Quand Jésus était philosophe.

Marianne, le 22/12/2004 à 17 h 29 par Patrick Girard

 

 

Il y eut un avant et un après Renan dans la vision du Christ. Dans sa Vie de Jésus publiée en 1864, l’ancien séminariste brossa un portrait du fils de Dieu sous les traits d’un prophète républicain. Ce qui lui valut quelques ennuis.

Un lieu maudit du catholicisme français que ce séminaire de Saint-Sulpice ! Deux de ses élèves ont défrayé la chronique après s’être défroqués. Le premier était Talleyrand. Le second, Ernest Renan ( 1823-1892), un solide Breton natif de Tréguier. Le jeune séminariste renonça lui aussi à la prêtrise en 1845 pour se consacrer à l’histoire des religions et des langues sémitiques. Son projet, auquel il consacra toute sa vie, était d’écrire une vaste fresque qu’il composa de 1863 à 1892. Elle lui valut de féroces critiques de la part des autorités ecclésiastiques. Louis Veuillot dénonçait «  le démon, le père du grand mensonge, père aussi de la négation ».

Son crime tenait en un livre, Vie de Jésus, publié chez Michel Lévy en 1862. Ce fut un succès de librairie : douze éditions en un, cent mille exemplaires vendus, pas moins de 322 réfutations publiées la même année. Ce succès était dû en partie aux démêlés de Renan avec le régime de Napoléon III. En 1862, nommé au Collège de France, il avait, lors de sa leçon inaugurale, déclaré qu’il ne croyait pas à la divinité de Jésus-Christ. Cela lui avait valu les ovations de la foule, composée de la jeunesse des Ecoles. A l’époque, le Collège de France et la Sorbonne étaient le fief de l’opposition républicaine, d’où Michelet et Quinet tonnaient contre Rome et les Jésuites. Victor Duruy, ministre de l’Enseignement, le priva de  sa chaire.

Dans sa Vie de Jésus, Renan s’attachait à retracer, avec l’aide de la psychologie, de l’imagination et de l’intuition, la carrière d’un prophète dont il soulignait la profonde humanité. Renan entendait appliquer au fondateur du christianisme les règles de la science historique et présenter un Christ «  dégagé de ses échafaudages » : «  J’ai fait mon livre avec la froideur absolue de l’historien, se proposant pour unique objet d’apercevoir la nuance la plus fine et la plus juste du vrai. Cette franchise ne pouvait manquer de causer quelques froissements à tant d’âmes excellentes que le christianisme élève et nourrit. Plus d’une fois, j’ai regretté de voir des personnes auxquelles j’aurais infiniment aimé à plaire, détournées de la lecture d’un livre dont quelques pages n’auraient pas été pour elles sans agrément ni sans fruit. Je crois que beaucoup de vrais chrétiens ne trouveront dans ce volume rien qui les blesse. Sans changer quoi que ce soit à ma pensée, j’ai pu écarter tous les passages qui étaient de nature à produire les malentendus, ou qui auraient demandé de longues explications… Ce n’est donc pas ici un nouveau livre. C’est «  la vie de Jésus », dégagée de ses échafaudages et de ses obscurités. Pour être historien, j’ai dû peindre un Christ qui eût les traits, les couleurs et la physionomie de sa race. Cette fois, c’est un Christ en marbre blanc que je présente au public, un Christ taillé dans un bloc sans tache, un Christ pur et simple comme le sentiment qui le créa. Mon Dieu ! peut-il être plus vrai. Qui sait s’il n’y a pas des moments où tout ce qui sort de l’homme est immaculé ? Ces moments ne sont pas longs ; mais il y en a. C’est ainsi du moins que Jésus apparut au peuple ; c’est ainsi que le peuple le vit et l’aima ; c’est ainsi qu’il est resté dans le cœur des hommes. Voilà ce qui a vécu en lui, ce qui a charmé le monde et créé son immortalité. Je ne réfuterai pas pour la vingtième fois le reproche qu’on m’adresse de porter atteinte à la religion. Je crois la servir…J’ai pensé que le tableau de la plus étonnante révolution populaire dont on ait gardé le souvenir pouvait être utile au peuple. C’est ici vraiment la vie de son meilleur ami ».

Aujourd’hui, en feuilletant la Vie de Jésus, on se demande ce qui a pu valoir à son auteur les foudres des bigots et des dévots. Peut-être était-il encore trop tôt pour présenter un Jésus consensuel, capable de satisfaire le croyant comme l’incroyant ?

Car Ernest Renan traçait de Jésus un portait irénique. Un Jésus aimant, aimable, rendant à César ce qui était à César et à Dieu ce qui était à Dieu, une sorte de prophète républicain qui aurait toujours refusé le fanatisme et l’intolérance. En fait, à travers Jésus, Renan peignait l’honnête homme du XIX° siècle et son livre constitua une véritable révolution, s’inscrivant dans la lignée de celle déjà opérée par Chateaubriand dans le Génie du Christianisme.

Article paru dans Marianne
22/12/2004


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