L’avis du psy

Ce texte est intéressant sur un point, il nous apprend que depuis des années des "psy" pratiquaient durant des années une activité illégale : l'interprétation des rêves.

Il y manque cependant, comme le montre la Bible, que c'était une pratique réservée aux prophètes, cette interprétation a disparue avec ceux-ci.

Il faut attendre S.Freud pour qu'il en découvre "la voie royale de l'inconscient" pour tout sujet et non seulement pour les malades mentaux. En effet pour le père de la psychanalyse l'interprétation des rêves, dont il a d'ailleurs copié la technique dans la Bible, est la meilleure manière d'analyser les fantasmes refoulés dans l'inconscient. Qu'il fasse ensuite du religieux un effet du refoulement dans l'image du père refoulé dans l'enfance, ce fut sa réponse par rapport à son propre père, qui a détourné beaucoup de personnes de la foi. Ce n'est pas pour autant que son apport sur l'interprétation des rêves soit dérisoire pour autant, et encore moins incompatible avec une démarche chrétienne tournée vers l'avenir.


Bruno Dal Palu

Petite histoire du rêve : de l'utilité du sommeil

L'Eglise a interdit pendant 800 ans tout accès au rêve. Et pourtant ! Comme si on pouvait indéfiniment priver la conscience occidentale de sa base naturelle qu'est l'inconscient. Lier le rêve au sommeil est pour nous une évidence. Rêver est une norme de nos jours Il faudra cependant attendre 1958 pour découvrir le sommeil paradoxal..

Pendant de nombreux siècles, religion, politique, médecine, se sont alliées pour séparer le rêve de la conscience et de la culture occidentale.
Cette attitude s’étend de l’Inquisition, pour trouver son apogée au XXème siècle avec l’emploi de psychotropes : un objectif, supprimer le rêve. L’esprit occidental est ainsi dissocié de l’inconscient.
En 1958, le Pr Michel JOUVET découvre le sommeil paradoxal, et donne au sommeil, et enfin au rêve, une vraie importance.

C’est par lui que le scandale arrive chez les médecins, les physiologistes, encore imprégnés de préjugés.

Et pourtant….un peu d’histoire..

Dans toutes les sociétés primitives, le rêve jouait un rôle primordial. Au XIIème siècle, l’Eglise en interdit l’étude et provoque une fracture psychique collective pour 800 ans. Alors que le rêve a sa place dans les traditions, les coutumes, la vie quotidienne.
Les humains sont frappés par l’aspect étrange, merveilleux, prémonitoire de leurs « drôles de visions ». Ce côté prémonitoire est surtout présent chez les peuples africains, qui n’hésitent pas à offrir des sacrifices pour que les bons rêves se réalisent..
En Egypte, en Grèce, à Rome, là aussi, l’Antiquité accorde une grande attention au rêve en le liant étroitement à la vie des cités. On bâtit des temples pour venir y dormir et y faire interpréter ses rêves. Déjà, on y cherche l’explication de certaines maladies, ou de certaines guérisons.
Ces pratiques se voient interdites par l’Eglise, mais elles se perpétuent au Moyen Age dans le culte notamment des saints guérisseurs.

Ces encore au XIIème siècle qu’apparaissent les romans arthuriens dans la littérature. Leur origine est vraisemblablement orale, celtique, transmise par des conteurs du Pays de Galle, d’Irlande, de Bretagne, qui racontent les aventures extraordinaires, brutales et galante d’une chevalerie moyenâgeuse, confrontée à un univers magique et dangereux. Dans ces écrits, les thèmes celtiques se confrontent au christianisme.
Le Graal est le but ultime de ces aventures pleines de symboles. Il existe alors un chaudron magique, ou un vase sacré, qui seul sera capable de rendre au Royaume décrit son bonheur, sa prospérité perdus. Dans les religions celtiques, ce chaudron est constamment réchauffé par l’haleine de 9 jeunes femmes et ne se vide jamais.

L’Eglise s’allie à la Royauté pour transformer une société féodale, séduite par l’amour courtois, la chevalerie, la mythologie. Elle veut christianiser cette société, dont la richesse symbolique au travers de ces récits, rivalise avec la tradition évangélique. Aussi l’Eglise catholique entre t elle en guerre contre les infidèles ; la lecture de la Bible est interdite, puis c’est le concile de Latran, prélude à l’Inquisition. Nous sommes en 1184.
En 1252, le Pape Innocent IV (le bien nommé !) autorise l’usage de la torture.

Le rêve est imprévisible, et il donne à certaines personnes un appui, des certitudes intérieures. On assimile cependant son étude à de la sorcellerie, de la magie. Dans les ordres monastiques, les prières nocturnes et les levers très matinaux privent les moines de leurs rêves. Les individus soupçonnés de les interpréter sont recherchés, dénoncés, traités comme hérétiques, et privés de leurs biens, voire torturés et brûlés vifs.

L’Eglise provoque ainsi une double dissociation : elle prive la conscience occidentale de sa base naturelle qu’est l’inconscient, et d’autre part, elle présente la mortification et le renoncement à toute vie terrestre comme la vraie base de la vie spirituelle. Le sommeil, le rêve, l’amour, la sexualité, éloignent l’homme de Dieu et le livrent au mal, au démon. L’Eglise conduit ainsi toute la société médiévale à une régression sociale dramatique en prêchant la mortification de la chair, le rejet de la sexualité, le renoncement au monde.

