L'Evangélisation
des profondeurs
AUTEUR
: Simone Pacot
EDITIONS : Les éditions du Cerf
LES OBSTACLES
Nous nous prenons pour Dieu
essentiellement en n'acceptant pas que quelque chose nous échappe,
en voulant maîtriser toute situation, tout être
humain ; en refusant d'être confrontés avec
nos limites, de prendre en compte besoins, fragilités,
troubles ; en n'acceptant ni échecs, ni erreurs, ni
tâtonnements, ni retours en arrière, ni chutes
et rechutes ; en poursuivant la perfection dans le sens de
l'infaillibilité ; en pensant détenir la vérité ;
en refusant toute remise en question.
La toute-puissance peut se
glisser dans notre façon de vouloir aider l'autre.
Par exemple, en exigeant qu'il change selon nos vues et prenne
le chemin qui nous paraît bon pour lui. Ou en cherchant à créer
son bonheur à notre idée, à lui éviter
toute souffrance, en souhaitant combler son manque. La toute-puissance
peut bien sûr aussi se vivre sur le plan spirituel
: lorsque nous tentons de mettre la main sur Dieu, de l'influencer
par nos revendications, de manipuler la parole pour la faire
servir nos intérêts. Lorsque nous brouillons
son plan en nous liant par des pactes ou des promesses, nous
prenons un chemin qui ne nous appartient pas. Lorsque le
magique s'introduit dans notre foi, lorsque nous court-circuitons
les médiations (le travail, les sciences humaines,
la médecine…)
Enfin nous la retrouvons
dans toutes nos formes de manipulation de groupe, d'êtres
humains…
Demandons la grâce
d'être alertés sur le danger de ce piège,
si fréquent, de la toute-puissance.
QUELQUES REPERES
SUR L 'AUTORITE , SUR L'OBEISSANCE
L'autorité est nécessaire,
tant pour l'enfant que pour toute la famille, tout groupe
humain ; sans elle, il y a désordre et confusion.
L'autorité se présente comme une pédagogie
de la liberté et comme le signe de l'amour du prochain.
Elle devrait amener à un ordre juste, celui qui résulte
des lois de la vie. Une autorité bien située,
bienfaisante pour tous ne doit être ni arbitraire,
ni despotique, ni étroite, ni légaliste ; elle
doit respecter la liberté , la responsabilité de
l'autre, sa participation, ses droites essentiels. Celui
qui l'exerce doit servir et non se servir.
Il importe de savoir discerner, distinguer une autorité bien située
et un abus de pouvoir. Demeurer sous l'emprise d'un être humain ou se
soumettre à un abus de pouvoir est le signe d'une fausse obéissance,
d'une aliénation de notre liberté. D'autre part, refuser l'asservissement
ne veut pas dire n'obéir à personne, vivre dans une totale indépendance.
Obéir, a un sens très profond, un fondement tout à fait
spirituel, essentiel à la vie de l'être humain, à son évolution.
La première question consiste évidemment à se demander à qui
obéir et selon quel mode. C'est à Dieu que nous obéissons
fondamentalement. Obéir est d'abord le lieu de l'écoute : c'est " se
mettre sous " pour tendre l'oreille, écouter. Matin après
matin, Il me fait dresser l'oreille pour que j' écoute comme les disciples.
1
Cela suppose que nous soyons disponibles pour que Dieu ouvre littéralement
nos oreilles, que nous le désirions, le demandions, donnions du temps.
Obéir, c'est adhérer à la lumière reçue,
la mettre en pratique. Obéir est la liberté la plus profonde.
Cela peut paraître étrange, difficilement compréhensible
mais c'est pourtant une réalité essentielle. E, effet, obéir
est un choix, une marque de notre liberté, on obéit parce qu'on
choisit d'obéir 2. Le choix part toujours du désir : la juste
obéissance est voulue, elle ne saurait être ni passive, ni contrainte,
ni pesante. Par amour, Dieu donne ses lois à son peuple, il se donne
lui-même, et c'est par amour que nous choisissons d'entrer dans ce mode
de vie, dans cette forme de relation avec lui. Il ne s'agit pas simplement
d'observer des lois, c'est une façon d'être.
1. Ez. 36/27
2. Jn 15/14
COMMENT FAIRE SA VOLONTE ?
Faire la volonté de
Dieu est la réponse personnelle de chaque individu
au dessein de Dieu. Chaque être humain, étant
unique, va manifester, incarner le dessein de Dieu, selon
ce qu'il est, d'une façon tout à fait spécifique.
Personne n'a la même tâche, à chacun d'inventer
sa façon personnelle de vivre la volonté de
Dieu. Il est impossible et inutile de comparer la tâche
de l'un à celle de l'autre, chacun doit chercher et
trouver quelle est sa propre tâche, et celle-ci ne
peut en aucun cas ressembler à celle du voisin.

NOS DESIRS ET NOS ASPIRATIONS
Il est impossible d'approfondir
la notion de la volonté de Dieu sans aborder le domaine
des désirs car la volonté, le désir
de Dieu ne peuvent en aucun cas être en contradiction
avec nos désirs et nos aspirations les plus authentiques.
Il ne saurait en être autrement car Dieu est créateur
de ces désirs-là ; dès lors que nous
touchons l'authenticité de notre humanité,
nous touchons l'authenticité de notre être créé par
Dieu et sauvé par lui. 1 Les erreurs viennent de ce
que beaucoup considèrent la volonté de Dieu
et la leur comme se faisant face, au même niveau en
quelque sorte, alors que la volonté de Dieu est déjà là, à l'origine
et au cœur de leurs désirs les plus vrais.
Le désir est essentiel à la vie. Dans le désir est la
vie ; en éteignant le désir, nous éteignons la vie. Il
n'est pas possible de tuer, de nier, d'interdire le désir, sous peine
d'être des morts-vivants. Mais nous ne pouvons pas non plus désirer
n'importe quoi, n'importe comment, sus prétexte que l'essentiel est
de nous faire plaisir, car alors nous allons vers la destruction.
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