offre en se fondant sur une vente
possible de 15 000 exemplaires. Un pari raisonnable. Mais un
pari quand même. « Avant le succès du Da
Vinci Code, Dan Brown était un auteur inconnu,
explique-t-elle. Auparavant, il avait écrit trois romans
qui n’avaient pas très bien marché. C’est
d’ailleurs pour cette raison que le romancier a changé de
maison d’édition et qu’il est passé chez
Doubleday. »
Joli coup pour les éditions Jean-Claude Lattès ! Début juillet,
le roman s’était déjà vendu à plus de 250 000
exemplaires et s’annonçait comme le livre de l’été 2004.
L’éditeur a reçu d’autres propositions en provenance
des Etats-Unis, celles d’acheter les droits des ouvrages nés dans
le sillage du succès du Da Vinci Code, soit pour contester
ses thèses, soit pour les compléter. « Je les ai toutes refusées.
Ces livres ne me semblent pas adaptés au public français »,
estime Isabelle Laffont. En revanche, l’éditeur annonce la parution,
début 2005, de Anges et démons, l’un des précédents
romans de Dan Brown, qui alimente déjà les conversations des internautes
français. C’est là qu’apparaît Robert Langdon,
le héros du Da Vinci Code. L’intrigue a pour cadre le Vatican
pendant l’élection du pape. Cela promet !
par Bernadette SAUVAGET
Le
CODE d'entrée de la modernité
Ce qui nous tient
lieu de morale dépend désormais des statistiques :
c'est la morale des sondages ! Traduisez que si
80% de vos contemporains pensent que telle chose est vraie,
même s'il est manifeste qu'il s'agit d'une ânerie,
vous avez intérêt à vous mettre sans délai
au diapason de la pensée dominante !

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