Portrait de Françoise Dolto, la fervente militante de la cause des enfants.
Les 5 clefs de sa pensée.

Par Psychologies.com

Son nom résonne tel un mythe emblématique du XXe siècle, auprès du grand public comme des professionnels de l’enfance. C’est donc tout naturellement que nous inaugurons cette rubrique avec elle, au moment où un livre retrace la pérennité de sa pensée ( “Françoise Dolto aujourd’hui présente, dix ans après”, actes du colloque de l’Unesco, janvier 1999, sous la direction de C. Dolto-Tolitch, Gallimard, 2000. ).

Sa vocation première, celle de devenir un « médecin d’éducation », elle l’a puisée dans sa propre enfance : elle grandit dans l’ombre pesante d’une sœur aînée décédée, et d’une mère si traumatisée par cette perte qu’elle reproche à sa seconde fille d’être en vie. Dolto fera de l’enfant en souffrance et de ses rapports avec la mère son domaine de prédilection.

C’est là qu’elle innovera, aussi bien dans la réflexion que dans la pratique. Son influence s’étend jusqu’au juridique : la loi de 1993 sur l’autorité parentale conjointe et les droits de l’enfant en cas de divorce aurait-elle pu naître sans sa pensée ? Son idée que l’enfant n’est pas la propriété des parents a été révolutionnaire.

"L'enfant a toujours l’intuition de son histoire.
Si la vérité lui est dite, cette vérité le construit."

Les 5 clefs de sa pensée

1 L'enfant est une personne

Très jeune, Dolto avait promis : « Quand je serai grande, je tâcherai de me souvenir de comment c’est quand on est petit. » Elle n’oubliera jamais que le nouveau-né aspire d’abord à communiquer et que ses désirs, indépendants de ceux d’un adulte, sont aussi respectables. Une approche psychanalytique se traduisant par une confiance totale envers les sujets de ses cures, qu’elle cherchera à « suivre », persuadée que chaque enfant est doté d’un savoir, même confus ou ignoré, le guidant sur son chemin : « fou », « débile », qu’importe, dès lors qu’il trouve un équilibre. Mais ce respect d’un choix de vie est surtout une éthique, pour laquelle Dolto a milité avec vigueur, faisant parfois scandale dans une société habituée à considérer que l’enfant n’a de la valeur que par ce qu’il peut devenir, pourvu qu’il soit assez « sage » et suive sa vocation : satisfaire ses parents.

2 Tout est langage

A la différence de l’animal, chez l’être humain tout « veut dire ». Les gestes les plus absurdes ont un sens, font partie d’un langage symbolique à travers lequel se tisse ce que Dolto appelle « la fraternité d’espèce ». Parler, s’exprimer, permet de marquer sa différence vis-à-vis d’un autre (avant tout de sa mère), pour mieux partager avec lui des émotions, des souvenirs, des idées.

3 Le “parler vrai”

'Encore faut-il parler « avec » l’enfant et pas seulement « à » l’enfant. Surtout, lui « parler vrai ».
« On ne peut pas mentir à l’inconscient, il connaît toujours la vérité », insistait la psychanalyste. Dès les premières heures, un enfant décèle l’accent de vérité (« la coïncidence entre ce que l’on dit et ce que l’on éprouve »), et il en a besoin pour ce qui concerne ses origines, l’histoire familiale, afin que vitalité biologique et vitalité sociale concordent.

4 Le complexe du homard

Dolto a inventé cette image (1) pour représenter la crise d’adolescence. L’enfant se défait de sa carapace, soudain étroite, pour en acquérir une autre. Entre les deux, il est vulnérable, agressif ou replié sur lui-même. Mais « ce qui va apparaître est le produit de ce qui a été semé chez l’enfant », avertit Dolto. Les parents devraient donc voir les crises explosives comme une preuve qu’ils ont rempli leur contrat, les repères éducatifs s’avérant suffisamment souples pour « sauter » au bon moment. A l’inverse, si les parents sont trop rigides, l’ado restera prisonnier de sa carapace et désarmé face à la dépression.

5 L’image inconsciente du corps

Il s’agit là du concept central de l’œuvre de Dolto théoricienne. La psychanalyste est partie du concret, en l’occurrence des dessins des enfants qu’elle recevait. Elle a réalisé que ces dessins représentaient en fait leur propre corps, un corps parfois aberrant, fantastique, en un mot imaginaire, figurant leurs désirs, leurs manques, leurs rapports avec les autres. Le corps imaginaire est notre premier moyen d’expression, un langage symbolique, toujours mystérieux. C’est à travers cette vision du corps que la dimension éthique et poétique de Dolto se révèle avec le plus de force. Car on peut appeler le respect de ce mystère-là chez l’autre par un autre nom : liberté.

«Je crois qu'on devient adulte à travers un objet d'amour :
un être, Dieu, les autres.»

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A lire

“Lorsque l’enfant paraît”
Recueil des réponses aux parents au cours des émissions sur France-Inter (trois tomes, Le Seuil, 1999).
“L’Image inconsciente du corps”
Son travail théorique essentiel (Le Seuil, 1992).
“Tout est langage”
S’adressant aux professionnels de la santé et de l’éducation, Dolto veut les « éveiller » au fait que « l’être humain est avant tout un être de langage », et leur faire comprendre que « l’enfant a besoin de la vérité, et il y a droit » (trois volumes, Gallimard, 1994).

Dates

6 novembre 1908 : Françoise Marette naît à Paris.
1920 : Sa sœur aînée, Jacqueline, meurt d’un cancer.
1934 : Entame une analyse avec Laforgue et fait médecine.
1938 : Rencontre Jacques Lacan.
1939 : Ouvre son cabinet
1942 : Epouse Boris Dolto. Trois enfants : Jean, Carlos, Catherine.
1964 : Participe avec Lacan à la fondation de l’Ecole freudienne de Paris
1976 : C’est la "doltomania". Sur France-Inter, dans l’émission “Lorsque l’enfant paraît”, elle répond aux lettres d’auditeurs.
1979 : Ouverture de La Maison verte, à Paris, qui accueille les enfants de moins de 3 ans et leurs parents.
27 août 1988 : Ses derniers mots avant de mourir : « J’ai tout donné. Maintenant, laissez-moi tranquille. C’est ma deuxième naissance. »









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