"
On a besoin de mots vrais "
La Vie, 4 août 2005

Francine Carrillo est pasteur à Genève
(Suisse) depuis 1979, et espère plus que tout faire
entendre la Parole au-delà des murs des temples.
« On a besoin de mots vrais. A force de poncifs,
les églises se vident »
« Je ne veux pas me faire
dévorer par
l’action et devenir une fonctionnaire de Dieu. Pour
faire de la bonne théologie, pour communiquer avec
les autres, il faut que le feu brûle à l’intérieur.
Or, la braise a besoin d’espace. »
« Je réinterroge sans cesse les textes.
Je retourne à l’hébreu, au grec. Je prends
les moyens de me laisser surprendre par les Écritures.
Il suffit parfois de faire conserver les mots autrement pour
découvrir un sens nouveau. On a tellement besoin de
mots vrais ! A force de poncifs, les églises
se vident. Entre l’immense attente de spiritualité contemporaine
et les églises qui se vident, il y a quelque chose
qui ne colle pas. Il faut d’urgence réconcilier
christianisme et spiritualité. »
« Il s’agit de laisser les textes résonner
et d’accueillir Dieu. On a trop tendance à dire
Dieu ; à charger ce mot de contenu, à dire
sa volonté. Dans le silence, on apprend à laisser
Dieu être Dieu. »
« Le psy aide le patient à se mettre
au clair avec lui-même et avec les autres. Mon travail
est celui d’une théologienne. La démarche
consiste à aider l’autre à mettre sa
vie en lien avec la parole de l’Évangiles, qui
l’interroge. »
« La guérison est une grâce. Elle
dépend de Dieu. J’offre un espace où poser
son fardeau. Cela fait du bien. Pour le reste, il faut l’accepter
d’être dans l’impuissance à sauver
les autres. J’essaie seulement d’apporter la
certitude qu’il reste toujours une chance. Comme chrétien,
on doit témoigner du regard d’amour inconditionnel
de Dieu sur chaque créature. A quoi bon les discours
si l’on reste indifférent au visage de l’autre.
C’est aussi ce que je voudrais transmettre à travers
la poésie. »
« Je rêve d’inventer l’Église
dans les lieux de vie, proches de la popote du quotidien.
L’Église n’a pas besoin de temple, elle
doit se faire dans la vie, là où vivent les
hommes et les femmes d’aujourd’hui. »
30 septembre 2004/ n°3083 La vie
A lire : Vers
l'inépuisable. 52 traversées pour 52 semaines,
Labor et Fides
Présentation de l'éditeur
Dire quelque chose de cette advenue
divine au cœur de l'humain, mais hors de la précipitation
d'un langage convenu qui brandirait la foi comme une évidence.
Se tenir plutôt dans la longue patience du veilleur.
Raconter l'énigme de la Présence, dans
l'humilité d'une parole qui consent d'abord à rejoindre
le silence pour écouter ce dont elle est la trace.
Vivre est une traversée vers l'inépuisable,
une sortie - hors de la petitesse où confine la
souffrance - vers l'incandescence d'un amour venu trembler
un jour, dans le visage du Galiléen.
Ces pages se voudraient de simples compagnes de traversée. De semaine
en semaine. Pas loin d'un viatique au sens premier de " provisions pour le
voyage ".