Hostie, chasteté, et rock’n’roll !

Marianne, le 12/10/2004 à 11 h 00
par Sandrine Cochard

 


L’habituel triptyque « drugs sex and rock’n’roll »
a pris un coup. Depuis vingt ans, se développe un rock alternatif d’un genre nouveau : le rock chrétien. Une tendance rentable qui s’observe surtout aux Etats-Unis.

« Plus près de toi Seigneur, plus près de toooiiii…. ». Qu’il est loin le temps des suraigus des vieilles dames s’égosillant à l’église ! Aujourd’hui, les stridences sont toujours tolérées…mais sur un mode plus rock. Si le message reste le même (amour, paix et tolérance), la forme, elle, a radicalement changé et s’est diversifiée. La scène chrétienne produit aussi bien du rock, que du rap, du ska ou du traditionnel gospel. Oublié l’orgue de barbarie, place aux guitares électriques et aux beats urbains ! La radio est devenue le nouvel office religieux. Une façon moderne de toucher fidèles et profanes, quitte à s’encanailler avec des styles musicaux dont les fans habituels ne sont, à priori, pas des enfants de chœurs.

Ainsi, les têtes d’affiche du moment sont les groupes américains de fusion rap-métal « P.O.D » (« Payable On Death »), qui a participé à la bande originale de Matrix, et « Jars of Clay ». Depuis leur formation, ils ont vendu respectivement 7 et 6 millions d’albums. Selon la GMA (Gospel Music of America), l’industrie de la musique chrétienne se porte bien. Elle représente 7% des ventes d’albums totales sur le territoire américain en 2003. Des ventes qui ont augmenté de 10%, passant de 42 millions de copies en 1998 à 47 millions en 2003. La gospel music, comme on la nomme aux Etats-Unis, est d’ailleurs rentable. Elle rapporte chaque année un milliard de dollars à l’industrie du disque.

Jésus, un nouveau filon ? Certains artistes n’hésitent pas à surfer sur cette tendance lucrative, se découvrant soudainement une foi ardente. « Aujourd’hui émerge une nouvelle catégorie musicale, celle du « gospel gangsta », ou les rappeurs disent avoir troqué leurs flingues contre la Bible, » explique Daniel Baillod, animateur de l’émission Explicit Lyrix sur Radio Espoir. Et la voie de la rédemption est à la mode ! Dernier single en forme de prêche : Jesus Walks, du rappeur américain Kanye West, sorti au mois d’août. Le chanteur y célèbre l’amour de Jésus tout en reconnaissant « avoir peur de parler à Dieu car cela fait bien longtemps que nous n’avons pas discutés. »

Les milieux évangélistes américains grincent des dents face à la récupération de l’idole. Certains se sont même opposés à la nomination de Kanye West aux Doves Awards (l’équivalent de nos Victoires de la Musique pour la scène chrétienne) pour la prochaine cérémonie (9 au 13 avril 2005). Une excomunion sans effet puisque le GMA refuse de retirer le chanteur de sa liste. La religion peut-elle se marier à toutes les musiques, même les moins pieuses ?« Il ne faut pas oublier que le gospel est à l’origine du rock’n’roll, » rappelle Daniel Baillod, animateur de l’émission Explicit Lyrix sur Radio Espoir. Dès sa naissance, le rock porte donc les stigmates du Christ. CQFD.

Mais la France, fille aînée de l’Eglise, reste sourde à la bonne parole : « ici, les artistes vendent en moyenne 3000 albums. Quand on atteint 10 000 copies, on est heureux ! » explique Marc Brunet, pdg de Sephora Music (portail de vente de musique chrétienne). Quelques artistes parviennent tout de même à émerger, comme « Leader Vocal », groupe de rap français originaire de Clermont-Ferrand, présent au Printemps de Bourges et à qui le magazine spécialisé Radikal a consacré un article pour la sortie de leur 4è album L’odeur du sang. Un frémissement par rapport à l’explosion de la gospel music aux Etats-Unis. « Le contexte est différent, précise Daniel Baillod. Le christianisme fait partie de la culture américaine. En France, nous en sommes encore au stade embryonnaire.» Et le scepticisme des journalistes musicaux et la qualité « moyenne » de la scène française n’arrangent rien, nous rappelle Marc Brunet.

A moins de faire dans le parodique : nous avons tous en mémoire Patrick Bouchitey, chantant « Jesus reviens ! » dans La vie est un long fleuve tranquille d’Etienne Chatiliez !

Article paru dans Marianne
12/10/2004

 

Visiter le site:
www.marianne-en-ligne.fr

 









Paraboles.net - 497, av Victor HUGO - 26000 VALENCE
Tél :
04 75 81 82 24 - Fax : 04 75 81 82 25 - Email : contact@paraboles.net