Gabriel Ringlet, l ’évangile d’un libre penseur
Dieu serait-il laïc ?

La Vie, 4 aoüt 2005

Professeur et Pro-recteur à l'Université catholique de Louvain et co-directeur de l'Observatoire du Récit médiatique (O.R.M.), Gabriel Ringlet ne cesse de jeter des ponts entre Evangile et imaginaire.

« Comme de proches parents trop longtemps séparés, Evangile et libre pensée me paraissent devoir se rejoindre au-delà d’une douloureuse histoire qui s’acharne à les dresser l’un contre l’autre. L’un comme l’autre relèvent de l’œuvre d’art, de l’ouvrage à remettre chaque jour sur le métier. Tous deux encouragent l’homme à partir au large et à mieux respirer. Je crois vraiment, oui, sans la moindre récupération, que la libre pensée est une bonne nouvelle et que l’Evangile appelle à la liberté. »

Prêtre et professeur à l’Université catholique de Louvain, convaincu depuis longtemps de la nécessité d’un renouveau spirituel aussi bien dans le monde laïc que dans le christianisme, Gabriel Ringlet lance ici un vibrant appel au dialogue entre « ceux qui croient au ciel et ceux qui n’y croient pas. Pour lui, les vertus de la laïcité et le « retournement » auquel invite l’Evangile procèdent d’une même aspiration à l’affranchissement de l’homme et doivent se féconder mutuellement pour répondre à la crise de la pensée occidentale.

Aussi familier de l’univers chrétien que de ceux du journalisme, de l’université ou de la politique, Gabriel Ringlet, dont le témoignage a obtenu le Prix des Libraires de Littérature religieuse en 1999, nous offre un livre fondateur, enraciné dans les problèmes concrets de la vie de la cité, mais résolument tourné vers « l’utopie, c’est-à-dire le changement de lieu ».

Extrait du livre page 104 : L’Evangile est une sensualité.

Qui n’a pas compris que l’Evangile était une bouche, une oreille, un nez, des yeux, des mains… ne mesure pas en quoi il affole les sens et met tout à l’envers. Car l’Evangile saisit l’homme par les pieds plus que par la tête. Il ne sort pas du cerveau. Il sort des tripes. Il sort du ventre. Il cherche le contact, y compris le contact physique, pour exister, maintenant. Cela veut dire que l’Evangile se méfie de la piété. Il craint la ferveur. Il parle peu du dévouement et regarde d’un mauvais œil les abstractions spirituelles parce qu’il sait d’instinct que l’abstraction véhicule la mort. Dans l’Evangile, l’invisible passe par le sensible, par un souffle, une haleine, une sueur, une odeur…

Entrer dans l’Evangile, c’est voir des cheveux, des bandelettes, une paillasse, une cruche, un suaire… C’est admirer des moissons qui blanchissent et entendre tomber deux piécettes dans un tronc. C’est croiser un blessé sur la route, une femme au bord d’un puits, des marchands, des paysans, des pêcheurs, des collecteurs. C’est regarder fleurir un amandier et se dessécher un figuier, sentir l’huile, respirer le parfum, enfoncer du levain dans une pâte, saler un champ, cuire du pain, verser du vin. On ne parle pas assez de cette approche gustative de l’Ecriture, de l’importance de mettre des syllabes en bouche, de les savourer, oserais-je dire de les transsubstantier, et de laisser entre lentement en soi les versets gonflés de suc et de lumière. Je crois beaucoup à la spiritualité buccale. L’Evangile est fait pour être mangé. »

Un livre de Gabriel Ringlet aux éditions A.Michel
La Vie, 4 août 2005

 

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