Le parcours des prêtres mariés


La mise à pied par l'évêque de Bayonne de Léon Laclau, curé d'Asson (Pyrénées-Atlantiques), a une fois de plus soulevé la question du célibat des prêtres catholiques.



Il y a un parcours type de prêtre marié à en croire votre livre?



Philippe Brand
: Je m'en suis tenu à une génération, la mienne, qui est désormais à la retraite. Les expériences vécues par les vingt-six prêtres « décléricalisés » que j'ai interrogés sont bien sûr différentes. Mais la plupart ont été très marqués, même avant le concile Vatican II, par cette idée qu'on ne pouvait plus annoncer l'Évangile à des gens sans être proches d'eux. Il fallait partager leur vie le plus complètement possible, dans l'habitat, le travail, le mode de vie. Un de mes témoins a été particulièrement interpellé par ses collègues syndicalistes qui lui disaient que l'engagement était moins risqué pour lui parce qu'il n'avait ni femme ni enfant. Il nous semblait qu'en voulant être un homme à part, le prêtre restait sur la touche. à partir des années 1970, les choses ont changé. La hiérarchie a surtout été sensible aux « risques » de cette présence au monde.

Quels risques ?



Phillippe Brand :
Essentiellement celui de perdre sa spécificité en se fondant dans des courants de pensée échappant à l'Église, ou perçus comme lui étant hostiles, par exemple le communisme…

N'est-ce pas ce qui s'est parfois passé ?



Phillippe Brand : Je ne pense pas. La fidélité à la vocation originelle de prêtre est restée intacte chez la très grosse majorité de ceux qui ont témoigné dans mon livre. C'est bien l'Évangile qui nous a poussé et nous pousse à nous engager dans le monde. La plupart d'entre nous sont demeurés très actifs socialement, ou même politiquement. On s'est détaché de l'Église qui dicte les comportements, mais on ne s'est certainement pas détachés de l'esprit de l'Évangile.

La question du célibat est-elle déterminante dans le choix de quitter la prêtrise ?



Phillippe Brand : Pas toujours, forcément. Mais il y a bien sûr des prêtres qui sont partis parce qu'ils avaient rencontré une femme avec laquelle ils voulaient vivre ou parce qu'ils ne supportaient plus de rester seuls. D'autres n'ont de toute façon jamais cru au célibat et sont même devenus prêtres en se disant que l'Église post-conciliaire allait leur permettre de se marier. Mais relativement peu vivaient une vie de couple tout en exerçant leur sacerdoce, même si cela existait et existe encore, comme le montre l'exemple de Léon Laclau.

Y a-t-il des chiffres qui permettent de mesurer ces phénomènes ?



Phillippe Brand : On n'en est plus aux départs massifs des années 1960-1970, mais il est très difficile d'avoir des chiffres pertinents. Les statistiques de l'Église ne prennent en compte que les réductions à l'état laïc, une catégorie juridique imprécise pour ce sujet, puisque la majorité des prêtres mariés n'ont pas demandé cette réduction. Officiellement, tout se limite à des questions individuelles. Il n'y a pas de visibilité collective du problème. Cela est finalement assez confortable pour l'institution.

N'y a-t-il pas des associations de prêtres mariés ?



Phillippe Brand : Si, mais elles restent souvent locales. La seule association ayant une envergure plus large est l'Association pour une retraite convenable (APRC), qui a un objet spécifique, celui des retraites des anciens personnels religieux, dont les prêtres. Car l'Église, malgré quelques succès juridiques récents, n'a toujours pas admis pour ses personnels religieux le principe du droit à la retraite au prorata du nombre d'années travaillées, quel que soit le devenir de la personne concernée… Il y a aussi des groupes de compagnes de prêtres comme l'association Plein Jour.

Que pensez-vous de la manière dont est justifiée par le Magistère catholique l'obligation de célibat pour les prêtres ?


Phillippe Brand : C'est une question à laquelle l'institution accorde beaucoup trop d'importance. Certains prêtres en viennent à considérer le célibat comme une sorte de performance. Là, ça devient grave… C'est peut-être un reste de la Contre-Réforme du XVIIe siècle. Il fallait se différencier des protestants. Il y a plein de choses absurdes qui s'expliquent comme ça dans l'Église catholique...

Interview de Philippe Brand, Prêtres sans attaches par Jérome Anciberro


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