Sophie Helmlinger

Psychothérapeute formée à l'Emètanalyse, je travaille en cabinet libéral depuis 4 ans.
Etudiante en Licence de psychologie.
J'ai travaillé pendant 17 ans comme aide-soignante auprès de personnes âgées.
Présidente-Fondatrice de l'Association "l'Enfant sans nom".
Mariée, j'ai 3 fils.


Sophie, tu es issue d'un milieu évangélique fondamentaliste, ce qui n'empêche pas qu'aujourd'hui tu soies devenue psychotérapeute...
Peux-tu nous expliquer ton cheminement, et ce qui t'a amenée vers cette profession ?

Je pourrais dire, dans une lecture "à la lettre" de mon histoire, que je suis arrivée à ce métier par hasard : j'avais commencé une psychothérapie avec une professionnelle que je savais chrétienne et respectueuse de ma foi, elle m'a parlé de l'école de relation d'aide et de psychothérapie qu'elle avait créée avec son mari, m'a proposé de faire connaissance avec la méthode, ce que j'ai fait peu à peu, pas à pas, au fil des 2 premiers cycles de leur cursus. Je ne savais pas qu'en suivant le cycle de présentation de cette méthode je faisais le premier pas qui m'aménerait à un nouveau métier pour moi.
Avec une lecture "dans l'esprit" (c'est à dire, selon moi, sans "coller" à ce qui se voit), je découvre que Dieu m'a permis de faire fructifier mes talents d'origine et que devenir psychothérapeute était une suite cohérente à ce que j'avais vécu jusque-là. Je vis aujourd'hui mon métier comme un ministère, la réponse à une promesse de Dieu reçue en 1987.


As-tu le sentiment que ton parcours de formation à la psychotérapie t'a "bousculée" ou "destabilisée, dans un premier temps, par rapport à ta conception initiale de la Foi ? Comment as-tu traversé cette période, et comment intègres-tu aujourd'hui la dimension spirituelle dans ta vie ?

Déstabilisée est un terme très approprié pour exprimer ce que j'ai vécu : c'est la base de ma vie spirituelle qui a été ébranlée, tous ces repères si "stables" qu'ils en étaient devenus figés, qui ont subi une onde de choc au cours de ce parcours thérapeutique. Tout ce qui était de l'ordre des certitudes inébranlables sur Dieu, sur la vie chrétienne, sur la (seule) façon de bien faire, d'attendre tout de Dieu.
Pendant cette période de turbulences, lorsque je priais, j'en étais arrivée à m'adresser au "Dieu que je ne connais pas" alors que jusque là, j'avais la certitude d'être collée à Lui depuis ma conversion et que c'était cette position qui était ma planche de salut.
C'est lorsque j'ai accepté l'idée d'une certaine distance entre Dieu et moi que j'ai retrouvé ma place en face de Lui, non pas une "distance de désintérêt" de sa part ou de la mienne, mais une "distance d'amour", d'un amour divin qui me laissait ma place de Sujet, qui me permettait de devenir moi, et non plus sa marionnette, qui m'autorisait à avoir ma propre pensée, mes propres désirs, qui me rendait la liberté de prendre ou pas ce qu'Il m'offrait, d'entrer ou pas dans les projets de paix qu'Il avait formés pour moi.
Ce changement de place face à Dieu, cette liberté trouvée dans la distance avec Lui a marqué un tournant dans mon parcours thérapeutique et a eu des incidences positives sur ma vie psychique, j'ai reconnu dans cette constatation quelque chose qui ressemblait à cette assertion de Jésus: "ce qui vous délierez dans le ciel sera délié sur la terre" (Mat 18)...
Aujourd'hui, pour faire court, ma foi en Dieu est une foi qui ne sait pas, qui n'est sûre de rien sauf de l'amour d'un Dieu qui m'accompagne tous les jours et qui désire la Vie pour moi. C'est ce désir qu'Il a pour moi qui est devenu la base de ma foi et de ma vie spirituelle et non plus la certitude qu'Il va TOUT faire pour moi.


De par ton expérience professionnelle, penses-tu que les chrétiens soient mieux préparés que les autres pour affronter les épreuves de la vie et gérer leur vie intérieure ?


Je ne pense pas que les chrétiens soient mieux préparés aux épreuves de la vie, d'autant que certains vivent la conversion comme une sorte "d'assurance au bonheur" et la première épreuve met alors en échec leur foi, quand ce n'est pas Dieu lui-même! L'épreuve est alors alourdie d'une division difficile à vivre.
Par contre je crois qu'ils ont peut-être plus de moyens pour réparer. Je veux dire que de pouvoir donner un sens à sa vie et à l'épreuve (une réponse à un "pourquoi?" ou à un "vers quoi maintenant?"), se souvenir de l'amour intangible de Dieu pour nous peut être un "plus" qui permet de repartir dans la vie un peu moins difficilement. Lorsque l'épreuve reste dans le champ du "non-sens", elle est beaucoup plus dure à traverser.


Les chrétiens sont-ils susceptibles de rechercher de l'aide auprès d'un psychothérapeute, ou bien un accompagnement pastoral est-il suffisant ?

L'expérience tant personnelle que professionnelle que j'ai me permet de constater que plus la personne est dans une foi fondamentaliste, plus il lui est difficile de faire appel à un psychothérapeute. Combien de passages bibliques laissent à penser, dans une lecture "à la lettre" que seul Dieu peut tout, qu'il suffit de proclamer la victoire pour l'obtenir, que la conversion fait de nous un "homme nouveau"... Pour beaucoup, faire appel à un professionnel semble mettre la toute-puissance de Dieu et la prière en échec et il n'est pas rare, de ce fait, que le chrétien ne puisse s'autoriser à consulter que lorsqu'il est arrivé à un stade de souffrance extrême.


A visiter : http://lenfantsansnom.free.fr
L'association "l'Enfant sans nom", a pour but l'accompagnement des parents qui perdent un bébé autour de la naissance.


forum.htm

 

Date : 11-01-2007
Titre de l'article : Interview de Sophie Helmlinger
Nom ou Pseudo : Jacques Cécius
Pays : Belgique
email : j.cecius@versateladsl.be
Réaction : Une lecture fondamentaliste des Ecritures amène, comme vous le
dite, à des déceptions lorsque se présentent les épreuves. "Tout ce que vous
demanderez au Père en mon nom il vous l'accordera". Les chrétiens qui
prennent ce verset à la lettre (qui tue), connaissent évidemment des
désilusions. Non, toutes les prières ne sont pas exaucées. Même celles qui
nous paraissent légitimes. "La gloire de Dieu c'est l'homme debout" à dit
Augustin. L'hommme debout ne se contente pas de prier. Il cherche aussi des
"moyens" humains pour l'aider dans ses malheurs. L'Ecriture n'est pas le
mode d'emploi sans failles d'une vie heureuse. Accepter d'avoir recours à
un(e) psychotérapeute est une preuve de bon sens. Encore faut-il que le
patient ne finisse pas par considérer son psy comme un gourou.

---------------------------------------------------------------------------------------------









Paraboles.net - 497, av Victor HUGO - 26000 VALENCE
Tél :
04 75 81 82 24 - Fax : 04 75 81 82 25 - Email : contact@paraboles.net