Vers la source
La Vie, Septembre 2006


Celui qui vit dans le repli sur soi ressemble à un chardon dans la steppe.
Celui qui dépose sa vie en Dieu est semblable à un arbre toujours vert.

Au VIème siècle av. J.-C., en une période extrêmement chahutée de l'histoire d'Israël, le prophète Jérémie interroge ses contemporains avec vigueur. A quoi attachent-ils leur cœur ? Où placent-ils leur confiance ? En des alliances géopolitiques toujours fluctuantes et fragiles ou en Dieu qui connaît le cœur des humains ?

«  Malheur à l'humain qui se sécurise en l'humain, il fait d'une chair son appui… il ressemble à un chardon dans la steppe , annonce Jérémie (17, 5-8. Traduction d'André Chouraqui).

Celui qui ne prend appui que sur lui-même, celui qui se prend pour Dieu en occupant la place de la vérité et qui écrase les autres de sa suffisance, celui-là est voué au dessèchement du chardon. Il occupe un lieu désert, une terre inhabitable pour les autres. Du coup, il est contraint à une solitude sans appel. Et Jérémie ajoute ces mots magnifiques : «  Il ne sent rien quand le bonheur arrive.  » Celui qui vit ainsi dans le repli sur soi et le dessèchement du cœur est incapable de ressentir la gratuité et la bonté de la vie. Il est trop occupé à s'occuper de lui.

Par contre, celui qui dépose sa vie en Dieu, celui qui sait recueillir au creux de sa main la pluie de chaque jour, celui-là est semblable à un arbre toujours vert. Il a dans ses racines de quoi ne pas s'inquiéter de la sécheresse, car il est planté (l'hébreu dit en réalité transplanté  !) au bon endroit, au bord de cette eau singulière qui symbolise ici le Souffle de Dieu. Le juste est un transplanté… du cœur ! Il quitte son milieu naturel pour respirer en Dieu. Ses racines sont ancrées dans l'invisible d'une Présence qui l'irrigue en profondeur.

Il y a donc deux voies, l'une est faite de repli, elle produit l'oppression et la violence. L'autre est ouverte sur une altérité dont elle se reçoit et qui la fait fructifier à l'infini. Nous pouvons choisir entre le « moi tout seul » de l'arrogant et le « pas sans toi » du croyant. Nous sommes libres mais avertis.

Si nous voulons aller dans notre vie, ouverts aux vents du large, si nous voulons tenir debout face aux bourrasques et aux sollicitations, mais si nous voulons aussi pouvoir ressentir la caresse des brises subtiles, il faut pousser nos racines plus profond que les turbulences de la vie. Il faut chercher cette eau vive qui nous rend libres de nos émotions pour un juste discernement. Il faut descendre en silence vers cette source qui nous irrigue de l'intérieur quand la vie se charge de nous dessécher.

Il faut être dans le désir profond de ce Souffle qui nous rend à notre juste vocation qui est de porter au monde des fruits plutôt que des chardons, de la douceur plutôt que de l'amertume.

Francine Carrillo

 

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