L'exotisme
est-il confiné aux
cartes postales ?
Question profonde
et méandreuse. Voyons
voir ça
de plus près et comme mon amie Mary Poppins
ensemble sautons dans le cercle de craie Mahorais et enfourchons
les animaux du manège.
Le légendaire caméléon
pivote ses yeux globuleux et regarde tout à 180°.Mais
il a aussi une vie émotive très riche et il désire
rien moins que partager avec vous des extraits de son journal...
Hum...
Ici nous allons tous bien et les enfants
grandissent à une
vitesse alarmante. Jesse a eu 12 ans en Mars et Melody a
déjà 71/2. Elles se débrouillent très
bien à l'école et ont une vie sociale très
riche. Vous ai-je dit que Mélodie était la
seule "blanche" dans toute son école ? Deux
jours après sa rentrée scolaire des tas d'enfants
des quartiers avoisinants sont venus la voir ici. Mayotte étant une
société orale tout se sait, se susurre, se
colporte et tous se surveillent. Les écoles locales
n'avaient encore jamais eu de "blancs" dans leurs
classes !!! Il faut dire que les Français préfèrent
mettre leurs enfants dans des écoles privées.
Son oreille commence à s'y faire et elle commence à ramener à la
maison des mots de Shibushi.
Notre maison est en plein centre du village.
Elle a trois pièces et un petit jardin
avec des bananiers Le premier mois on campait et nos pieds
se sont insensiblement fait au sol en béton dur et
granuleux. Il n'y a pas d'eau dans la maison. Il faut aller
puiser au robinet qui se trouve dans les toilettes dehors.
Les pluies de la saison chaude ont fait gonfler les portes
et un soir comme je ne pouvais plus ouvrir les portes je
suis allé chercher
un vieux menuisier et ensemble on a fini le travail vers
9h du soir. Heureusement que nous étions bloqués
dehors ! Imaginez être assiégé du
dedans et ne pas pouvoir sortir chercher de l'aide !
Parfois des créatures comme les scolopendres nous
poussent à nous ruer dehors. Et là c'est
un pur miracle parce que portes bloquées ou non nous
sortons quand même....
Ah oui, il y a les moustiques ! C'est simple : rester
vivant ne veut pas dire rester entier. Il faut savoir
judicieusement leur abandonner un bras, un mollet ou un cou.
Les premières semaines, donc, étaient très
dépaysantes.
Puis le propriétaire a eu une lubie
et s'est mis en tête de construire une véranda
et une pièce de plus.
C'est la que les problèmes
ont commencé et
je ne vous dis pas l'horreur quelquefois ! Bref les
travaux ont débuté en Février et
ne sont toujours pas finis (gros soupir...). Sinon c'est
vivable quand on pense à autre chose et qu'on se dit
que dans le monde il y a des gens qui vivent sous des bombes....
Nous avons donc un petit jardin. Au début c'était
très exaltant.je me sentais comme Adam dans le jardin
d'Eden. Le propriétaire m'avait donné deux
bananiers à planter. Ce que j'ai dûment fait
et avec beaucoup de plaisir en plus car anticipant des récoltes
abondantes...Ces bananiers que je voyais déjà gigantesques
et qui probablement auraient été les
plus gros du monde ont d'un coup disparu, un jour comme ça,
sous un amas de sable destiné à la
construction de la véranda.
Sic transit gloria mundi !
Puis
j'ai découvert que les chèvres du voisin
parvenaient à rentrer dans mon jardin. Il y a un enclos
juste sous la fenêtre de ma chambre. De quoi laisser
rêveur Guerlain de Paris... Un jour j'ai chassé comme ça
une maman chèvre mais son petit était resté derrière
et naturellement il bêlait à qui mieux mieux
cet idiot. La mère s'en est donc retournée
sur ses pas et comme j'essayais de dégager le petit
cabri - en lui courant après - elle a vu rouge et
m'a chargé. Des bananiers - ceux-la pas bien gros
- m'ont alors providentiellement protégé.
Je me suis vengé le lendemain en achetant dans un
supermarché des côtelettes d'agneau.
Il faut dire que ces bananiers méritent
une petite histoire en eux-mêmes. Ils appartiennent
au propriétaire.
Hé oui ! Je loue sa maison mais lui récolte
les bananes. A sa décharge il m'en donne quelque fois
et elles sont délicieuses surtout frites dans
de l'huile. Récemment il y a eu un cyclone très
tardif et un soir alors que le vent soufflait à rafales
j'ai senti comme un petit pincement au coeur au sujet de
ses bananiers. Après réflexion j'en ai conclu
que je m'inquiétais à leur sujet. Parce que
quand même ! Même si les bananes ne sont
pas à moi je ne pouvais quand même pas me désintéresser
de leur sort. Je suis donc sorti et là ô horreur
! Ils penchaient tout comme mon voisin le fait quand
il a bu un peu trop. Je suis sorti, suis allé emprunté un
coupe coupe chez la voisine- tout cela dans les rafales de
vent et l'obscurité - ai adossé une échelle
contre les arbres et j'ai alors coupé les arbres déjà éméchés
(comme mon voisin). Le vent avait aussi déjà cassé quelques
bananiers et la nature et moi nous entraidant mutuellement presque
tous les arbres y sont passés. Le lendemain c'était
un carnage dans le jardin. Mais les bananes étaient
saines et sauves. Pour me remercier d'avoir sauvé les
quelques bananiers restant mon propriétaire m'a alors
offert des bananes.
Il ya quand même une justice,
non ?
Revenons aux chèvres ! Hier j'ai découvert
pourquoi ma voiture qui dort dehors la nuit tout près
du porche d'une maison était si sale et couverte de
rayures. La nuit les chèvres y élisent domicile
et y dorment. Oui da ! Elles grimpent sur le capot et s'y
vautrent toute la nuit. J'en veux pour preuve la tonne de
crottes de bique que j'ai trouvée dans mon moteur...
O tempora ! O mores ! Usque tandem...?
Comme tu peux déjà t'en apercevoir la vie
dans un village de Mayotte vaut largement son pesant de cacahuètes.
Ai-je mentionné les poules ? Non
? Ah ! Celles-la
! Pour résumer une longue histoire et pour ne
pas donner l'impression que je suis un villageois acariâtre,
elles viennent deux fois par jour dans ma cour, font un petit
tour, picorent par ci et mangent les feuilles de bananier
par là.
Tantôt c'est le coq qui vient leur apprendre à vivre,
tantôt elles viennent avec leurs poussins. J'ai
bien changé de portail- courtoisie de mon propriétaire
- pour qu'elles ne passent plus par dessous mais aveugle
que j'étais ! Elles volettent par dessus la clôture
maintenant! Et hier j'ai même découvert un héron
dans un bananier. Non! Non! Je suis sincère, c'était
bien un héron qui comme moi devait être un peu
désorienté...
Comment ? Ai-je entendu quelqu'un dire que j'avais une
mentalité d'assiégé et la folie de la
persécution ?
Il y a encore bien des choses à dire
sur d'autres
animaux encore. Les chauve-souris, les scolopendres, les
lémuriens, les pies, les papillons, les insectes ...
La prochaine fois j'en parlerai et ah ! oui il faudra aussi
parler des gens.
Ce sera pour une autre fois.
Promis ! Je le ferai.
Acta fabula est ! Comme disaient les acteurs
romains à la
fin d'une pièce de théâtre.
Ici en direct de la brousse c'est Robert qui vous parle
et...c'est quoi encore cet animal là....hé....oh....attention...aïe
!
Robert
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