Sectes,
églises et religions
AUTEUR : JEAN-YVES LELOUP
EDITIONS : ALBIN MICHEL (Espaces libres)
Aujourd’hui, ceux qui
se disent inspirés, habités par l’Esprit
ou des esprits, ou encore mus par des « énergies
» ou des « forces » qui les transcendent,
ne manquent pas. Ces « esprits » qui leur parlent
et les enseignent leur demandent parfois d’enseigner
eux aussi, d’écrire, de parler, de guérir…
Qui sont ces « esprits » ? Esprits de défunts
? Des anges ? Des entités ? Il faudrait en même
temps se demander qui sont ces personnes qui parlent et qui
transmettent ces paroles. Quelle est leur histoire ? Leur
mémoire ? Dans quel état est leur esprit à
eux ?
Parfois les entités
se nomment, et les « véhicules », «
canaux » ou « channels » diront : «
Attention, ce n’est plus moi qui parle, c’est
Untel. C’est l’ange, c’est la Vierge Marie,
c’est le Christ ou bien Dieu lui-même »,
conférant ainsi à ce qui est dit une autorité
spirituelle, angélique ou divine… Ces paroles
transmises avec foi et conviction rencontreront l’étonnement,
l’émerveillement et l’adhésion d’un
certain nombre d’auditeurs, comme elles rencontreront
parfois le jugement et la condamnation d’autres auditeurs
qui ne verront dans tout cela que des manifestations dangereuses,
inutiles, voire démoniaques.
Ces messages venus d’ailleurs
rencontreront également le scepticisme et seront considérés
comme des « remontées d’un inconscient
» plus ou moins encombré ou mal exploré
; on parlera alors de « bouffées délirantes
», symptômes de mal-être dans une histoire
particulière ou plus largement de « malaise dans
la civilisation ».
Reste à trouver une attitude qui ne soit ni adhésion
aveugle, ni condamnation tout aussi aveugle, ni encore l’ironie
facile et humiliante des clercs psychanalystes ou théologiens.
« La voie du milieu », de l’entre-trois-dires,(…)
cet entre-trois ne pourra être que le centre d’une
interrogation honnête ou d’une foi qui cherche
à comprendre, une foi incrédule qui n’est
pas prête à croire n’importe qui ou n’importe
quoi sans examen, mais qui ne fait pas non plus du doute incessant
son absolu. Il y a des choses qu’on ne peut comprendre
que parce que d’abord on y croit, il faut aimer ce qu’on
cherche à comprendre.
Sur quoi porte la Révélation
? Elle porte sur ce que l’homme, par ses seuls moyens,
par la seule analyse fondée sur l’expérience,
ne pouvait pas découvrir et connaître. Elle porte
essentiellement sur la signification de l’œuvre
créatrice de Dieu, sur sa finalité ultime. Seul
l’auteur du poème, le compositeur de la symphonie,
sait quel est le terme qu’il vise dans son œuvre,
et celui à qui il communique son secret. La Révélation,
c’est la communication du secret de Dieu, de ses intentions.
Le message communiqué, c’est cela que les auteurs
hébreux appellent la parole de Dieu : c’est le
contenu du message, sa substance.
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