Les trois états du monde.

Trois sont les états du monde que les symboles des textes sacrés nous prédisent.
Le premier est celui au cours duquel nous avons vécu sous la loi ; le deuxième, celui au cours duquel nous vivons sous la grâce, le troisième, dont l'avènement est proche, celui au cours duquel nous vivrons dans un état de grâce plus parfait.
Le premier a été passé en esclavage, le deuxième est caractérisé par une soumission filiale, le troisième se déroulera à l'enseigne de la liberté. Le premier est marqué par la crainte, le deuxième par la foi, le troisième par la charité.
La première période est celle des esclaves, la deuxième celle des fils, la troisième celle des amis...
Le premier état appartient au Père qui est auteur de toute chose ; le deuxième au Fils, qui a daigné partager notre abjection ; le troisième au Saint-Esprit.

Extrait de la Concordance des deux Testaments par Joachim de Flore.

 

Qui est Joachim de Flore ?

Joachim de Flore est né en 1132 à Celico, près de Consenza, en Calabre. Il part en pèlerinage en Terre sainte où il a une révélation. Rentré en Italie, il se retire à l'abbaye cistercienne de Sambucina, où il se fait prêcheur, sans pour autant prendre la bure ou recevoir les ordres. Devant les récriminations des moines, il prend l'habit à l'abbaye de Corazzo, puis est ordonné prêtre en 1168.

Il s'applique alors à l'étude de la Bible, pour en trouver le sens caché en cherchant les correspondances entre l'Ancien et le Nouveau Testament. Il est élu abbé (apparemment contre sa volonté) quelques années plus tard, mais trouve rapidement sa charge trop pesante et demande en 1182 à Lucius III d'en être relevé. Il se retire dans une autre abbaye, avant de fonder en Calabre l'abbaye de Saint-Jean des Fleurs, une branche plus austère de Cîteaux, approuvée par Célestin III en 1198. En 1200, il soumet l'ensemble de son œuvre à Innocent III, mais meurt en 1202 sans avoir encore obtenu de réponse.

De son vivant, Joachim a été un ascète réputé, mais ni un prophète écrivant sous la dictée divine, ni un mystique comme il y en a eu au XIIIe s. (Hildegarde de Bingen par exemple). C'est avant tout un exégète, qui relit sans cesse l'Écriture. La recherche du sens caché de la Bible est une démarche classique, mais chez lui elle est poussée beaucoup plus loin que d'habitude. Il écrit à ce sujet un Liber Concordiæ novi ac veteris Testamenti (Concordance de l'ancien et du Nouveau Testament) et une Expositio in Apocalipsim (Commentaire sur l'Apocalypse).

Bien avant sa mort, ses idées sont très connues, et il a dû en rendre compte devant le Pape, seul compétent en matière doctrinale — Joachim critique d'ailleurs très âprement une papauté de plus en plus bureaucratique, mondaine et népotiste. Il a pourtant été approuvé en 1185 par Urbain III et en 1197, avec quelques réserves, par Clément III, qui lui a demandé de soumettre formellement ses travaux à l'examen papal. Néanmoins, il est mort très vénéré et sans avoir été condamné.

Extrait du site www.eleves.ens.fr

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