William Seymour
Le père du pentecôtisme
La Vie, Septembre 2006


Il y a cent ans, dans les faubourgs de Los Angeles, naissait le pentecôtisme. A l'origine de ce nouveau courant, un fils d'esclave noir, mystique et antiraciste.

Dans l'histoire du christianisme, c'est d'abord aux prêtres, aux théologiens, voir aux juristes qu'il appartient habituellement de fonder de nouveaux courants.
William Joseph Seymour n'était ni fonctionnaire de Dieu, ni bénéficiaire d'une éducation supérieure. Rien ne le destinait à figurer un jour dans une rétrospective. Pauvre, fils d'esclaves noirs, il est pourtant à l'origine d'une lame de fond comme les flots d'une histoire chrétienne en ont peu connu. Cette vague, ce raz-de-marée n'est autre que le pentecôtisme, christianisme protestant marqué par l'accent sur l'efficacité miraculeuse du Saint-Esprit.

Il y a un siècle, le pentecôtisme échappait au radar des observateurs. Aujourd'hui, il dessine l'avenir du christianisme. S'il représente actuellement au moins 200 million de chrétiens, c'est en partie parce qu'un jour William Joseph Seymour a endossé l'habit du prophète pour imprimer à son temps la marque d'une Pentecôte réactualisée. Né le 2 Mai 1870 à Centerville, en Louisiane (Etats-Unis), William Joseph Seymour était un fils d'esclaves affranchis.
Pieux, autodidacte, il puisait comme beaucoup d'Afro-Américains son réconfort dans le Dieu de la Bible, jugé capable de fendre la mer Rouge et d'offrir à ses enfants libérés une terre promise. Pour Seymour, devenu prédicateur, puis pasteur, cette foi s'inscrivait dans une exigence qui va plus loin qu'une observance fidèle.
Marqué par le mouvement de sanctification qui touche, depuis la fin du XIXème siècle, une partie du méthodisme, il considérait qu'avec la conversion, Dieu n'en a pas fini avec ses enfants. A l'aide du Saint-Esprit, c'est une transformation complète qu'il faut travailler.

Ce que le Tout-Puissant entend octroyer, estimait Seymour, c'est un baptême du Saint-Esprit, marqué par signes et miracles. La glossolalie, c'est-à-dire l'aptitude à parler des langues inconnues, sous l'action du Saint-Esprit, occupe ici une place privilégiée. Influencé par le pasteur blanc Charles Parham (1873-1929), Seymour croyait fermement à l'importance de la glossolalie comme authentification de l'œuvre de Dieu.
A l'inverse de Parham, habité tout au long de sa vie de sentiments racistes, Seymour considérait la glossolalie comme un levier destiné à bousculer les barrières de classes et de sexe, réconciliant par l'Esprit-Saint ce que le péché et le mal avaient divisé suivant le modèle biblique des Actes des Apôtres (chapitre 2).

« Venez adorer, vous mettre à genoux et demander au Saint-Esprit d'entrer en vous.
Il se présentera à la porte de votre cœur, et il entrera. »

Potentiellement subversive, cette sensibilité théologique ne plut pas à tout le monde. Bravant les critiques, Seymour s'attacha une foule croissante de fidèles, à tel point qu'il fallut trouver un local plus grand, le conduisant à s'installer au 312, Azuza Street. Rapidement, sa doctrine connut le succès. A partir de 1906, les foules se pressent à Azuza Street pour louer Dieu dans des transports qui redonnent au mot « enthousiasme » son sens étymologique : par la glossolalie, la transe, les fidèles semblent être habités par la divinité, comme s'ils dupliquaient à distance l'évènement de la Pentecôte.

Les Noirs jouent un rôle moteur dans cette dynamique de réveil spirituel et religieux. Leur musique, ancrée dans le passé récent de l'esclavage et des negro spirituals, accompagne et ryhtme la croissance communautaire de l'Eglise d'Azuza.

[…] Durant plusieurs années, le Réveil d'Azuza Street s'est signalé par une mixité sociale et raciale comme les paroisses chrétiennes américaines n'en avaient presque jamais vu. Riches et humbles, Noirs et Blancs, hommes et femmes communient et prient en langues (glossolalie), attirant les chroniqueurs et les analystes. En 1908, la communauté d'Azuza Street soutient déjà 25 missionnaires (au Libéria, en Chine, au Japon). C'est de cette fermentation provoquée par Seymour que le pentecôtisme va puiser son élan militant, porté par de grandes communautés comme les Assemblées de Dieu.

Mort en 1922 d'une crise cardiaque, Seymour n'a pas assisté à la quasi-canonisation ultérieure dont il a été l'objet de la part de nombreux pentecôtistes. Sans doute n'aurait-il guère apprécié d'être placé sur un piédestal, lui qui rêvait de fondre l'orgueil du conformisme chrétien dans le creuset d'une louange égalitaire.

Par Sébastien Fath, propos recueillis pas Aude Soulaine

.

 

Visiter le site:
www.lavie.presse.fr

 

Visiter le blog de Sébastien Fath :
http://blogdesebastienfath.hautetfort.com/

Vous y trouverez un descriptif très simple du protestantisme évangélique qu'il étudie depuis une douzaine d'années.

 









Paraboles.net - 497, av Victor HUGO - 26000 VALENCE
Tél :
04 75 81 82 24 - Fax : 04 75 81 82 25 - Email : contact@paraboles.net