A la fin du XVème siècle, les toiles de Jérôme Bosch, pourtant profondément chrétien, apportent les preuves impressionnantes du délabrement de l’Eglise et de la société médiévale, qui se révèle être complètement paradoxale ; l’Inquisition règne, mais aussi la corruption du clergé, et la dissolution des mœurs. L’intellect domine la vie concrète, et une nouvelle catégorie sociale a fait son apparition ; diamétralement opposée à la chevalerie, elle ignore l’amour, le courage, la morale, etc. Le turban devient le symbole d’un rang social élevé ; ils sont politiciens, intellectuels, technocrates, financiers. Jusqu’à la Renaissance, c’est le règne interminable de la déesse raison.
Sous le Premier Empire, ces restrictions de liberté de pensée et d’expression sont maintenues. Le rêve pourrait il déranger un pouvoir totalitaire ? En tout cas, les interdictions religieuses sont reprises dans le code pénal, et le code Napoléon punit les gens qui font métier de pronostiquer ou d’expliquer les songes.

Le rêve pose ainsi la question délicate de son sens, et reste exclu de toute rationalité. Même la psychanalyse, en partie basée sur son interprétation reste illégale en France avant la parution du nouveau code pénal. Il faudra attendre…..1992 !

Heureusement, le XIXème siècle voit se dessiner quelques premières démarches scientifiques, qui profitent de l’affaiblissement du pouvoir de l’Eglise. L’occultisme devient à la mode, des cercles spirites apparaissent, on fait tourner les tables. Des savants, des hommes célèbres, notent leurs rêves, et racontent les songes à l’origine de leurs découvertes ou de leur destin. (A.von KEKULE aurait découvert la structure du benzène dans un rêve.)

1880, la notion d’inconscient apparaît en Allemagne dans des thèses de psychologie. Mais le rêve reste un fonctionnement incohérent des neurones qui précède le retour de la conscience claire. Selon E. MAREY, Pt de l’Académie de Médecine en 1900, le sommeil et le rêve n’ont aucune utilité, ce temps passé à cela est du temps perdu, le psychisme et la physiologie sont deux domaines complètement distincts.

1924, voici la définition du Larousse concernant le rêve : Désordre psychique à contenu absurde et sans valeur pratique.

En raison des travaux de Sigmund Freud, le rêve est associé aux maladies mentales, et la crainte viscérale inspirée par la folie, écarte les esprits trop curieux. Le rêve concerne les malades mentaux, et leurs psychiatres, et la psychanalyse va se construire sur ces préjugés pseudo-scientifiques.
En 1897, S. Freud commence son auto analyse et publie son interprétation des rêves en 1900. Il est médecin neurologue à Vienne et s’intéresse à l’hypnose et aux hystéries. Il se trouve confronté aux puissants refoulements sexuels de son époque, et ses observations mettent en évidence le rôle de ceux-ci au cours des hystéries. Il démontre que certaines pulsions refoulées enfant, sont à l’origine de manifestations hystériques. Ce serait le mécanisme fondamental de la névrose.
Freud généralise ses observations et montre que le psychisme n’est pas lié à la conscience. L ’inconscient devient un réservoir qui abrite des pulsions refoulées dans l’enfance. Le rêve est enfin compris comme un phénomène psychique, et non comme une manifestation d’un monde extérieur à l’homme.
Le rêve devient gardien du sommeil.

Voie royale vers l’inconscient, le rêve nous conduit à un marécage, où les racines des sentiments humains les plus élevés baignent dans une eau fétide. Pour Freud, cette obscurité est mère de la lumière, et le sentiment religieux une conséquence du refoulement de la sexualité infantile.
Evidemment, il se heurte à de nombreux adversaires, et inclus dans sa théorie toutes les oppositions qu’elle suscite.

1911, A . Adler est le premier collaborateur de Freud à prendre son indépendance, et pour lui le rêve est une création tourné vers l’avenir et vers la réalisation d’un désir de puissance.

1914, C. Jung conteste le rôle universel des refoulements de la petite enfance. Il étend l’inconscient à des images universelles primordiales, et ne considère par la spiritualité comme un « avatar » des pulsions sexuelles. Pour lui, elle est naturelle chez certains individus. Le rêve enrichit la conscience et participe au processus d’individuation.

Les témoignages alors des grands esprits scientifiques se succèdent. H. PoincareE, A. Einstein, Kekule, témoignent d’une activité inconsciente créatrice.

La sagesse est elle dans l’écoute des rêves ?
En tout cas, ceux-ci restent l’objet de controverses qui se prolongent bien au-delà des années 1960. Il est regardé comme une manifestation privé de toute base physiologique.
1960, c’est la découverte du sommeil paradoxal, mise en évidence par l’enregistrement du sommeil.
La conception freudienne du rêve est renversée, le sommeil et le rêve présentent un nouvel intérêt.

1992, nouveau code pénal en France…l’interprétation des rêves est enfin dépénalisée.

Après 800 ans d’interdiction, chercheurs, scientifiques, médecins et prêtres, peuvent enfin s’intéresser au rêve et à son interprétation.

 

Valérie Cordonnier, 11/02/2003










Paraboles.net - 497, av Victor HUGO - 26000 VALENCE
Tél :
04 75 81 82 24 - Fax : 04 75 81 82 25 - Email : contact@paraboles.net